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PULSIONS

Par Hélène Jacqz

« Voilà la meilleure façon de répondre à toutes les questions : C’est de danser.

Moi aussi je danse.

Assis à ma table de travail, je danse.

Debout (à moitié debout) en m’appuyant à ma canne je fais la danse du dos cassé et du souffle haletant. Et je ris. »

Jean Dubuffet lettre à Anna Sagna

(Paris 30 octobre 1983).

Que dire de cette exposition qui couvre les 10 dernières années de créations de Jean Dubuffet ? On en sort ébloui, joyeux et​ rafraîchi​.

L’artiste alors âgé​ de 70 ans passés, a réalisé plus de 1500 peintures et 1000 dessins entre 1974 et 1985 dans une sorte de frénésie aux antipodes de sa condition physique, trouvant toutes sortes de moyens de développer sa peinture sans rester trop debout.

Imaginez une sorte d’écriture, comme celles que nous faisons lors d’une conversation téléphonique par exemple, en griffonnant sur un bout de papier, tout en ayant l’esprit ailleurs. Jean Dubuffet explore avec une jouissance juvénile les facettes multiples de ce processus. Les peintures sont exécutées​ sur papier, il est assis à une table, puis elles sont découpées et assemblées dans un ordre bien précis pour être ensuite contrecollées sur toile.

Elles sont généralement peintes sur fond noir ou sur fond blanc avec simplement quelques couleurs primaires : Le bleu, le rouge et le jaune, se côtoient​ sans trop se mélanger, dansent en solo tout en s’inscrivant librement dans le corps du ballet. Parfois, si le choix est à dominante bleu et rouge, le jaune se retrouve dans les espaces vides afin de ne pas salir les autres couleurs. Ou bien, si le jaune est déjà en fond, le bleu est légèrement rehaussé de blanc pour surtout ne pas se perdre dans une sorte de verdâtre qui compromettrait l’identité de chacune des couleurs.

Le trait, tracé ou frotté​ du bout des doigts n’a l’air de rien. Il est sans intention et totalement libre. Réminiscence d’une écriture universelle, il nous relie à nous-même dans un espace intemporel.

Dans ces dernières séries de peintures, notre regard ne peut s’arrêter, il est entraîné​ sans fin de droite à gauche, bousculé par ces traces spontanées et vivantes qui nous emmènent bien loin hors des limites du cadre.

De plus, cette exposition, conçue avec une très belle scénographie, se trouve dans l’hôtel​ particulier qui héberge la fondation, au fond d’une cour arborée.

C’est un lieu à découvrir.

Jean Dubuffet – Les dernières années (1974 – 1985)

Du 16 avril 2025 au 24 octobre 2026

Fondation Jean Dubuffet

137 rue de Sèvres Paris 6e

www.helenejacqz.com