Amour

par Pascal Aubier

Les Césars. Je me souviens de Georges Cravenne qui l’avait conçu. De César que j’aimais beaucoup qui s’amusait de ce que son trophée, une petite compression dorée, porte son nom. Je me souviens de Robert Enrico qui reçut le premier César du meilleur film pour son Vieux fusil et qui devint vite et de facto, le président de l’Académie des Arts et Techniques du Cinéma. Des Césars donc.


Comme j’avais fait partie des fondateurs de la Société des Réalisateurs de Films à la suite des Etats Généraux du Cinéma qui s’étaient tenus, à Surennes en mai 1968, je devins naturellement membre de l’Académie qui accueille, rappelons-le, les réalisateurs, auteurs, acteurs, techniciens et producteurs. Les professionnels de la profession comme le dit si justement Godard au temps où il reçu le trophée d’honneur en 1987. La notion d’académie est pompeuse et décalquée sur la fameuse Academy et ses Oscars là bas en Amérique. Bon, on a ce qu’on peut. La France où l’on inventa le cinéma a depuis longtemps cédé le pas à Hollywood qui ne l’oublions pas est la plus grand industrie des Etats Unis. Nous donc, derrière avec les Césars. La France derrière n’en est pas moins l’un des derniers pays d’Europe a avoir une cinématographie relativement autonome même si elle aussi déployée dans l’industrie plus que dans l’innovation. Et quand on regarde les films que l’académie récompense chaque année, on voit d’abord l’industrie. Et le manque d’imagination, car et sans surprise, les films primés sont d’abord ceux du box office. A quelques exceptions miraculeuses près.

Ainsi cette année Amour de Michael Haneke rafla les quatre plus prestigieuses récompenses. Comme à Cannes la Palme d’Or l’année précédente. Un abonné. Toujours abonné un peu plus tard aux Oscars. On se serre les coudes entre académies.

Amour. Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva sont d’extraordinaires acteurs. On les aime tout le temps. Ils sont accompagnés d’Isabelle Huppert, leur fille ici, et qui reste la grande dame de sa génération et de Dinara Droukarova qui méritait bien mieux qu’une brève apparition en méchante infirmière mais qui est délicieuse. Bref, côté acteurs on est servi. Bravo. Mais le film ? Un morceau de bravoure nous dit-on, un huis clos d’amour et de mort. Le procès de la décrépitude. Quand Trintignant étouffe se femme démolie par la paralysie et le sénilité, tous les spectateurs tiennent avec lui, l’oreiller meurtrier. Mais cela fait-il un film ? Ce pourrait être n’importe quoi, un article dans le journal, un moment émouvant du journal télévisé, un procès singulier. Mais selon moi, ce n’est pas du cinéma. Pas plus que le motif cher à Renoir, n’est la peinture. Et avec ça, la lourdeur des zélateurs unanimes, des chiffres du box office et de tous les ébaudissements internationaux, nous font tourner la tête vers la sortie.  Avec ça, la polémique sur la nationalité du film, autrichien à Cannes et aux Oscars, français aux Césars, on s’en contrefiche, on est assommés. On aimerait voir de vrais films comme on en tourne encore malgré tout autour de monde. Vous vous souvenez du film de Wong Kar-Wai In The Mood for Love ? C’est juste un vieil exemple. Un exemple de cinéma. Ne pleurons donc pas trop, il reste des choses réjouissantes à voir. Qu’on ne nous enquiquine plus avec ces renommées qu’on aura oubliées dans dix ans.

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