Arts

Le Cubisme suivi de Madagascar

Par Henri – Hugues Lejeune

Pitié pour le chroniqueur, qui se pique d’évoquer une idée, de suggérer une image sur l’évocation qu’il peut établir sur ce qu’il voit : et Picasso qui décidément se retrouve cet automne à tous les coins de l’actualité ! Des idées à son sujet en a-t-il encore ?On avait énormément parlé de lui l’année dernière déjà, un peu partout, notamment et surtout dans les grandes salles de vente de toute la planète. La France, tout de même intéressée par la question, restait virtuellement muette.

Cette année elle donne de la voix, on peut voir « Les Chefs-d’œuvre » (autant dire les grandes étapes) au musée Picasso, les « Périodes bleue et rose » à Orsay qui nous livrent les grands thèmes de la formation et du parcours vers le triomphe de l’artiste. Voici, au Grand-Palais « Le Cubisme ».

Qu’est le Cubisme ?  Eh bien c’est Picasso toujours, ici flanqué de Braque.

« Braque le Patron », disait Malraux, Braque qui avait donné l’impression de lui survivre, à lui, Picasso, et avait terminé ses jours en patriarche de la peinture (ce que de nos jours incarnerait Soulages ?).

« Braque, c’est ma femme » disait moins suavement peut-êtrePicasso. Mais il disait tout ce qui lui passait par la tête comme tout un chacun alors, qui le répétait, tout content. Et ceux qui étaient ses proches avaient encore des tas de choses à dire, dont on entend toujours parler !

A la fin du célèbre séjour à Gosol, où il s’est ressourcé dans l’amour de Fernande et a tant réfléchi, le pinceau à la main, terminant la « période bleue » tout en l’élargissant au rose, il s’est même avisé de quelques paysages, enfin y montre-t-il le ciel, qu’il met à sa place et qui ne l’intéresse guère, où il approfondit ses portraits, se considère « tel qu’en lui-même ». Enfin semble-t-il.

Oui, mais en cachette il préparait le Cubisme ! Ce n’est pas rien le Cubisme.

Il s’ébattait, il batifolait à travers la peinture tout en se distrayant en manipulant diverses formes comme s’il s’apprêtait à débarquer en sculpture… Ce qu’il n’allait pas tarder à faire. Il se remémore tout ce qu’il a vu, depuis quelques années, d’art indigène émanant de sociétés dites primitives qu’il sut mettre sur le même plan que les autres. La question que se posaient les gens qui se passionnaient alorsque sur ces formes d’art la question posée jusque-là était d’existence : quelle est, en l’homme la source de son art et sa raison d’être : une évidente magie sans doute, mais quelle ?

Et puis il fait quelque chose en plus : il prépare en cachette, de mille manières, en cherchant en tous sens, Frankenstein, ni plus ni moins :le Cubisme, les « Demoiselles d’Avignon » qu’il fera exploser un peu plus tard avec quelques complices. Quel homme !

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Je ne sais si l’exposition du quai Branly sur « Madagascar » l’aurait concerné : sans doute, tout intéressait ce vieux forban..

Nos ancêtres ne se sont pas pressés de gagner Madagascar.

Ils ont commencé leur brillante carrière, voici des centaines milliers d’années au moins, en Afrique de l’Est, pas si loin d’ici : le seul Canal de Mozambique pour les séparer.

Eh bien l’homme semble avoir attendu 2.000 ans avant notre ère pour s’aviser de la Grande Ile, par l’Est ! 

Le temps pour lui d’achever son tour du monde !

Ce seront des navigateurs Indonésiens, flanqués d’Africains « contemporains » et d’Indiens.

Voici donc des « Autochtones » de fraîche date qui se disperseront essentiellement dans les zones montagneuses de l’intérieur.

Il faut encore patienter jusque sept siècles avant J.C. pour voir les navigateurs d’un peu partout s’établir de temps à autre en différentes régions de la côte. Ils s’étendent souvent en royaumes, en ethnies différentes et qui se chamaillent. L’histoire donc s’empare des lieux, et le progrès, et les croyances.

Entre toutes ces sources disparates, un seul point commun : la magie.

L’âme malgache n’est pas mystique (l’Inde, tout de même), elle est magique.

Ces déracinés d’origine sont à la poursuite d’eux-mêmes d’abord, d’un espace ensuite, d’une patrie donc pour leur âme inquiète.

Les objets, les modes de vie relèvent de cet enracinement peureux ; objets magiques, amulette, talismans, bijoux porte-bonheur, fétiches, totems ambulants ou érigés pour maîtriser l’espace, tout l’art en découle avec à la base ces éléments venus d’ailleurs qu’il importe de conjurer, du ciel ou de la mer, d’ailleurs, de toute part venus, qui se transforment ici, se fondent, s’analysent.

L’art change de sens, à l’inverse plutôt, le sens se charge d’art.

La pauvreté fait le reste ; la ou les richesses minières ou agricoles de la Grande Ile restent particulièrement marginales. Rareté et bizarrerie en sont la marque.

Quelque part le spectacle de la culture, des productions cet art singulier fait penser au Japon. Cette propension notamment àstyliser ; de métamorphoser, de s’approprier, de triompher finalement de ce monde extérieur envahisseur.

Le Japon s‘est fermé pendant des siècles au monde extérieur. Madagascar a toujours été trop faible pour en faire autant : ce n’était pas l’envie qui en manquait.

Mais soudain un déclic se fait chez le spectateur.

Le souvenir de l’Orient, cet Orient qui repose en chacun de nous.?

Pour celui d’hier Madagascar ne pourrait-il pas revêtir le caractère de ce rêve, l’aventure, l’originalité, le mystère et la magie comme par un sortilège engendrés ?

Pour lui la magie a-t-elle une patrie et qui se serait située ici ?

Pourquoi pas ? Soudain je songe à l’Orient magique des fées, des sorcières, des djinns qui peuplent les espaces fabuleux des Mille et Une Nuits.

Où donc naviguait Sind Bad, en quel pays s’égarent les aventuriers, mes fils de roi et les prodigues, les bienfaisants pillés par les flatteurs et les parasites, les vizirs chassés engagés sur la route du mystère et de l’aventure ?

Les merveilles de l’Inde peuvent servir de cadre, de décor mais d’iciproviennent les paysages imaginés par les conteurs grâce aux récits magnifiés des navigateurs.

Je n’en veux pour preuve que l’Oiseau Rock sur le dos duquel Sind Bad et d’autres voyagent de merveille en 

merveille.

La science l’autre jour nous nous a retrouvé la trace du plus grand oiseau qui ait jamais vécu, qui a disparu il n’y a pas si longtemps… à Madagascar. Il est vrai qu’il ressemble davantage paraît-il, à une autruche qu’à ‘un grand voilier mais il mesurait dit-on plus de trois mètres de haut et il était spécifique à l’Ile.

Le Cubisme : Centre Pompidou 

Jusqu’au 25 février 2019

Madagascar : Musée du Quai Branly – Jacques Chirac

Jusqu’au 1er janvier 2019