Arts

Folle soirée rue de Fleurus

Par Mylène Vignon

Une invitation à dîner en compagnie de l'artiste André  Robillard, m’a mise en joie par un beau jour de février 2022. Bien que vivement admirative des œuvres découvertes sur les cimaises de la galerie Sartoni & Cerveau, je n’avais encore jamais rencontré l’homme. Et la rencontre en question dépassa de beaucoup mes espérances! Ce jeune homme de 90 ans, né à La Maltournée près de Gien le 27 octobre 1931, comme il se plaît à le rappeler avec fierté, surprend, autant par sa vivacité que par son caractère bien trempé. L’artiste ne s’est pas fait pas prier pour jouer de son harmonica diatonique, entre les notes joyeuses de La Java bleue et celles de morceaux choisis dans le répertoire de son idole André Verchuren. Avec une incroyable lucidité, un humour empreint de bon sens et une générosité sans limites, il se raconte… Voici son histoire: André Robillard est placé dès l’âge de 7 ans à l’école annexe de l’hôpital psychiatrique de Fleury-Les-Aubrais, sous prétexte de difficultés scolaires. Il était alors destiné à devenir commis de ferme. Fugueur et colérique,  il se retrouvera interné dans ce même hôpital à l’âge de 19 ans. À partir de ce moment, son sort est jeté!  À l’âge de 33 ans, il sera employé comme jardinier, blanchisseur et exécutera également d’autres tâches plus ingrates. Un jour, il décide en feuilletant des magazines spécialisés, de fabriquer des fusils, qu’il réalise de manière rudimentaire, afin de tuer la misère, selon ses propres mots. Bien intentionné, son psychiatre envoie quelques pièces à Jean Dubuffet.  Ces œuvres atypiques vont immédiatement intégrer la collection du maître de l’art brut. Les deux hommes se rencontreront à plusieurs reprises. André Robillard, entame ensuite une série de spoutnicks et autres engins spaciaux. Ses fusils se déclinent aussi en mitraillettes, élaborées de plus en plus finement, toujours à base d’éléments de récupération.  La production s’étend également aux planètes, aux satellites, aux animaux et aussi à Notre Dame de Paris. Une production de l’artiste orléanais, qui va bien au delà de l’espièglerie et contient une essence subversive et transgressive. Merci à nos hôtes Sophie Sainrapt et Pascal Aubier, d’avoir organisé un délectable banquet en l’honneur de ce grand artiste. Merci également au collectionneur Alexandre Donnat qui a permis cette rencontre, offrant à son ami, la joie de dîner en compagnie de trois de ses œuvres, sélectionnées avec l’expertise qui le caractérise. Ce fut une soirée décalée, éclaboussante,  intense en événements, passée en compagnie de jeunes personnes plutôt fougueuses. La chance m’a été donnée de faire également la connaissance de mesdemoiselles Lily Lafleur, chapelière à Paris et Bérangère Nicolet, dite bébé. Nous avons dit adieu à un joli pot à eau rouge à pois blancs, dégusté une poularde demi deuil et des pommes de terre rôties au four,  bien maîtrisées par Pascal et agrémentées de truffes râpées - car Alexandre Donnat, outre le fait de nous avoir offert le cadeau principal de cette soirée, nous a également gratifié d’une belle cueillette de truffes venues tout droit du Périgord -. Il y eut aussi en dessert, des éclairs au café géants, ainsi que des Merveilleux, apportés par les très charmants César et Manolo, hélas repartis prématurément. André Robillard, après avoir taxé la soirée de Fête au village, retournera en taxi à Fleury - Les - Aubrais,  parce qu’il y est attendu. Il doit, dit-il se préparer pour une future exposition lyonnaise. Ses bons amis l’entourent de beaucoup d’affection et lui permettent de s’évader le plus souvent possible de sa chambre où la lumière du jour ne filtre pas. Une autre bonne manière de tuer la misère en clamant Vive la vie!  Saisonsdeculture ne manquera pas de transmettre les informations inhérentes à l’exposition consacrée à André Robillard à Lyon et annoncera peut-être une bonne surprise. www.collectionalexandredonnat.com

Chronique n° 22 d’Alain Pusel

Avec les anges, prendre la route

Il y a de tout petits ascenseurs dans certains immeubles de Paris. La cage d’escalier, étroite, n’a pas permis à une nacelle domestique spacieuse d’être implantée. Le mécanisme d’élévation n’est pas toujours naturel… Ces machines sont régulièrement immobilisées ; leur exiguïté ne favorise pas leur utilisation, et chaque emménagement ou déménagement est l’occasion de les mettre hors d’usage pendant plusieurs jours. Des utilisations poussées et successives ont raison de leurs capacités ; une pièce du mécanisme a souffert ou c’est la porte de sécurité qui a été bloquée par quelques sacs de ciment, un afflux de caisses, l’agitation d’utilisateurs et c’est la panne. Texte intégral

Catherine Ludeau

Par Mylène Vignon

J’ai rencontré Catherine Ludeau grâce à Véronique Grange Spahis, commissaire d’une exposition qui a laissé une trace indélébile dans ma mémoire. J’ai immédiatement été saisie par l’esthétique et la pureté de ses créations. Ses couleurs et la matière atypique qu’elle compose sont d’une modernité sans cesse réinventée au fil des années. Texte intégral

Allemagne – Nouvelle Objectivité (Années 1920)

Centre Pompidou du 11 mai au 5 septembre 2022

L’exposition qui vient d’ouvrir ses portes entraîne des considérations de toutes sortes qui exigent, amènent autant de réponses d’une complexité redoutable. Il importe tout d’abord non seulement qu’elle nous mène en territoire totalement inconnu, ignoré et qui l’a toujours été, de la part d’à peu près tout le monde, en France du moins. Le motif en relève de nous d’abord, de l’Allemagne ensuite et de l’étrange et redoutable époque qu’elle retrace, génératrice de tant de redoutables catastrophes. Il convient avant tout de relever que l’art, tel qu’il se pratique en Allemagne, dans les années 20, est non seulement totalement ignoré des Français d’alors, mais surtout qu’il l’a toujours été si le théâtre de Bertolt Brecht et la musique de Kurt Weill ont fait les délices des avant-gardes internationales avec cet « Opéra de Quatre Sous » qui répondait si bien pour certains esprits de ma génération, aux considérations proférées peu avant par Père Ubu, enfin comprises et parfaitement assimilées par le Surréalisme. Mais sur quel terrain, dans quelle ambiance tout ceci avait-il pris son envol ? Nul ne s’en souciait sinon pour ricaner du néant et de l’état de désagrégation qui avaient pu engendrer une pareille révolution de l’esprit. Eh bien voilà le terrain d’envol de la plus décisive des tempêtes intellectuelles dont soit issu le XXème siècle nous dit-on aujourd’hui au Centre Pompidou, c’était la « Nouvelle Objectivité » et l’on confie à August Sander le soin de nous la présenter et le choix n’est-il pas heureux puisqu’il s’agit avant tout pour nous ici d’un photographe, quoiqu’en fait il ait pratiqué à peu près tout l’éventail des moyens d’expression possibles. Afin nous dit la présentation de l’exposition de mettre en lumière toutes les ambivalences d’une société divisée entre fascination pour la rationalisation et angoisse d’une désindividualisation aliénante, subversion des normes de genre et défense de l’ordre établi. La responsabilité de notre exposant est donc singulièrement lourde. Reste à voir comme il va s’en acquitter ! L’Allemagne s’est toujours voulue être, outre le territoire, la patrie de la Philosophie de l’Histoire et ceci plus profondément et subjectivement sans doute son acteur et foyer principal. L’orgueil national et sa conscience profonde en sont la substance même. Les ouvrages de Spengler sur l’Histoire des Cultures de l’Occident en sont l’illustration et il a été évident, l’avenir l’a révélé avec la violence et l’amplitude du nazisme qui l’a immédiatement suivi, que l’enjeu en question dans la période qui nous concerne dans cette exposition n’avait pas été mince, que cette nouvelle objectivité ne se situait pas dans une ère, pour la civilisation et son devenir, de tout repos. En France, l’agitation se porte ailleurs, la guerre puisqu’elle avait été gagnée, le voulait : la Guerre mondiale avait tranché : le siècle avait changé (le XIXème au fond n’avait-il pas perduré jusqu’en 1914 ?). Ici l’on parlait Marxisme (cette autre invention allemande !), Surréalisme, l’on évaluait le monde, la civilisation aussi, ainsi que l’homme dans tout cela... On essayait d’envisager comment le faire marcher et évoluer, le monde. Ici nous dit-on en Allemagne, on regardait tout cela ? Cette nouvelle objectivité quelque peu imposée qui avait trouvé son langage dans la double manifestation de Brecht et l’Opéra de Quatre sous d’une part et « Les Falaises de Marbre » d’Ernst Jünger de l’autre, nous la pouvons entrevoir dans l’éclatante ambivalence et parfois le symbolisme paradoxal, parfois caricatural suggéré et voulu par les images de Sander qui partent ainsi dans toutes les directions possibles et imaginables...

Henri-Hugues Lejeune

Chronique n° 21 d’Alain Pusel

Passage à la couleur

Vu l’autre soir un très beau film : La fille sur le pont de Patrice Leconte. Réalisateur qui a bâti sa carrière sur des succès hauts en couleur : des Bronzés à la plage aux Bronzés font du ski, de Viens chez moi j’habite chez une copine à Ma femme s’appelle reviens, un florilège qui fleure bon le cinéma du patrimoine, assurément. Il se jette là dans un film différent, au ton décalé, sublimé par un noir et blanc magnifique. Texte intégral

L’espace des imaginaires, pour une architecture de l’invisible

Par Jacques Lombard

La ville, dès ses débuts, n’était-elle pas une première utopie, une première vision du monde, celle des monarques, des sultans, des maharajahs, des marchands mais aussi des tyrans, des despotes, des satrapes et des oppresseurs quand l’un ne se confond pas avec l’autre ? De Mari, l’antique cité sumérienne au bord de l’Euphrate au Welthauptsadt, le « Nouveau Berlin » de Hitler resté inachevé ou plus récemment à la Casa poporului, « la maison du peuple », édifiée par Ceausescu et digne du « Château » de Kafka, en passant par Pienza en Toscane, manière de bibelot pour un pape, on comprend que la ville est une mise en ordre de ses habitants dans le double jeu des échanges et de la déclinaison des formes symboliques du pouvoir. La cité témoigne ainsi de cette utopie, l’inscription dans l’espace d’un idéal de la vie en société, au fondement de l’idée de « bonheur », du bien vivre indispensable aux hommes, dessinée en quelque sorte à leur corps défendant et pour la plus grande gloire de son inventeur. Texte intégral

Galerie Antoine Dupin

Par Katy Sroussy

Cet été, une nouvelle galerie d’Art Contemporain s’installe dans une bâtisse ancienne en pierres du terroir de la région de Saint Méloir des Ondes, magnifique contrée entre mer et terre, à la croisée des chemins de Saint Malo à Cancale, de Dinard au Mont Saint Michel, en Ille et Vilaine, à deux heures et demie de Paris. Antoine Dupin, galeriste passionné, enthousiaste, très impliqué dans l’Art Contemporain est le créateur-concepteur de ce projet innovant. Quelle est la genèse de la Galerie ? J’ai eu beaucoup de chance parce que j’ai grandi à Paris proche de mes grands-parents qui étaient collectionneurs. Ils s’étaient séparés, ma grand-mère collectionnait des objets et meubles du 18 -ème siècle et mon grand père collectionnait de l’art contemporain. Les sorties pour moi : ma grand-mère m’emmenait au Louvre ou au Musée d’Orsay et mon grand père dans les salles de ventes comme Drouot et dans des galeries. J’ai toujours grandi au milieu d’œuvres d’Art et au moment de choisir un métier, mon père aurait voulu que je sois chirurgien comme lui mais je lui dis très vite que je ne me sentais pas avoir l’âme d’un médecin, et que je souhaitais être entouré de belles choses, de belles œuvres et que je désirais en faire ma profession. Au début, je voulais être commissaire-priseur car cela me fascinait, j’ai alors entrepris des études de droit dans ce but et puis, chemin faisant j’ai arrêté ces études au bout de deux ans. Je voulais vraiment travailler, ainsi, j’ai commencé à faire des stages chez Sotheby’s, Christie’s, et finalement j’ai atterri grouillot assistant dans une galerie à Saint Germain des Prés, la galerie Aittouares. Au début, mon travail consistait à peindre des socles et petit à petit, j’ai découvert les différentes facettes du métier, j’ai eu l’opportunité de faire un peu de courtage et à un moment, je me suis retrouvé directeur d’une galerie en Chine pendant trois ans, la galerie Dumonteil à Shanghai. A mon retour, à 28 ans, j’ai repris mes études de droit et fus engagé dans un cabinet d’avocats où je faisais du droit du marché de l’Art. L’année dernière, le 1er juillet, j’ai décidé de rejoindre la femme de ma vie à Cancale, j’ai quitté mon cabinet d’avocats et je me suis lancé dans l’aventure de la galerie, ici je peux faire des choses que je ne peux faire ailleurs. Je suis très heureux car il y a l’espace, une configuration différente qu’à Paris pour proposer à de jeunes artistes exposées dans des galeries à Paris, de m’y rejoindre. Emmanuel Régent et Lionel Sabatté, qui inaugureront la galerie le 1er juillet 2022, ont accepté de venir y exposer parce que je ne suis pas à Paris. Je n’aurais jamais pu avoir cet espace de 120 m2, avec 10 mètres de hauteur sous plafond, en ville ! Je l’ai nommé Galerie Antoine Dupin, afin de personnifier ce lieu. Il est important pour les visiteurs, amateurs et collectionneurs de rencontrer celui qui choisit les artistes et les œuvres, d’être heureux er rassuré d’échanger avec un être humain qui est derrière tout cela, contrairement à des espaces ou galeries parfois non identifiés, au nom fantaisiste ou désincarné. Quelle est votre programmation à venir ? -Au mois d’août, un Group Show d’artistes africains, avec les dessins de Hélène Jayet, artiste franco-malienne, les montages élégants de Kelani Abass, artiste nigérian et les scènes de vie très colorées de villes africaines de Elias Mung’Ora, artiste kenyan. -En fin d’année, Camille Beauplan, jeune artiste, découverte dans la sélection du salon de Montrouge, seule peintre de la sélection, propose des scènes de Ville, très colorées, vivantes et drôles. - Pascal Vilcollet présente ses œuvres abstraites, des grands formats, avec des écritures et des dégradés de couleur très profonds, des camaïeux comme un peu de la peinture cirée, artiste représenté par la galerie Chez Valentin, défricheur de jeunes talents. -Au printemps, Briac Leprêtre, aquarelliste breton, ultra réaliste, très classique, travaille en transparence ses œuvres d’une minutie exceptionnelle, professeur aux Beaux-Arts de Rennes. Il lui a fallu plus d’un an pour préparer son exposition. Il est important pour moi de représenter des artistes bretons. Comment décrire ce nouveau lieu ? Pourtant si proche de la mer, c’est un lieu avant tout terrien, entouré par les champs, les poules, les chevaux et les kangourous, ancien corps de ferme, ancré dans la terre au caractère agricole, aux vieilles pierres, à la charpente en bois et au sol en terre battue dont l’emprunte terrienne contraste avec cette proximité avec la mer et les vents. Cette bâtisse-galerie va permettre l’existence de ce caractère original et contrasté grâce aux installations et accrochages d’œuvres très contemporaines, dans ce lieu de volumes doté d’une très belle lumière naturelle. Pour les artistes, l’utilisation de ces vieilles pierres, de cette terre battue, de ces incroyables volumes, leur offrira un espace unique et singulier d’expression, de jeux, d’exploration, qui sera particulièrement motivant et amusant pour eux. A partir du 1er juillet, Galerie Antoine Dupin Le Buot 35350 Saint Méloir des Ondes

Chronique n° 20 d’Alain Pusel

Vingt ans et vingt chroniques

La vingtaine. Les fameuses années qui nous emportent dans le Grand Tout… et les petits riens. Et plus tard, on voudrait ne se souvenir de rien et tout autant de tout. Certes, il y a l’injonction de Nizan : J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. Tout menace de ruine un jeune homme : l’amour, les idées, la perte de sa famille, l’entrée parmi les grandes personnes [1]. Texte intégral

Art

Galerie Antoine Dupin

Par Katy Sroussy Cet été, une nouvelle galerie d’Art Contemporain s’installe dans une bâtisse ancienne en pierres du terroir de la région de Saint Méloir des Ondes, magnifique contrée entre mer et terre, à la croisée des chemins de Saint Malo à Cancale, de Dinard au Mont Saint Michel, en Ille et Vilaine, à deux heures et demie de Paris. Antoine Dupin, galeriste passionné, enthousiaste, très impliqué dans l’Art Contemporain est le créateur-concepteur de ce projet innovant. Quelle est la genèse de la Galerie ? J’ai eu beaucoup de chance parce que j’ai grandi à Paris proche de mes grands-parents qui étaient collectionneurs. Ils s’étaient séparés, ma grand-mère collectionnait des objets et meubles du 18 -ème siècle et mon grand père collectionnait de l’art contemporain. Les sorties pour moi : ma grand-mère m’emmenait au Louvre ou au Musée d’Orsay et mon grand père dans les salles de ventes comme Drouot et dans des galeries. J’ai toujours grandi au milieu d’œuvres d’Art et au moment de choisir un métier, mon père aurait voulu que je sois chirurgien comme lui mais je lui dis très vite que je ne me sentais pas avoir l’âme d’un médecin, et que je souhaitais être entouré de belles choses, de belles œuvres et que je désirais en faire ma profession. Au début, je voulais être commissaire-priseur car cela me fascinait, j’ai alors entrepris des études de droit dans ce but et puis, chemin faisant j’ai arrêté ces études au bout de deux ans. Je voulais vraiment travailler, ainsi, j’ai commencé à faire des stages chez Sotheby’s, Christie’s, et finalement j’ai atterri grouillot assistant dans une galerie à Saint Germain des Prés, la galerie Aittouares. Au début, mon travail consistait à peindre des socles et petit à petit, j’ai découvert les différentes facettes du métier, j’ai eu l’opportunité de faire un peu de courtage et à un moment, je me suis retrouvé directeur d’une galerie en Chine pendant trois ans, la galerie Dumonteil à Shanghai. A mon retour, à 28 ans, j’ai repris mes études de droit et fus engagé dans un cabinet d’avocats où je faisais du droit du marché de l’Art. L’année dernière, le 1er juillet, j’ai décidé de rejoindre la femme de ma vie à Cancale, j’ai quitté mon cabinet d’avocats et je me suis lancé dans l’aventure de la galerie, ici je peux faire des choses que je ne peux faire ailleurs. Je suis très heureux car il y a l’espace, une configuration différente qu’à Paris pour proposer à de jeunes artistes exposées dans des galeries à Paris, de m’y rejoindre. Emmanuel Régent et Lionel Sabatté, qui inaugureront la galerie le 1er juillet 2022, ont accepté de venir y exposer parce que je ne suis pas à Paris. Je n’aurais jamais pu avoir cet espace de 120 m2, avec 10 mètres de hauteur sous plafond, en ville ! Je l’ai nommé Galerie Antoine Dupin, afin de personnifier ce lieu. Il est important pour les visiteurs, amateurs et collectionneurs de rencontrer celui qui choisit les artistes et les œuvres, d’être heureux er rassuré d’échanger avec un être humain qui est derrière tout cela, contrairement à des espaces ou galeries parfois non identifiés, au nom fantaisiste ou désincarné. Quelle est votre programmation à venir ? -Au mois d’août, un Group Show d’artistes africains, avec les dessins de Hélène Jayet, artiste franco-malienne, les montages élégants de Kelani Abass, artiste nigérian et les scènes de vie très colorées de villes africaines de Elias Mung’Ora, artiste kenyan. -En fin d’année, Camille Beauplan, jeune artiste, découverte dans la sélection du salon de Montrouge, seule peintre de la sélection, propose des scènes de Ville, très colorées, vivantes et drôles. - Pascal Vilcollet présente ses œuvres abstraites, des grands formats, avec des écritures et des dégradés de couleur très profonds, des camaïeux comme un peu de la peinture cirée, artiste représenté par la galerie Chez Valentin, défricheur de jeunes talents. -Au printemps, Briac Leprêtre, aquarelliste breton, ultra réaliste, très classique, travaille en transparence ses œuvres d’une minutie exceptionnelle, professeur aux Beaux-Arts de Rennes. Il lui a fallu plus d’un an pour préparer son exposition. Il est important pour moi de représenter des artistes bretons. Comment décrire ce nouveau lieu ? Pourtant si proche de la mer, c’est un lieu avant tout terrien, entouré par les champs, les poules, les chevaux et les kangourous, ancien corps de ferme, ancré dans la terre au caractère agricole, aux vieilles pierres, à la charpente en bois et au sol en terre battue dont l’emprunte terrienne contraste avec cette proximité avec la mer et les vents. Cette bâtisse-galerie va permettre l’existence de ce caractère original et contrasté grâce aux installations et accrochages d’œuvres très contemporaines, dans ce lieu de volumes doté d’une très belle lumière naturelle. Pour les artistes, l’utilisation de ces vieilles pierres, de cette terre battue, de ces incroyables volumes, leur offrira un espace unique et singulier d’expression, de jeux, d’exploration, qui sera particulièrement motivant et amusant pour eux. A partir du 1er juillet, Galerie Antoine Dupin Le Buot 35350 Saint Méloir des Ondes

Chronique n° 19 d’Alain Pusel

Roulez, jeunesse !

Ma mère était un Fangio (1) au volant de sa deux chevaux, d’après certains commentateurs. Elle utilisait toutes les ressources de ce bolide démocratique made in Citroën, lorsque jeune assistante sociale, ses rendez-vous dispersés l’obligeaient, sur les routes de Lorraine, à jouer du champignon. Ma mère était aussi, dans la tendance des années soixante, une grande fumeuse. Vitesse et gauloises, absence de GPS et d’autoradio, une vision bien exotique pour les jeunes gens des années 2020… Texte intégral

Vive le Parti communiste chinois !

Par Jacques Lombard

La salle de réunion était plongée dans le noir, on ne distinguait que les éléments projetés sur l’écran blanc laiteux et nacré qui réfléchissait les lucioles voletant en tourbillons, autour de l’éclairage des ordinateurs portables des participants. L’horloge administrative sur le mur indiquait IIH30, encore une demi-heure de réunion pensa-t-il. Philippe luttait sans grand succès contre le sommeil, évitant de balancer la tête dans ce lourd mouvement interrompu de temps à autre par une brusque saccade et qui aurait alors révélé son assoupissement. Il savait pourtant que ce séminaire consacré à une réflexion générale sur les différentes techniques informatiques de la reconnaissance faciale, ainsi que sur leurs conditions d’utilisation était de la plus haute importance, à tel point qu’il avait eu beaucoup de mal à trouver le sommeil et en avait profité pour relire « Une chambre à soi » de Virginia Woolf, qu’il venait d’acheter pour l’offrir à sa fille aînée à l’occasion de ses seize ans. Texte intégral

Chronique 36 – Alain Pusel

Beauté des plans, amours enfuies et ligne de fuite

La sublime Monica Vitti irradie la trilogie de Michelangelo Antonioni. En trois années, de 60 à 62, le cinéaste impose sa signature inoubliable. De L’avventura (1) à L’Eclisse (2), en passant par une déambulation nocturne dans un Milan déserté et à travers une fête mondaine désenchantée. La moue du désespoir de Jeanne (Moreau) et l’apparition de Monica en jeune femme trop bien ordonnée structurent la Notte (3). Dans ce troisième opus est stylisée d’un œil implacable la vision féminine des désaccordements amoureux et de l’impossibilité d’aimer. Monica en blonde tout en retenue, en frémissement, en désarroi final. Monica en brune tout en corps de liane, en fille joueuse, en exténuation précoce. L’actrice, muse et compagne de l’imperturbable cinéaste de l’impasse des sentiments. La beauté de ses plans, le contraste du noir et blanc, le rendu précis de l’architecture des villes et de la démarche des femmes, fières et malicieuses, inquiètes qui dévitalisent les ardeurs masculines et laissent les hommes transis et épuisés au petit matin, au bout de leur nuit blanche. Dans leur quatrième film ensemble, Le désert rouge (4), le premier en couleur, la rigueur programmatique se maintient : les femmes continuent de quitter les hommes, ou de les éviter, déçues en aval ou anesthésiées en amont, par la crainte d’être meurtries par la projection de leurs propres fragments amoureux. Dans les films d’Antonioni les femmes ont du mal à se laisser aimer, à se laisser aller à aimer, et pourtant les hommes qui les approchent sont beaux et séduisants. Dans quel autre film une héroïne résisterait à Alain Delon ou à Marcello Mastroianni, dans la beauté de leur jeunesse sauvage ou tendre, sublimée par un Noir et Blanc délicat et graphique ? D’ailleurs avec une acuité souriante, le titre d’un article de Positif est édifiant : Le Néant de l’acteur ou de la difficulté d’aimer Monica Vitti. (5) Le cinéaste est-il aussi un homme jaloux, et l’impossibilité d’aimer pour la Vitti est-il aussi la souveraine règle de tournage : interdiction d’aimer la personne de Monica ? Dans tant de rigueur formelle se glisserait-il l’inquiétude d’un homme sensiblement amoureux de sa compagne ? « Le désert… » est aussi le film de la rupture. Monica le quitte, Monica s’en va… elle choisira ensuite, notamment, des films dans un registre comique. La muse au regard fiévreux- oppressé devient une comédienne douée pour faire rire. Vitti avait grand besoin de respirer et de s’amuser. D’aller vers un cinéma moins exigeant, peut-être. Être une icône de la modernité a un prix et un poids. S’en délester, changer d’itinéraire, être autrement. Pygmalion et Galatée chez les Frères Lumière. C’est par amour que Ingrid Bergman, la sublime actrice des Enchaînés (6) quitte mari, enfant et le confort d’une vie de star hollywoodienne. Hitchcock doit s’en étrangler. Elle court se jeter au cou de Roberto Rossellini et promouvoir son cinéma vérité, ses plans sans artifice, ses tournages sans maquilleuse. La muse suédoise est résolue à en payer le prix, elle aussi. Ce n’est pas rien de quitter les collines luxueuses et rassurantes de Beverley Hill pour aller danser pieds nus autour du Stromboli (7). Cet autre duo de la modernité artistique, ce réalisateur, Rossellini, fétiche des jeunes loups de la Nouvelle Vague tourne ses meilleurs films avec son actrice devenue sa compagne, qui l’aime et renouvelle son talent. Certes, elle rejoindra des années plus tard le réconfort tranquille de la Californie pour incarner Anastasia (8) et regoûter à la vanité d’un Oscar. Retour au bercail. Fin de la parenthèse éprouvante et magnifique. Le génie épuise-t-il sa muse ? Est-ce, demandons à Sainte-Beuve, avant tout l’homme ou l’artiste qui finit par nimber son héroïne sacrificielle – sur l’autel de ses obsessions, d’un cercle trop corsetant de lassitude. Michelangelo et Monica, Roberto et Ingrid … Plus proche de nous, il y a l’épreuve du tournage des Amants du Pont-Neuf (9) et d’une Juliette qui n’en finit pas de quitter son démiurge de Roméo. Carax et Binoche cheminent ensemble dans la vie et devant / derrière la caméra. Ce sera, non pas le rire libérateur de « la » Vitti, ou le retour à la maison de Ingrid ; ce sera une carrière à l’international entamée avec le sourire narquois de Daniel Day-Lewis et la beauté resplendissante de Lena Olin, comme compagnons de tournage. L’adaptation du livre de Kundera, L’insoutenable légèreté de l’être (10) … sentiment ambivalent que Binoche avait déjà traduit actoralement, dans ses années précédentes, par des gestes de grâce et une expressivité juvénile. Le cinéma d’Antonioni, après Monica, va se recentrer sur la psyché masculine. Des hommes en errance, des hommes face à l’erreur et au mystère, des hommes en fuite. Sur les lignes de fuite et les errances masculines, Wim Wenders, au milieu des années 70, installe ses magnifiques plans d’une exigence formelle née de sa pratique de la photographie. Le sens du cadrage de Wim Wenders signifie-t-il la relève du cinéma antonionien fait d’élégance formelle et de solitude ontologique ? Les premiers plans de Paris Texas (11) sont inoubliables et donnent à voir l’horizon d’une solitude : corps et âme de Travis, regard éteint, barbe de vagabond, marchant sous le soleil d’enclume dans un désert aux reflets ocres et rouges… L’Italien de Ferrare, qui voyagera – loin de Monica – en Chine et aux Etats-Unis pour essayer de comprendre le monde trouve, en partie, si une filiation artistique a un sens, son successeur dans un Allemand de Düsseldorf, fou de cinéma américain et artisan seventies de road-trip de la post-modernité. Clin d’œil à cette entente sur pellicules : Wenders vient épauler Antonioni, très diminué après une attaque cérébrale, pour le film Par-delà les nuages (12). Le film, découpé en plusieurs histoires est inégal. La rigueur magistrale du maître italien n’est pas assez consolidé par l’œil et les transitions de W.W… Mais l’amitié était réelle. Beauté des plans, ligne d’horizon, solitude à perte de vue ; Monica, Ingrid, Juliette qui portent haut leur personnage et soudain choisissent d’autres travellings. Cinéma d’auteurs, cinéma aux prises avec le temps des sensations et l’espace des sentiments. Merci à la beauté des choses, à la mélancolie devant le monde et aux regards impatients et inquiets des femmes qu’ils ont désiré regarder et capter, sur le vif. Photo : couverture du livre de Joëlle Mayet Giaume, M.A., Le Fil intérieur, Editions Yellow Now
  • (1)  L’Avventura, 1960, avec Monica Vitti, Léa Massari et Gabriele Ferzetti
  • (2)  L’Eclisse, 1962, avec Monica Vitti et Alain Delon
  • (3)  La Notte, 1961, avec Jeanne Moreau, Monica Vitti et Marcello Mastroianni
  • (4)  Le désert rouge, 1964, avec Monica Vitti et Richard Harris
  • (5)  Positif, juillet-août, 2008, page 60
  • (6)  Les Enchaînés, Alfred Hitchcock, 1946, avec Ingrid Bergman et Cary Grant
  • (7)  Stromboli, Roberto Rossellini, 1950, avec Ingrid Bergman
  • (8)  Anastasia, Anatole Litvak, 1956, avec Ingrid Bergman et Yul Brynner
  • (9)  Les Amants du Pont Neuf, Leos Carax, 1991, avec Juliette Binoche et Denis Lavant
  • (10)  L’insoutenable légèreté de l’être, Philip Kaufman, 1988, avec Juliette Binoche, Lena Olin et Daniel Day-Lewis
  • (11)  Paris, Texas, Wim Wenders, 1984, avec Nastassja Kinski et Howard Dean Stanton
  • (12)  Par-delà les nuages, 1995, Michelangelo Antonioni et Wim Wenders, avec Irène Jacob, Chiasa Caselli, Fanny Ardant, Sophie Marceau et John Malkovich

Chronique n° 18 d’Alain Pusel

Tel qu’ en lui-même absolument autre

Léon Spilliaert — Exposition au Musée d’Orsay — octobre 2020/janvier 2021 - Lumière et solitude Adolescent, on confie, faut-il dire « confiait » ? ses tourments à la page blanche. En marge d’un cahier de cours, sur des feuilles amassées au fond du sac, dans un Journal tenu contre vents et marées. Surtout tout contre son cœur (à marée basse). On écrit sur des feuilles volantes une histoire blanche et noire, à seize ans, comme une seiche qui vide son encre, comme un ectoplasme qui expulse de ses parois une brume d’inconscient. Il n’est alors question que de nyctalopes*, de promenades dans la nuit, de pensées bien noires. Texte intégral

Une cabane de fortune

Par Jacques Lombard

Jean-Paul frigorifié par ces longues heures passées à filtrer les automobilistes au rond-point d’Arçonnay s’était réfugié dans leur cabane de fortune édifiée à l’aide d’un arrangement de palettes en bois consolidé par des pneus usés. Ils étaient cinq à avoir passé la nuit à cet endroit où s’ouvre l’embranchement routier pour Orléans ou Chartres quand on entre dans la ville d’Alençon. Malgré le petit déjeuner copieux offert par un restaurateur voisin, ils avaient tous du mal à se réchauffer sans doute en raison de cette nuit blanche dont ils avaient perdu l’habitude, car le plus jeune d’entre eux ou plutôt la plus jeune avait dépassé quarante-cinq ans.

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