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« ROUX »

Par Elsa Kaminski

Actuellement au musée Jean-Jacques Henner

L’heure est à la couleur !

Sorcière luxurieuse, traitre violent, prostituée, poil de Carotte, telles étaient, entre bien d’autres de même nature, les appréciations que l’on portait sur les roux.

Il n’est pas d’exposition plus singulière que celle actuelle du musée Jean-Jacques Henner qui se propose de nous éclairer sur les représentations de cette chevelure de feu. De l’artiste alsacien du XIXe siècle à la grande couturière Sonia Rykiel, cet immense écart temporel n’est pas une compilation couleur sanguine faite au hasard :  le thème puise sa source dans l’oeuvre même du peintre Henner qui avait alors fait de la rousseur sa signature.

Ainsi, porte-parole de cette particularité, il donne le ton pour la première fois avec Idylleen 1872, une interprétation du Concert champêtrede Titien, dans laquelle il met en scène deux nus féminins dont les cheveux roux se détachent de la nature verdoyante par un subtil contraste.
Puis, il dépouille ses femmes de tout paysage et fait de cette beauté colorée, un élément central dans son univers artistique. Ainsi la toison flamboyante d’Hérodiadedomine la surface du carton tandis que La Liseusebaigne dans une atmosphère cuivrée.

Le mouvement capillaire s’étend alors et gagne les autres artistes. Pierre Auguste Renoir, Edgard Maxence, Carolus-Duran, tous se prêtent au jeu rouge-orangé fournissant à leurs modèles une prime de séduction.

Mais en d’autres domaines, notamment dans la poésie et le roman, le roux souffre de quelques dévalorisations. Ainsi dans le poème « A une mendiante rousse », publié dans le recueil les Fleurs du mal, Charles Baudelaire offre une fascinante association de la rousseur avec la prostitution et la pauvreté.

Toutefois, et le musée l’a bien compris, parler du roux c’est aussi désigner des icônes. Sonia Rykiel, David Bowie, Axel Red, nul autres qu’eux n’ont su aussi bien porter cette couleur et l’assumer fièrement. Ainsi, ce qui est neuf, c’est la confrontation de ces figures modernes avec les femmes séductrices d’Henner, les héros de bandes dessinées (Spirou, Tintin…) et, de manière inattendue, les masques tatanua fraichement sortis du musée du quai Branly.

Il est hors de doute que le musée, par la qualité des oeuvres et des maitres qui s’y révèlent alors, a fourni une jolie palette d’orange. Cependant, bien que le peintre alsacien ait donné l’impulsion à cette exposition, celle-ci semble rassembler, dans un ordre quelconque, ces diverses représentations dont il est difficile de les replacer dans leur cadre historique.

Sous cette réserve, on prend néanmoins plaisir à déambuler dans l’espace alambiqué de cet ancien hôtel particulier, tout en nous familiarisant avec l’art de cet artiste énigmatique qui nous apprend, plutôt qu’à méconnaitre la chevelure rousse dans les oeuvres de son époque, à y reconnaitre sa sensualité.

Et puis, après tout, c’est aussi à lui que revient le mérite d’avoir peint l’étonnant Christ roux dont la genèse repose sur un modèle, Emile Durand-Gréville, et une simple perruque louée.

Musée national Jean-Jacques Henner.

Du 30 janvier au 20 mai 2019