Après Mai

Par Pascal Aubier

Quand Mylène Vignon, dans un sourire aussi grand qu’elle toute entière, me proposa d’écrire selon l’inspiration de quoi alimenter une rubrique cinéma dans ses Saisons de Culture, j’ai eu tout de suite l’idée de parler des films nouveaux qui m’attristent tant, qui nous déçoivent, qui réordonnent et nous ennuient le plus souvent.


Trop de bons sentiments, d’échos indulgents sont tressés partout à la gloire du grand public maitre du goût et du raisonnement. Un peu marre de tout ça donc, sans parler des chapelles et des idées tendances. Je me mis donc en chasse. Mais toc, pour premier coup je tombe sur un sérieux bec : Après Mai  de Olivier Assayas. Vous avez vu ? Si non, allez-y.
Je me méfiais, je l’avais ciblé. J’avais vu les films autour de Mai 1958, tels ceux de Bertolucci et Philipe Garrel qui m’avaient littéralement abattu. Les jeunes gens pontifiants qui courraient les rues, les larmes anciennes combattantes et les sirènes du passé. Rien de neuf dit sur ce temps là, rien de terriblement filmé non plus. Et puis là Assayas a la bonne idée de nous entrainer dans l’après Mai (qui a tout de même duré beaucoup plus longtemps) et qui résonne d’un tout autre chant. Les mêmes jeunes qui courent après leurs idées, leurs grands exemples, leurs organisations plus ou moins délirantes et qui tentent de rattraper la vie. Et l’amour. Les comédiens jamais vus ont des regards qui accrochent, qui sondent et qui bouleversent. La poursuite s’égare, se mélange, la fumette, les trucs durs s’enchainent, recouvrent peu à peu les perspectives révolutionnaires. Et ce dans une douceur, une délicatesse extrêmes. Et au loin dans l’effroi. Ou le réalisateur a-t-il trouvé cette comédienne qui semble réincarner la belle Tina Aumont partie dans la dérive et la mort au bout, incontournable ? Quelles flammes a-t-il imaginées ? Quelle tristesse sans pitié ? Car, Dieu soit loué, il n’y a aucune pitié dans ce film, que de la tendresse. Je ne vais pas ici, et pour une première fois, tenter de développer d’avantage. En général même si beaucoup moins, je filme plus que je ne réfléchis. Et puis bon, il n’y a qu’à le voir. Après Mai . Au plus tôt ; de nos jours on ne les garde guère aux écrans, on les fait valser, on les enfile comme des perles de pacotille. Le cinéma a besoin de temps et il n’en reste presque plus. Je dois avouer que je connais un peu Olivier Assayas et que j’ai souvent aimé ses films. Vous souvenez-vous d’IRMA VEP ? Carrément infernal, avec Maggie Chung, Bulle Ogier, Jean-Pierre Léaud et l’incroyable revenant Lou Castel. Là, il vous faudra l’acheter en DVD, vous ne serez pas déçus. Bref j’avais de bons à priori pour son dernier film mais autant d’appréhension forcément, étant donné tout ce que je viens de dire.
Et heureusement je suis tombé sur une réussite totale.

Pascal Aubier

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