Redaction

Pierre Etaix est mort

Par Pascal Aubier

Pierre Etaix est mort, le jour où j’enterrais ma cousine. Il est mort dans les bras de sa belle, si belle épousée. On l’enterre mercredi. Et il y aura une messe. C’est drôle une messe, pour un clown, diriez-vous ? Mais non, les clowns, surtout les plus grands, comme les gitans, sont les enfants de la Sainte Vierge.

A l’enterrement, j’espère retrouver Jerry Lewis, l’autre clown, son meilleur ami. Et croiser Otar Iosseliani qui est aussi une sorte de clown, qui fait des films Géorgiens en plein Paris, avec des gens comme Pierre. J’espère aussi y embrasser Jean-Claude Carrière qui écrivait ses films avec Monsieur Etaix comme il les écrivait avec Monsieur Buñuel. Les hommes meurent, les femmes aussi. Cet automne est sauvage. Méchant.

Pierre Etaix était un grand homme, même s’il faisait un peu fluet. Il était très bien élevé et plus charmant, vous ne trouveriez pas, sur la butte où il vivait. Bon, avez-vous vu ses films ? Le Soupirant ? Yoyo ? Tant qu’on a la Santé ? Non ? Mais où étiez-vous ? En tous cas à quelque chose malheur est bon, tous ses films vont ressortir et il venait de les éditer en coffret DVD. Vous allez voir ce que vous allez voir.

Moi, c’est Jacques Tati qui m’a fait connaître Etaix. Il était son gagman, en anglais dans le texte.

Il a récupéré ses films et il est parti avec sa douce, autour de la terre bleue pour les montrer, le petit Pierre Etaix, avec son canotier. L’Argentine, le Japon, partout, dans le monde, on l’adorait. Et on l’adorera encore.

Mais pour ses amis, sa disparition va laisser un sérieux vide dans le paysage. Sa jolie femme, outre son intérêt pour les clowns qui lui a fait le rencontrer, est une chanteuse de blouse blonde. Nous continuerons à aimer Pierre à travers elle, à travers ses chansons, à travers ses films qui sont immortels.

Rappelez-vous: S’accompagnant d’un doigt ou quelques doigts, le clown se meurt sur un petit violon et pour quelques spectateurs…

La chanson de Gianni Esposito en 1957

Ecrite à Saint-Mandé, sur le piano de ma maman.

Adieu Pierre