Arts

La sensibilité à fleur de peau. Anouk Grinberg

Par Mylène Vignon

Quelque chose d’indéfinissable interpelle le regard, qu’il soit éclairé ou non, dans l’œuvre de cette artiste du sensible.
Immédiatement, on saisit une force qui répond à la spiritualité de la plasticienne,  en un contraste saisissant. Un peu comme si les yeux de l’âme s’accrochaient à notre peau intérieure pour exprimer une quête.
Anouk Grinberg maîtrise à la perfection cette difficile technique de l’encre et de la craie sur papier où les noirs fusionnent à merveille. Un monde extirpé de l’ombre est prestement projeté de l’intérieur, à la manière d’une suite de vibrations secrètes de l’intime.  L’oeil posé sur le monde qu’elle exprime m’évoque celui de l’objectif, qu’elle connaît et maîtrise si bien.
En ce qui concerne le choix de l’œuvre Petite tête, pour notre ouverture de Saisons de Culture, durant tout le été 2020, voici ce qu’Anouk explique;  Il a les yeux clos pour se calmer. Il y a l’effroi; on croit parfois qu’on ne tiendra pas, mais non, tout bouge et se métamorphose, c’est miraculeux ce qu’on est vivant.
Quand je dessine, il n’y a plus de différence entre la tristesse et le bonheur, entre le fragile et le fort. Il y a juste des présences. C’est souvent rapide, comme une cascade ou un tonnerre. Des sensations, des souvenirs qui me descendent dans les doigts, qui passent par mes yeux, choisissent les craies, les gestes, les feuilles. C’est plutôt les bonhommes qui se font, et moi qui accompagne. Ils ont une sacrée musique à l’intérieur, que je transcris sans juger. Je suis une animale qui entend les ultrasons.

Lui, il est né bleu. Ce n’est pas moi qui ai choisi, c’était sa couleur profonde, sa solitude à lui. Sa chanson secrète.

Je me souviens d’une exposition,  où sur les cimaises au sous-sol, une baignoire répondait  à ce besoin de se laver de toute pollution extérieure, propice à altérer la concentration nécessaire avant d’affronter un défi, une épreuve. Hors, une exposition, même si elle représente une fête qui honore les œuvres signées, est paradoxalement une douloureuse mi à nue de l’âme et l’artiste se sent vulnérable sur son piédestal. J’ai tellement repensé à cette œuvre !

Autre défi : l’actualité d’Anouk  au LaM de Villeneuve d’Ascq ; un dialogue entre une sélection d’œuvres de la comédienne, et le fond d’art brut du musée.

Pour tous renseignements à propos des œuvres d’ Anouk Grinberg, consulter la galerie GNG, 3 rue Visconti  75006 Paris

https://www.musee-lam.fr/fr/le-lam-vu-par-anouk-grinberg

www.galeriegng.com