Arts

Trois films vus en mars 2018

Par Pascal Aubier

Les Américains, depuis que la Guerre (la deuxième, Mondiale, si vous vous souvenez) et depuis leur occupation de notre territoire par leur troupes, leurs cigarettes et leur SHAPE, ont entrepris de nous faire la misère sur le plan culturel, de nous envahir un peu plus complètement. Les sodas, le chewing-gum, les Burgers et autres Pizza Hutt et Starbucks se sont répandus dans tous le pays et dans tous les pays, il faut bien le dire. Et puis le cinéma.

Je n’ai rien contre les films Américains, il y a des tas de chef d’œuvres magnifiques et magiques et c’est admirable. Mais, il n’y a pas si longtemps, les titres de leurs films étaient traduits en Français qui reste encore la langue de notre jolie nation. A présent c’est terminé, cette petite aumône faite à nos concitoyens a été abandonnée. Il faut connaître l’Anglais pour choisir les films que l’on veut voir parmi les films. Cette semaine nous sommes allés voir trois films aux titres zarbis : Call Me By Your Name, Three Billboards et Mektoub My Love. Autrefois la traduction Française des titres donnait des résultats intéressants, autrement poétiques. Pick Up On South Street s’appelait Le Port de la Drogue. Bref on pense que les Français devraient parler l’Anglais. Ils devraient surtout commencer par parler bien le Français. Bref, on ne va pas épiloguer… Parlons plutôt des films. Dans leur ordre d’apparition dans notre vie.

Call Me By Your Name

Pour ne rien vous cacher, on voulait aller voir le dernier film de Woody Allen et la salle (minuscule, 30 places) était pleine. On s’est rabattus sur la salle d’à côté qui projetait un film dont je ne savais rien Call Me By Your Name réalisé par Luca Guadagnino avec Armie Hammer et Timothée Chalamet dont je ne savais rien non plus. Bon, je ne suis pas homophobe, mais malgré l’Italie verdoyante, la villa du XVIIe siècle et la musique andante, l’histoire d’un prof Américain qui couche avec un jeune Franco-Italien virtuose ne m’a donné aucun appétit. Une histoire d’amour homosexuelle, pourquoi pas ? Mais si l’on transposait celle-ci en histoire hétéro, elle n’aurait guère d’intérêt. Pas de « Bonne histoire », comme disait Jean Gabin. Rien. Du joli, des balades à vélo et du touche pipi avec en sus un peu d’archéologie. Très insuffisant. Et puis désormais on ne peut plus dire des pédés qu’ils sont pédés, on doit dire homos. Homos filles ou garçons. C’est un peu n’importe quoi mais bref… Si vous vous souvenez de La Vie d’Adèle de Abdellatif Kechiche, juste par exemple, nous avions une histoire d’amour homosexuelle entre deux filles, une histoire qui se tenait et ne sortait pas des Images d’Epinal, une vraie histoire, un vrai film. Ce n’était pas mal du tout. Ici, avec Call me, on s’ennuie. Enfin moi je me suis ennuyé, pas les types derrière moi qui soupiraient et pleuraient à qui mieux mieux. En sortant on se demande si l’évolution des sexualités n’a pas fini de nous emmerder. Je me souviens d’un film de 2012, l’Inconnu du Lac qui m’avait plongé dans la consternation, une histoire de garçons qui s’enfilaient les uns les autres. C’était tout. Est-ce que ma propre sexualité – mon attirance pour les filles et les femmes, – fait de moi un infirme intolérant ? Allez comprendre… En tous cas pas avec Adèle et sa vie. Je ne vous recommande donc pas d’aller voir Call Me By Your Name, à moins bien sur que vous ayez un très gros faible pour l’archéologie romaine. Et encore, on n’en voit pas grand chose.

Three Billboards

Après ça, toujours dans l’impossibilité d’aller voir le Woody Allen, que je vous recommande à priori, parce que tout de même on n’a pas si tant de bons réalisateurs, nous sommes allées, avec ma femme que j’aime, voir Three Billboards. Un film Américain, en américain, titre compris. Et on a bien aimé. Peut-être pas autant que nous l’avaient assuré bon nombre d’amis, mais pas mal quand même. Très Américain en tous cas, les bons, les méchants et les bons qui transforment les mauvais en bons quitte à les brûler vifs. Une femme dont on a violé et tué la fille compliquée, adolescente rebelle, voyant que la police ne fait rien décide d’afficher sur de grands placards publicitaires au bord de la route, près de chez elle, ses questions à la police locale qui n’a rien fait et même plutôt enterré l’affaire. Vengeance donc, un des thèmes clés du cinéma des cow boys que l’on connaît. Bons acteurs, bonne histoire qui laisse tout de même un peu sur sa faim. Et puis voilà, en en parlant je me rends compte que je n’ai pas grand chose d’autre à dire sauf qu’un ami intellectuel né au bord d’un grand lac me l’a chaleureusement recommandé. Allez-y voir.

Mektoub My Love

Il y a l’Arabo Andalou et maintenant l’Arabo Anglais. C’est le film de Kéchiche dont je parlais un peu plus haut. Mektoub en Maghrébin veut dire « destin ». En turc, le même mot veut dire courrier et Mektouba, la Poste. Au Kazakstan c’est plus près de la chance. Je ne sais pas ce que ça veut dire en Chinois et préfère ne pas creuser. En tous cas, je ne traduis pas My Love et vous annonce que le film est rafraîchissant, ce qui est bien agréable ou même très agréable comme dirait mon ami de Lausanne.

Je ne connais pas personnellement Kéchiche, son réalisateur Tunisien. Il y en a qui l’aiment et pas mal qui ne l’aiment pas mais je ne tiendrai aucun compte de ces rumeurs insidieuses. Après tout les bons artistes ne sont pas forcément de bonnes personnes et quant à moi, je m’en tiendrai donc à ses films. Et à ce dernier particulièrement.

Kéchiche aime les femmes et nous les fait aimer, car il les filme avec une tendresse et une volupté rare. Mais ce qui est le grand bonheur de cette histoire, qui se passe sur une plage française des années 90, c’est de nous rappeler qu’il n’y a pas si longtemps, l’on vivait essentiellement hors du champ communautariste. Sur la plage et dans les cafés de cette petite ville, vacancent ensemble des jeunes gens aussi bien « métropolitains » qu’émigrés. Françaises, Arabes, jeunes, moins jeunes dansent ensemble dans l’été, se cherchent, flirtent et baisent dans la joie – qui est le meilleur endroit pour ça. Il n’y a pas vraiment d’histoire mais des histoires plutôt petites et très bien tricotées toutes ensemble. Des histoires de drague, de désir, de timidité et d’audace. On y mange du couscous, on boit des bières et du Rosé et tout le monde a l’air content. Il y a des larmes et plein de rires et de sourires. Un excellent été.

Si le film revendique quelque chose, c’est bien ce temps de joie et de paix qui a fait place aux terrorismes et à la mise au banc des hommes trop pressants auprès des femmes. Et oui, il y a vingt ans on vivait autrement et autrement bien. Que s’est il passé ? Vous le savez comme moi ou n’y comprenez plus grand chose, comme moi aussi. Ce film est gai – ce qui ne veut pas dire pédé – et tendre. Allez-y passer la soirée avec vos amis et commentez, pourquoi pas sur Saisons de Culture ? C’est un bon endroit pour ça. Rien ne m’a fâché même pas ce jeune garçon timide qui traverse le film en hésitant et en regardant tout mais surtout les filles sans bien savoir comment faire quoi. A la fin, il retrouve une jeune fille séduite puis abandonnée par son copain – le sien à lui, son ami Tunisien ou Marocain – qui a séché ses larmes et l’invite à manger des spaghettis chez elle. On ne sait pas ce qu’il va se passer mais on espère que ce sera bien pour tous les deux. Ce n’est pas Citizen Kane ou le Mépris mais c’est réconfortant pour les enfants que nous sommes.

Avant de clore cette petite rubrique, je voudrais dire quelques mots sur un film que j’ai vu tout à l’heure à la télé. Elle, un film de 2015 de Paul Verhoeven avec Isabelle Huppert. Une histoire de femme violée qui a l’air d’aimer, découvre que son assaillant est le voisin d’en face et finit par répéter la scène de viol puis par se lasser. Son fils surprends le dernier viol et tue l’agresseur. Je n’ai pas su que penser. Je me suis un peu ennuyé mais j’ai pensé aux histoires de viol qui déferlent aujourd’hui. Vous avez vu ? Isabelle Huppert est très bien. Comme d’habitude.