Arts

Sophie Sainrapt — Terre et feu

Par Mylène Vignon

Des assiettes bucoliques aux couleurs impressionnistes, c’est ce que propose Sophie Sainrapt, qui nous surprendra toujours. Cette fois-ci, c’est l’âme des jardins de Claude Monet, qui erre jusque dans nos assiettes. C’est lors d’une promenade automnale dans les allées conçues par le peintre jardinier que dahlias, zinnias et amarantes se sont dressés telle une explosion chromatique devant l’iPhone de Sophie. Texte intégral

Chronique n° 22 d’Alain Pusel

Avec les anges, prendre la route

Il y a de tout petits ascenseurs dans certains immeubles de Paris. La cage d’escalier, étroite, n’a pas permis à une nacelle domestique spacieuse d’être implantée. Le mécanisme d’élévation n’est pas toujours naturel…Ces machines sont régulièrement immobilisées ; leur exiguïté ne favorise pas leur utilisation, et chaque emménagement ou déménagement est l’occasion de les mettre hors d’usage pendant plusieurs jours. Des utilisations poussées et successives ont raison de leurs capacités ; une pièce du mécanisme a souffert ou c’est la porte de sécurité qui a été bloquée par quelques sacs de ciment, un afflux de caisses, l’agitation d’utilisateurs et c’est la panne. Texte intégral

L’espace des imaginaires, pour une architecture de l’invisible

Par Jacques Lombard

La ville, dès ses débuts, n’était-elle pas une première utopie, une première vision du monde, celle des monarques, des sultans, des maharajahs, des marchands mais aussi des tyrans, des despotes, des satrapes et des oppresseurs quand l’un ne se confond pas avec l’autre ? De Mari, l’antique cité sumérienne au bord de l’Euphrate au Welthauptsadt, le « Nouveau Berlin » de Hitler resté inachevé ou plus récemment à la Casa poporului, « la maison du peuple », édifiée par Ceausescu et digne du « Château » de Kafka, en passant par Pienza en Toscane, manière de bibelot pour un pape, on comprend que la ville est une mise en ordre de ses habitants dans le double jeu des échanges et de la déclinaison des formes symboliques du pouvoir. La cité témoigne ainsi de cette utopie, l’inscription dans l’espace d’un idéal de la vie en société, au fondement de l’idée de « bonheur », du bien vivre indispensable aux hommes, dessinée en quelque sorte à leur corps défendant et pour la plus grande gloire de son inventeur. Texte intégral

Dorothéa Tanning et Barbara d’Antuono

Par Théodore Blaise

Ainsi va le fil, suivant l’aiguille, suivant la main, autant accroché au regard que puisant dans le temps, ses récits, ses attentes. Il faudra se rappeler que c’est au Bauhaus, qu’Anni Albers a su porter dans le champ de l’art celui du fil, et que son ouvrage On weaving  en destitue la notion d’ouvrage de dame. Fortement influencée par l’ingéniosité des quilts américains et l’art du patchwork des femmes de la campagne, éblouie par l’usage des laines et des fibres qu’en faisaient les  latinos, elle défendra au sein du Black Montain College, la noblesse de ses pratiques.  Texte intégral

Chronique n° 21 d’Alain Pusel

Passage à la couleur

Vu l’autre soir un très beau film : La fille sur le pont de Patrice Leconte.Réalisateur qui a bâti sa carrière sur des succès hauts en couleur : des Bronzés à la plage aux Bronzés font du ski, de Viens chez moi j’habite chez une copine à Ma femme s’appelle reviens, un florilège qui fleure bon le cinéma du patrimoine, assurément.Il se jette là dans un film différent, au ton décalé, sublimé par un noir et blanc magnifique. Texte intégral

L’atelier de Sophie. La relève Pasnic

Par Mylène Vignon

Ce jour-là, il y avait les filles. Joyeuses et studieuses, telles des abeilles dans la ruche elles s’affairaient autour d’une reinebien nommée : Sophie Sainrapt. Elles sont toutes anciennes élèves de Nicolas du Mesnil du Buisson, qui nous quittait en 2019, après son complice de toujours Pascal Gauvard (atelier Pasnic). Texte intégral

Chronique n° 20 d’Alain Pusel

Vingt ans et vingt chroniques

La vingtaine. Les fameuses années qui nous emportent dans le Grand Tout… et les petits riens. Et plus tard, on voudrait ne se souvenir de rien et tout autant de tout.Certes, il y a l’injonction de Nizan : J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. Tout menace de ruine un jeune homme : l’amour, les idées, la perte de sa famille, l’entrée parmi les grandes personnes [1]. Texte intégral

Vive le Parti communiste chinois !

Par Jacques Lombard

La salle de réunion était plongée dans le noir, on ne distinguait que les éléments projetés sur l’écran blanc laiteux et nacré qui réfléchissait les lucioles voletant en tourbillons, autour de l’éclairage des ordinateurs portables des participants. L’horloge administrative sur le mur indiquait IIH30, encore une demi-heure de réunion pensa-t-il. Philippe luttait sans grand succès contre le sommeil, évitant de balancer la tête dans ce lourd mouvement interrompu de temps à autre par une brusque saccade et qui aurait alors révélé son assoupissement. Il savait pourtant que ce séminaire consacré à une réflexion générale sur les différentes techniques informatiques de la reconnaissance faciale, ainsi que sur leurs conditions d’utilisation était de la plus haute importance, à tel point qu’il avait eu beaucoup de mal à trouver le sommeil et en avait profité pour relire « Une chambre à soi » de Virginia Woolf, qu’il venait d’acheter pour l’offrir à sa fille aînée à l’occasion de ses seize ans. Texte intégral

Un débat entre Ben et Michel Onfray

Par Mylène Vignon

Ben commence cette newsletter par une réponse de Michel Onfray à Ben sur le thème de l’ethnisme, la théorie de FontanONFRAY SUR BEN (2014) L’autre moitié de Ben se trouve dans l’altruiste avéré, celui qui défend les minorités linguistiques. Ben de l’alter ego, c’est le Ben qui publie La clef sous titré Atlas collectif ethno-linguistique contenant analyses, cartes, textes théoriques et propositions pour régler les conflits ethniques dans le monde, préface et conclusion de Ben. Texte intégral

Chronique n° 19 d’Alain Pusel

Roulez, jeunesse !

Ma mère était un Fangio (1) au volant de sa deux chevaux, d’après certains commentateurs. Elle utilisait toutes les ressources de ce bolide démocratique made in Citroën, lorsque jeune assistante sociale, ses rendez-vous dispersés l’obligeaient, sur les routes de Lorraine, à jouer du champignon. Ma mère était aussi, dans la tendance des années soixante, une grande fumeuse. Vitesse et gauloises, absence de GPS et d’autoradio, une vision bien exotique pour les jeunes gens des années 2020… Texte intégral

Une cabane de fortune

Par Jacques Lombard

Jean-Paul frigorifié par ces longues heures passées à filtrer les automobilistes au rond-point d’Arçonnay s’était réfugié dans leur cabane de fortune édifiée à l’aide d’un arrangement de palettes en bois consolidé par des pneus usés. Ils étaient cinq à avoir passé la nuit à cet endroit où s’ouvre l’embranchement routier pour Orléans ou Chartres quand on entre dans la ville d’Alençon. Malgré le petit déjeuner copieux offert par un restaurateur voisin, ils avaient tous du mal à se réchauffer sans doute en raison de cette nuit blanche dont ils avaient perdu l’habitude, car le plus jeune d’entre eux ou plutôt la plus jeune avait dépassé quarante-cinq ans.

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Chronique n° 18 d’Alain Pusel

Tel qu’ en lui-même absolument autre

Léon Spilliaert — Exposition au Musée d’Orsay — octobre 2020/janvier 2021 - Lumière et solitudeAdolescent, on confie, faut-il dire « confiait » ? ses tourments à la page blanche. En marge d’un cahier de cours, sur des feuilles amassées au fond du sac, dans un Journal tenu contre vents et marées. Surtout tout contre son cœur (à marée basse).On écrit sur des feuilles volantes une histoire blanche et noire, à seize ans, comme une seiche qui vide son encre, comme un ectoplasme qui expulse de ses parois une brume d’inconscient. Il n’est alors question que de nyctalopes*, de promenades dans la nuit, de pensées bien noires. Texte intégral

Józef Czapski – l’art s’apprend à Paris

Par Ewa Bobrowska

« On était alors obsédés par une seule idée; aller à Paris. C’est seulement là que nous avons découvert toute l’Ecole de Paris. C’était pour nous la peinture pure ». Józef Czapski Riche d’un lourd bagage dû à la participation à la Grande Guerre et la Guerre polono-soviétique de 1920, qui lui a valu la croix de l’ordre de Virtuti Militari, le jeune Józef Czapski entreprend une seconde tentative d’étude de la peinture, après un premier essai décevant à Varsovie. En 1921, il commence ses études à l’Académie des beaux-arts de Cracovie. La vie artistique de cette ville universitaire et ancienne capitale de la Pologne est particulièrement riche et diversifiée dans les années suivant la reconquête de l’indépendance. C’est là où évoluent les formistes, les futuristes, et les traditionalistes. Texte intégral