Arts

La rue des Lombards, rue du jazz à Paris

Par Michel Contat

A New York, au beau temps du be-bop, la 52erue alignait les clubs de jazz entre Broadway et la Sixième Avenue. Le Birdland, nommé en honneur de Charlie Parker, se trouvait sur Broadway (c’est aujourd’hui une boîte de strip-tease). A Paris, à part le New Morning de la rue des Petites-Ecuries, les boîtes de jazz se concentrent dans la rue des Lombards, entre le boulevard de Sébastopol et la rue Sainte-Opportune.

A l’angle du Sébasto se trouve le plus récent et le plus chic – un peu l’équivalent du Blue Note de New-York, – le Duc des Lombards. Très bien programmé, avec autant de musiciens américains connus que de jazzmen  français, le club appartient au propriétaire de Pierre et Vacances, un amateur de jazz, etil est programmé par Sébastien Vidal, aussi animateur de la radio TSF Jazz. Il présente deux concerts par soir, à 19h30 et à 21h30. Le prix d’entrée est en général de 30 €. Les consommations sont abordables et d’ailleurs pas obligatoires. Le club se déploie sur deux étages, on peut y dîner. Excellente acoustique à toutes places, scène bien visible, avec des écrans là où elle l’est moins. Le vendredi, après les concerts, sont accueillis les musiciens qui viennent se livrer aux joies de la jam-session, une des traditions restées vivaces du jazz. Le public des concerts n’est pas toujours formé de connaisseurs, car le club fait de la publicité dans les hôtels. C’est aussi le club favori de Charlie Watts, le batteur des Rolling  Stones, qui s’y produit de temps en  temps avec des pianistes de boogie-woogie. En temps normal, ce sont des Américains chevronnés, comme le pianiste Steve Kuhn, qui assurent des concerts de haut niveau. On a pu y entendre aussi le batteur Brian Blade et son groupe Mama Rosa, fastueux. De toute façon, la qualité est toujours exceptionnelle. Vous pouvez y emmener sans crainte votre épouse ou votre petite amie.

Plus avant dans la rue, à l’étage, le Baiser Salé est le temple du jazz martiniquais et gouadeloupéen, avec l’excellent pianiste Mario Canonge, le Monk des Antilles, qui s’y produit régulièrement avec le bassiste Michel Vinceno. Une fois par semaine, le magnifique asxophoniste Rick Margitza, un gitan new-yorkais qui joua avec Miles Davis et qui s’est établi à Paris, y présente un quartet avec Manuel Rocheman au piano, Peter Giron à la contrebasse et Jeff Boudreaux à la batterie. L’accueil est chaleureux, on ne vous pousse pas à la consommation, vous pouvez rester la nuit entière devant un verre de bière. C’est un club qui ferme tard.

Juste à côté, c’est là que commencent les choses sérieuses : deux clubs superposés. Le Sunset en cave, le Sunside de plain-pied avec la rue. Superbement programmés par Stéphane Portet, propriétaire sinon des murs, du moins de la raison sociale. Le Sunside se voue au jazz acoustique, très souvent en trio (on a pu y entendre Brad Mehldau, rien que ça). Le Sunset, le jazz élrctrique (mais pas que). Au Sunside on peut entendre de fameux grouprs europées, comme le quartet d’Enrico Rava et Aldo Romano, avec Baptiste Trotignon au piano (un jeune maître) et Darryl Hall à la contrebasse. Deux sets par soir, et vous pouvez assister aux deux sans payer deux fois. Les consommations sont à un prix raisonnable, servies au bar par Renato, prince des barmen des Halles. L’acoustique est bonne, et on est sûr d’entendre du jazz à son plus haut niveau, américain comme européen. Où ailleurs peut-on entendre Kurt Rosenwinkel ou Ambrose Akimusire ?

Le jazz en club, c’est là que la musique flambe comme on l’attend, que jaillissent les explosantes fixes voulues par les surréalistes, que s’échangent les idées comme autant de confidences éperdues, que l’improvisation fait feu de trouvailles improbables. Paris mérite la rue des Lombards, laquelle mérite Paris. Qui n’a pas connu la nuit des Halles, ignore une des vraies joies de la vie.