Portraits

Karim Arezki

Le goût des gens

J’ai rencontré Karim Arezki il y a déjà plusieurs années et sa démarche plastique m’a immédiatement interpellée. Toute son humanité se projetait en filigrane, dans des dessins déjà très aboutis, où nombre de ses amis apparaissent comme « complices » de son jeune parcours artistique, que je pressentais déjà comme inscrit dans une mouvance exceptionnelle d’intemporalité.

La transcription des gens dans un geste lié à l’élégance, souvent associé à la danse, sa fascination pour le mouvement, le tout accompagné d’une technique graphique très bien rodée; profession graphiste à la ville, Karim Arezki se nourrit de son amour pour les gens qui l’entourent. Il met souvent en scène la silhouette gracile de sa grand-mère, une muse dont l’affection et la sagesse ne le quittent jamais.

Lors d’une récente visite à l’atelier, où il travaille particulièrement de nuit, tant la nécessité de créer s’impose dans la spontanéité, sans retouche et sans repentir, je me suis penchée sur une bibliothèque bien fournie ; sans doute une autre source d’inspiration, où se côtoient des livres de Neumeier, Andy Warhol, Basquiat, Shakespeare… ainsi que celui qu’il nomme son maître : Chardin. Étonnée par la présence de bronzes anciens représentant la République, Il m’explique alors, emprunt d’une réelle émotion, que dans son enfance, lui, fils d’émigrés, s’était senti très fier de son statut d’élève de l’école de la République.

Les toiles posées à plat au sol, sont prêtes à recevoir les encres et autre cuisine tenue secrète, tandis que sur FIP, la musique scande le geste du peintre. C’est probablement parce qu’il pratique le sport au quotidien, qu’il soutient le rythme effréné d’une production impressionnante. Un esprit sain dans un corps sain…

Il me confie aimer se compliquer les choses. La création qui le satisferait serait celle où la main ne serait pas intervenue. La projection de l’esprit, probablement ! Je comprends alors pourquoi il officie directement à l’aide d’une pipette.

Actuellement, il travaille dans le volume, en tordant du fil de fer et en découpant des planchettes en bois, toujours sur le thème du portrait. Son œuvre est le théâtre de sa vie et évolue au fil des rencontres, qu’elles soient réelles ou virtuelles et Karim Arezki se plaît à retrouver au travers de la peinture, le regard du passé. Il ajoute qu’en avançant en âge, on devient plus généreux.

Repartie avec une « boîte à bonheur », en Tipp-ex sur carton noir, je quitte Karim à regrets, la tête remplie d’étoiles, encore éblouie par tant de talent et riche de ce sourire qui le caractérise.

Mylène Vignon