Lettres

En mode poésie à L’Eurydice

Par Mylène Vignon

C’est en plein cœur du quartier Latin, que nous nous sommes donné rendez-vous pour la présentation du nouveau livre de Louis Bance ; Les Rires de Samyaza paru cet été finissant chez François Mocaër Éditeur. Une édition précieuse, habillée d’une reliure en épais carton diapré à l’ancienne, digne des bibliothèques du dix-neuvième siècle. Riches sont les rimes qui l’habitent, où les vers fleurissent en alexandrins délicieusement surannés. Et Dieu qu’il est bon de réentendre cette forme littéraire aujourd’hui écartée des tendances qui portent à la déstructure ! Les références aux Saintes Écritures, sont accompagnées de vers érotiques et de lettres aux amis, et c’est du meilleur effet. Le recueil contient 275 pages pour une police de 7, ainsi que le voulaient les bréviaires publiés deux siècles en arrière. Ici, à l’Eurydice, les poèmes récités par Louis Bance, prennent le goût anisé de l’absinthe et lorsqu’un Arthur Poly à qui nous devons les illustrations, monte sur la scène ouverte, c’est Rimbaud qui nous rejoint… en vrai.De fait, et c’est une certitude : On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans !L’Eurydice Cabaret littéraire-philosophique 79 rue du Cardinal Lemoine Paris 5ème Ouvert de 18h à 2h Tél : 0987708572 ( Les livres sont sur place et vous seront dédicacés. Le tout pour la modique somme de 15 euros).  

Jean-Paul Guedj – Journal Maximal

Ce Journal Maximal est un roman de pensées, écrites au jour le jour, au cours de l’année 2020, année de pandémie (Covid-19) et de confinement. Les maximes ici, dans la tradition des moralistes français – de La Rochefoucauld à Cioran –, portent sur la vie, les relations humaines, l’amour, la douleur, l’anxiété, la maladie, la mort, mais aussi l’espoir. Elles s’intéressent également à la maxime elle-même, cette « fenêtre sur court ».  Elles sont entrecoupées et souvent nourries d’anecdotes ou de notes de lecture. Elles mêlent le léger et le profond, la réflexion et l’humour.  Et sans doute pour l’auteur, comme pour le lecteur, ce Journal Maximal peut faire à la fois œuvre de divertissement éclairé et de consolation soudaine. Texte intégral

Sous le Signe du Poulpe

Par Henri – Hugues Lejeune

N’était-il pas largement temps pour l’Art Brut de prendre la place qui lui revient dans l’Art contemporain ? Bon diable, il a attendu devant la porte tant que l’on voulût et quand le moment en fût venu ou qu’il jugea bon d’entrer : cela certainement va-t-il se discuter, eh bien il se mit en mesure de la phagocyter, à moins que ce soit l’inverse qui est en train de se passer. Si l’on cherche à fond, en parcourant ces temps-ci les galeries et les espaces du LAM (Lille, Musée d’Art Moderne), on se pose sincèrement la question et l’on ne saurait manquer de s’inquiéter du dessein ou de la volonté des promoteurs de ses présentations actuelles. Elles sont toutes, nommément ou pas, configurées actuellement sous le signe, les auspices, la morphologie de la pieuvre et elles la revendiquent. Elles placent sous les auspices et la morphologie de cet intéressant animal, tant leur présentation, la configuration et l’imbrication de leurs salles que le déroulement du programme et du parcours de ses visiteurs. L’art « Brut » ne se contente pas de s’emparer de sa proie, il entend la phagocyter c’est-à-dire proprement la digérer, en faire sa substance. A cette fin, le Musée a fait appel à la Star Culturelle de l’émigration des « Gens du Nord », Laure Prouvost elle-même. Nulle plus qu’elle n’est « Du Nord » et nul ne s’en est moins soucié. Il est vrai que jusqu’à présent, les vedettes, les éventuels transfuges vers l’art et la culture des représentants des « grandes familles du Nord » étaient rarissimes, pas plus que les curés parmi ces grands catholiques ! En somme, il n’est pas tant question de présenter ici l’art brut mais d’ores et déjà de l’installer dans les différents domaines de l’art moderne qui sont bien entendu fort loin à présent de se répartir entre sculpture, peinture, architecture, décoration etc., lui qui justement entendait jusqu’alors n’en pas tenir compte, voire les fouler aux pieds. Sans parler ici littérature qui était d’ores et déjà foulée aux pieds par ces grands bavards d’artistes bruts, après le couac littéraire présenté par le Surréalisme. Mais il est indéniable, il sera peut-être dorénavant possible de s’interroger plus avant et de commencer à répondre en sortant de cette définitivement dérangeante exposition, que la perception de la vie, du monde extérieur, du mode suivant lesquels les aborder, se trouvent en question et nous-mêmes vis-à-vis d’eux. Le monde moderne s’est métamorphosé de lui-même, c’est indubitable : est-ce avec phagocytose de la perception que l’on en peut avoir ? Ne sommes-nous par trop écartés de ce que nous présentaient quelques salles muséales au sein d’un itinéraire réalisé et conçu en ce LAM ? Il est vrai que nous avions avec nous un cicérone qui n’était autre que le père de Wim Delvoye Qui serait parmi les plus actifs nageurs en ces eaux si troubles !

Sophie Marie van der Pas – Cette légèreté

Par Mylène Vignon

Cette poétique poésie, est ce qui exalte l’esprit après lecture de ce dernier recueil de Sophie van der Pas, paru en mars 2021 chez Les Éditions Ballade à la Lune. À propos de son art, écrit :La nécessité du poème est ma respiration. Il m’attend comme un compagnon de route. Je ne lui demande rien d’autre que sa présence. Proche de l’insignifiant, il m’apprend tout de moi. La poésie, je la savoure avec un goût de fruits et d’amandes, un goût de saisons, et le goût de l’autre. Texte intégral

Poésie en duo. 1

Par Joëlle et Xing Qian Ye

Vogue navire sans mâts ni gréement Largue au loin tous les tourments ! Poussé par la céleste haleine navigue sans peur sans peine File dans le vibrant éther strié de noir et de lumière.

Lectures estivales, le choix de la rédactrice en chef

Par Mylène Vignon

Chers amis assoiffés de lecture, voici quelques pépites, que j’ai lues pour vous avec gourmandise :Les Amours de Zeus de Soledad Bravi aux éditions Rue de Sèvres (cadeau de mon ami Emmanuel). Aidée de son père Jean Boutan, Soledad malmène les divinités avec humour, fougue et finesse. Partir à la conquête de Zeus n’est pas de tout repos. Pour bien rire en famille, se le passer pendant les vacances.Encore de l’humour sous une forme poétique : Vous sentez-vous à l’article de l’humour ? Aux éditions Unicité. Suivi de Toutes mes Cons Siderations. Par la facétieuse poétesse Anne de Commines, qui nous propose ici ses distorsions à fables. (en un seul recueil ). Il s’agit d’un prodigieux voyage dans les mondes pataphysiques. Un drôle de texte sur la bêtise humaine, à lire à voix haute à la veillée, après un bon repas estival entre amis.Toujours de l’humour : n’oubliez pas pour lire en famille, ce livre facétieux de Denis Cherer, illustré des dessins d’Elan Cherer Aimons nous les uns loin des autres, paru chez Area. Une parodie de cette crise sanitaire qui n’en finit pas, avec un projet de seul en scène que nous ne manquerons en aucun cas. En attendant, nous avons déjà accès à la lecture en avant première, ne nous en privons pas !En vacances, un peu d’histoire ne nuit pas :La Prisonnière du roi. Par Gilbert Bordes. Les Presses de la cité. Reçu dans ma boîte aux lettres (envoi de l’éditeur). Le destin hors du commun de la reine Ingeburge, mariée à Philippe Auguste et répudiée au lendemain des noces. Un savoureux pavé de 375 pages qui se lit d’une seule traite et occupera au mieux vos chaudes soirées d’été. Toujours aux Presses de la Cité : Lucile de Nantes par Nathalie de Broc. L’histoire passionnante d’une vengeance, sur les pas d’une héroïne flamboyante. Une histoire d’amour exactement comme on les aime, qui ne se donne pas facilement. Les personnages évoqués sont bien réels. Nous sommes en juin 1805 et après six années passées à la Martinique, le Solitaire fait cap sur Nantes. Son capitaine Alexis, Chevalier de Préville, est chargé d’une mission d’importance auprès de l’Empereur. Il épouse alors Lucile, pour lui offrir un statut…Un roman gothique : Sœurs de Daisy Johnson. Chez Stock, acheté au Divan. Effrayant, sensuel et énigmatique, Juillet et Septembre sont des sœurs fusionnelles autant que fissionnelles. Juillet, la plus jeune d’un an, obéit à une sœur perverse, qui lui fait accomplir n’importe quoi. Et c’est le drame…Toujours dans l’esprit gothique, Elstonsbrody par Edgar Mittlholzer, aux éditions du Thyphon. Acheté par Sabine à la librairie Delamain rue Saint-Honoré. Un auteur confidentiel, coup de cœur de la libraire. Elstonsbrody, captive en faisant imploser le réel. C’est l’histoire d’un jeune peintre, accueilli dans une saisissante demeure qui donnera le titre au roman : Elstonsbrody. Un chef d’œuvre rare, qui s’inscrit dans la lignée de l’esprit d’Edgar Allan Poe… ne pas oublier de le glisser dans la valise !Encore L’homme Battu, un beau roman d’Olivia Koudrine paru ce printemps tout frais, au Cherche midi. Offert par l’auteure, une amie et collègue de longue date. Déjà chroniqué dans nos colonnes, ce copieux roman tiré d’une histoire vécue, mérite une relecture en y passant un peu plus de temps. Vous allez adorer la plume hyper dépoussiérée de mademoiselle Koudrine.Aussi, le roman Sœurs de Sable, écrit par Stéphane Héaume, aux éditions Rivages, envoyé par l’auteur et déjà chroniqué ici, par la plume éthérée de Cybèle Air. Parce que Stephane Heaume, amoureux de la vie, est virtuose en musique et en littérature, ce livre, où il s’agit de crime et de sensualité, sera le compagnon incontournable de vos vacances à la mer… ou même ailleurs. ( lire la chronique dans notre rubrique Lettres).Un peu de spiritualité : l’épopée de l’extase de Yanna Byls aux éditions Unicité, offert par l’auteure de passage à la galerie Area. L’épopée de l’extase révèle le chemin initiatique de Yanna, laquelle dépeint une fresque d’explorations enivrantes. En grande voyageuse, cette conteuse des temps modernes nous fait partager ses expériences chamaniques avec sa générosité légendaire. Retrouvez la dans notre rubrique des portraits.Peinture et poésie : Pour ne pas oublier les expositions du printemps dernier : Fluidités : peintures de François-Xavier Fagniez par Nicole Balaresque. Editions Area Paris (offert à la galerie Librairie Area par Alin Avila, maître d’œuvre du livre.) Un livre précieux qui enchante autant par les peintures choisies, que par les textes qui les accompagnent. Un duo qui soulignera de sa fraîcheur poétique, les souvenirs de vos vacances de cet été 2021. (À retrouver en couverture de notre site, dans notre colonne dédiée aux Arts ainsi que dans mon édito estival). Avec un projet d’exposition en automne sur les cimaises de Gascogne Art Galerie. Bordeaux.J’ai apprécié ce guide : Histoire de la politesse de 1789 à nos jour de Frédéric Rouvillois chez Champs d’Histoire, une nouvelle édition, achetée récemment au Divan. Parce qu’en vacances nous avons le temps de réviser les codes de la politesse, ce livre dont l’auteur enseigne le droit à l’Université de Paris, n’hésite pas à se référer des valeurs sûres, en matière de bonnes manières, tels : Balzac, Dumas, Proust, Guitry et Nadine de Rothschild… N’hésitez pas à entrer dans les arcanes du bottin mondain, à l’heure de l’apéritif, bien installé dans votre transat.Côté cinéma : Après les bonnes manières, il faudra absolument vous procurer le dernier livre de Pascal Aubier, Ciné foutoir dans le couloir, paru récemment chez nous, aux Éditions Saisons de Culture. Des critiques pas toujours complaisantes, de films que l’auteur (cinéaste de la Nouvelle Vague) examine pour nous de l’intérieur. C’est drôle ! Vous allez adorer la plume acerbe de notre cher Pascal.    

« Sœurs de sable » : le dernier opus de Stéphane Héaume

Par Cybèle Air

Ouvrir un livre de Stéphane Héaume, c’est renouer avec le mystère, c’est aimer flotter dans un monde scellé. Les clés se cachent elles aussi, dans la fugacité du temps, et des sensations. Jaune, Rose, Vert. Et la lune rouge, la mer ourlée de bleu. L’écho, le bruit du vent, la musique des mots et des images scandent la lecture : la lune rouge, celle du Salomé d’Oscar Wilde et de Richard Strauss ? Car il s’agit de crime, et de sensualité dans Sœurs de sable. Texte intégral

Poésie en duo 3

Par Yé et Yé

Le palais sylvestreJ'ai quitté les colonnes de marbre de mon blanc palais pour les piliers des arbres de la verte forêt. Sous son couvert bruissant de murmures incessants dans les lumières diffuses et les chatoiements, j'ai trouvé la quiétude et l'oublie du temps.Peinture YE Xingqian Technique mixte sur toile 100 x 100 cm année 2021 Crédit photo Joëlle Yé

L’Homme battu – roman d’Olivia Koudrine

Par Mylène Vignon

Encore un page turner signé par Olivia Koudrine, qui surprend son lectorat avec ce roman psychologique, aussi féroce que drôle. C’est l’histoire d’une famille ordinaire, dont la fille de vingt ans, en l’occurrence l’héroïne, oscille entre une mère enseignante en mathématiques totalement manipulatrice et un père professeur de musique et discret, qui se tais, afin d’esquiver les coups de la harpie. Suite au décès de ce dernier, Justine hérite étrangement d’une correspondance qui lui apportera un véritable éclairage sur la personnalité de ce père si peu disert. Texte intégral

Eva David « écoute »

Par Éva David

le 30 avril 2021** Une écoute curieuse que je transcris ! Je vois sur internet Madame Claude et me mets à écrire sous une dictée muette ! *** J’ai passé ma vie à être une autre et j’ai réussi ! Il me fallait choisir entre la banalité, la lâcheté et me rencontrer hors ce cirque et quant à vous, vous ne vieillirez jamais, car vous portez une nonchalance d’enfant et ça n’a pas de prix ! Vous créez me dites-vous, bien, mais vos travaux sont des bannières ! Savez-vous que je vous mets en haut lieu des combattants, ceux qui muent le monde !  Vous barrez à coups de pinceau, toute forme de prostitution dans l’art ! ** Mais vous ne pouvez pas mieux dire et là, je baisse les bras ! Texte intégral

Un matin d’été

Par Jacques Lombard

On venait de lui apporter un café.Ces quelques gorgées de café sans goût et sans odeur avaient produit chez lui une impression extraordinaire, la perception abstraite d’un objet indistinct qui dévale une pente, reprise en écho dans son cerveau, par des images machinales de fluides qui circulent…Il se souvint alors des paroles du médecin, penché vers lui au moment de son réveil après cette opération où il avait bénéficié d’une nouvelle greffe complète, un nouveau système digestif artificiel de l’œsophage au colon mis au point par le professeur Ramanga depuis les années 2080. Il avait déjà reçu un cœur-poumon, merveille de réussite d’une association de l’électronique avec le mécanique, il y a seulement deux ans, sans parler bien sûr de cette tumeur au cerveau extraite par aspiration, alors qu’il avait à peine trente ans et que l’on avait remplacé par une valve spéciale pour compenser la détérioration relative du nerf auditif. Texte intégral