Lettres

Anna Aussure – La Chine sans masque

Par Mylène Vignon

Anna Aussure nous fait le cadeau de ce précieux livre-reportage, dont l’esthétique de la reliure rappelle la couleur emblématique de la Chine. Ses photos illustrent avec brio les textes qui les accompagnent. L’écriture libre et vagabonde, se teinte souvent d’une pointe d’humour. Présentant un survol de la société chinoise d’aujourd’hui, à la fois héritière de son passé et à l’avant-garde du monde de demain, Anna nous conte à sa manière, l’histoire de ce lointain pays aux mystérieuses dynasties. Des rues mouvementées de Shanghai à la Grande Muraille, en passant par la Cité Interdite ou encore la romanesque Suzhou, ville des canaux sœur jumelle de Venise, l’auteure nous conduit à la rencontre de personnages hauts en couleur, photographiés avec bienveillance, le plus souvent à leur insu selon les règles de la street photography, qui lui sont chères. Anna Aussure, née Tepli, a vu le jour en Pologne à Varsovie. Après avoir traversé la période post-stalinienne dans son pays, poursuivant une quête de vérité et de savoir, elle entreprend des études de droit à l’Université de Varsovie. Mais ses rêves de justice envolés, elle décide de fuir vers Paris, pour y étudier le français. Après son diplôme à Sciences Po, elle a travaillé dans la publicité pour plusieurs journaux. Passionnée de création artistique, elle se plonge dans l’aquarelle, le dessin, la musique et la céramique avant de faire de la photographie son violon d’Ingres. La Chine sans masque d’Anna Aussure, est un livre d’artiste captivant, qui a nécessité une recherche très précise. La mise en page a été réalisée avec le talent d’assemblage de Jerzy Neumark. Recommandé par Saisons de Culture, cet ouvrage protégé sous coffret, tiré à 290 exemplaires est paru en 2021. Nous contacter www.saisonsdeculture.com    

Jean-Paul Guedj – Journal Maximal

Ce Journal Maximal est un roman de pensées, écrites au jour le jour, au cours de l’année 2020, année de pandémie (Covid-19) et de confinement. Les maximes ici, dans la tradition des moralistes français – de La Rochefoucauld à Cioran –, portent sur la vie, les relations humaines, l’amour, la douleur, l’anxiété, la maladie, la mort, mais aussi l’espoir. Elles s’intéressent également à la maxime elle-même, cette « fenêtre sur court ».  Elles sont entrecoupées et souvent nourries d’anecdotes ou de notes de lecture. Elles mêlent le léger et le profond, la réflexion et l’humour.  Et sans doute pour l’auteur, comme pour le lecteur, ce Journal Maximal peut faire à la fois œuvre de divertissement éclairé et de consolation soudaine. Texte intégral

Grand Palais aujourd’hui

Par Henri-Hugues Lejeune

Comme tout un chacun, voici longtemps que je n’étais « sorti », tant l’attention s’était portée sur les conditions individuelles de vie, soyons simples, depuis tant de mois les lapins que nous sommes s’étaient réfugiés dans leur terrier ne mettant le nez dehors que s’ils y étaient forcés. Mais peu à peu la vie s’efforce de prendre un rythme normal et nous avons suivis, bien heureux au fond de le faire et à peu près disciplinés pour une fois. Les Galeries de leur côté se sont empressées de rouvrir au point de se conformer à un régime à peu près standard de plus vastes espaces possibles badigeonnés de blanc cruel et munies d’un éclairage le plus intense possible ! Ainsi en a-t-il été aussi d’ART PARIS qui ouvrit ses portes le 8 septembre, donnant le signal du départ ainsi que du Centre Pompidou, dès le 6, avec la très intéressante exposition O’ Keefe, dont je vous confierai séparément mes « impressions ». ART PARIS cette année était d’autant plus insolite qu’il avait fallu, à cette manifestation essentielle, dégoter un emplacement puisque le Grand Palais a entrepris de son côté de vastes rénovations et a dû se loger dans l’espace érigé comme un triste emplâtre sur l’esplanade de l’Ecole Militaire obstruant la perspective du Champ de Mars, de la Tour Eiffel et du Trocadéro. Comme il est de tradition en France, chacun des deux partenaires a dû se reposer sur l’autre quant à l’aménagement encore inédit d’un tel espace à cette fin. Ceci dit, cette morphologie est ce qu’elle est, un peu improvisée donc (pas de bancs, pas d’espaces prévus, peu d’atmosphère, eh bien : entrons... Si on a tendance de nos jours à les dépouiller de tous les artefacts qui pouvaient les encadrer ou les faire valoir, interdire pratiquement aux « galeristes » de mettre leurs offres en décor, les artistes n’en ont pas moins relevé le défi avec brio souvent, avec des couleurs et des formes de leur propre fait, et de clamer l’univers et le climat qui sont les leurs, et leur volonté de les exprimer. L’un des stands, d’une galerie importante, avait eu la coquetterie de consacrer l’ensemble de sa prestation à Picasso, qui pouvait ainsi considérer l’aboutissement de son triomphe, son monde et la conception qu’il en pouvait avoir, qu’il avait gagné pour de bon. A ma sortie je me suis rendu compte que mon entière visite s’était contentée, ou moi plutôt qu’il m’avait suffi, que je m’étais repu de cette vision globale et que le mieux après tout était de demeurer sur cette impression et de m’en contenter si tel était aujourd’hui mon sort : cette perméabilité un peu impersonnelle. Nous verrons ce qu’il en est exactement : d’autres manifestations sont ici prévues, sur plusieurs années. Par contre une merveilleuse surprise vous guette aussitôt que votre sortie vous restitue à l’espace : vous bénéficiez à la sortie sur ce merveilleux espace au beau milieu de cette perspective unique entre l’Ecole Militaire refaite et en forme tapie à l’extrémité de son « campus » un peu énigmatique et mystérieux dont je sais quelques recoins et prolongeant l’esplanade la Tour Eiffel à une distance optimale puis le Trocadéro en perspective, tant se retrouvait de la vie de Paris en cette jolie journée d’un été qui avait été jusqu’ici quelque peu languissant.

Sophie Marie van der Pas – Cette légèreté

Par Mylène Vignon

Cette poétique poésie, est ce qui exalte l’esprit après lecture de ce dernier recueil de Sophie van der Pas, paru en mars 2021 chez Les Éditions Ballade à la Lune. À propos de son art, écrit : La nécessité du poème est ma respiration. Il m’attend comme un compagnon de route. Je ne lui demande rien d’autre que sa présence. Proche de l’insignifiant, il m’apprend tout de moi. La poésie, je la savoure avec un goût de fruits et d’amandes, un goût de saisons, et le goût de l’autre. Texte intégral

La Tempête Alex, un pont sur le futur

Un récit de témoignages écrit par Anne DÔRR

Comment le futur peut-il s’écrire quand tout s’effondre? Ils sont Breillois et ont vécu la tempête Alex. Ils sont bénévoles et sont montés dans la vallée pour aider. La solidarité sera le point de départ de nouveaux chemins, Voici le récit et de leurs témoignages communs. Le 2 octobre 2020, la vie s’effondre pour des milliers d’habitants des vallées de l’arrière pays niçois. La tempête Alex a décimé la région. Par une voie des hasards, en tant que bénévole, je rencontre Jean-Marc puis Marie-Noëlle dont la maison à Breil-sur-Roya a été fortement endommagée et plus tard, Pomme et Rose. Tous, d’une manière ou d’une autre, sont victimes de la catastrophe climatique. Cette voie va en croiser d’autres, celle de bénévoles comme Wilfrid. Au fil des semaines et des mois, une relation va se tisser entre nous tous qui va faire renaître des espoirs et des rêves, et dépasser les épreuves. Un de ces rêves est de faire renaître ensemble un festival endormi depuis quelques années telle la belle au bois dormant, le Festival des Voix et des Merveilles. Ce récit n’est pas un conte de fée. Il est l’histoire d’une toile d’araignée dont les fils sont des personnages qui forment ensemble une toile tissée comme un catch dream. Ces objets en forme de cercle que les Amérindiens mettent dans leur chambre pour attraper leurs rêves… Ce récit est écrit à partir de témoignages bien réels, de coups de cœur, de larmes. Il porte ici, dans ces temps difficiles où croire en l’humanité est déjà un défi, une voix universelle, celle de la solidarité et de l’amitié qui nous a semblé une évidence. Nous sommes tous reliés ensemble, c’est l’effet papillon. Ce qui arrive à l’un, a des conséquences sur l’autre. Alors, entre le passé et le futur, quel pont allons-nous reconstruire ? Biographie de l’autrice Anne Dörr Autrice, réalisatrice & fondatrice de Question de coeur Anne Dorr est autrice réalisatrice principalement de documentaires de télévision depuis plus de 20 ans après un passage en réalisation sur des émissions de variétés, des jeux comme Fort Boyard. Ses films racontent le monde et ses beautés, et témoignent d’histoires extraordinaires, celles qui redonnent force et courage. Elle porte particulièrement dans son cœur, le premier documentaire qu’elle a réalisé sur Salvatore Adamo, Célèbre et méconnu, un grand humaniste méconnu sous ce trait là, ainsi que celui sur Gilbert Montagné « Gilbert, le visionnaire », où il se confie sur la façon dont il a fait de son handicap une force. Deux film qui sortent des entiers battus et qui dévoilent d’autres aspect des ces célébrités. Dans d’autres films, Anne Dorr est partie à la rencontre d’inconnus qui faisaient de leur vie, une histoire universelle. Quel courage trouve t-on derrière les pompiers du GRIMP de Paris ? Ou derrière des chefs cuisiniers qui passent le concours du M.O.F (meilleur ouvrier de France)? Influencée par André Malraux, engagée convaincue que la culture et l’art apportent une influence positive et constructive sur chaque être humain et sur la société. Anne Dorr a créé sa propre association culturelle Question de Cœur qui a pour vocation de promouvoir des œuvres et actions culturelles à but humaniste. Elle est aussi au Conseil d’administration de la Sacem. Pour une fois, ce récit n’est pas un récit qu’elle a suivi pour son travail. Elle l’a vécu sans l’idée d’en faire un film. Mais l’aventure terminée, l’envie de témoigner est revenue au galop. Et cette fois, elle est protagoniste parmi les protagonistes. Prix : 6,90 € Rencontre dédicace à la galerie Terrain Vagh 24 rue des Fossés Saint-Bernard - 75005 Paris Le samedi 16 octobre de 16h à 18h

« Sœurs de sable » : le dernier opus de Stéphane Héaume

Par Cybèle Air

Ouvrir un livre de Stéphane Héaume, c’est renouer avec le mystère, c’est aimer flotter dans un monde scellé. Les clés se cachent elles aussi, dans la fugacité du temps, et des sensations. Jaune, Rose, Vert. Et la lune rouge, la mer ourlée de bleu. L’écho, le bruit du vent, la musique des mots et des images scandent la lecture : la lune rouge, celle du Salomé d’Oscar Wilde et de Richard Strauss ? Car il s’agit de crime, et de sensualité dans Sœurs de sable. Texte intégral

Un nouveau riche et son musée
La maison de Rubens

Par Henri-Hugues Lejeune

Voici que, de la Flandre Occidentale, traversant la Belgique, nous parvenons à la trépidante Anvers, la ville la plus « active » du pays ? Cinq kilomètres dans ce pays obstinément composite métamorphose l’environnement : rien n’y est jamais semblable. J’avais pour ma part un très ancien passé anversois de séjours familiaux et de longues promenades solitaires et exploratrices dans tous les coins possibles et imaginables. C’était le lieu d’origine aussi de ma grand-mère paternelle, de mes racines belges où vivaient deux des cousins germains de mon père, mes oncles à la mode de Bretagne. L’aîné d’entre eux était un grand collectionneur de peintres flamands anciens de renommée internationale : je logeais chez son frère cadet, contemporain et ami de mon père dont la jolie fille, un peu sotte l’appelait « Le Primitif » ce qui était un contresens flagrant. J’avais fait chez lui quelques pèlerinages respectueux afin qu’il puisse me les faire admirer à son aise : il m’avait fermement indiqué une visite à la Maison de Rubens comme un pèlerinage indispensable et de toute façon je n’aurais eu garde de ne pas me plier à son injonction. Quoique orgueil de la ville elle était alors fort délaissée mais nul ne s’en préoccupait vraiment : la culture ne figurait pas alors dans les rouages politiques municipaux de par toute l’Europe d’alors, et spécialement en Belgique où les gens sont réalistes au point d’en être terre-à-terre ! Mon oncle devait je crois devenir bientôt très actif parmi les « Amis de la Maison de Rubens » qui entreront en action pour mettre la pression sur la rénovation de ce joyau local. J’avais donc en surimpression la distante mémoire que j’avais pu en conserver il y a plus de septante ans comme on disait encore là-bas si l’on se souciait encore d’y parler français. Plus aisément à Anvers qu’ailleurs car ici l’on n’y mettait aucune hargne : on avait autre chose à faire. Un souvenir m’avait dominé, passées les nombreuses pièces d’une vaste maison Renaissance, classique, bourgeoise ou seigneuriale, bourgeoise sans doute car destinée à servir à quelque chose :héberger et permettre à son occupant d’exercer sa prestigieuse activité, ce vaste espace consacré à l’atelier, qui m’avait fait songer à une sorte d’amphithéâtre ou la scène d’un théâtre proprement dit où dans mon imagination le Maître, assisté de ses plus proches collaborateurs, dominait un espace de travail où s’activaient les petites mains de la vaste entreprise de peinture qui dominait la scène artistique qui lui était contemporaine. Cette vision se vit corroborée, mais peut-être pas dans l’optique un peu sommaire qui avait été la mienne. Mais le vaste ensemble que la « Maison de Rubens » contemporaine tente de rétablir, de consolider et de faire vivre était alors complètement en pointillé s’il est toutefois vrai que je n’avais pas envisagé bien sérieusement de réagir comme aujourd’hui à l’égard de ce que je voyais là. Les visiteurs actuels sont mis en face au plus près possible de celle qu’il avait conçue et réalisée car il l’avait menée de bout en bout telle qu’il l’avait souhaitée en 1610 dans cet idéal « Renaissance » qui était le sien. Nul n’envisageait alors l’idée d’une « période Renaissance » afférente au XVIème siècle par rapport à un « classique » XVIIème ! Rubens a voulu, en 1610, ériger à Anvers, à son usage, un palais à l’Italienne correspondant à ses souhaits, à ses plans, à sa taille, et voilà ce qu’il en est.

L’Homme battu – roman d’Olivia Koudrine

Par Mylène Vignon

Encore un page turner signé par Olivia Koudrine, qui surprend son lectorat avec ce roman psychologique, aussi féroce que drôle. C’est l’histoire d’une famille ordinaire, dont la fille de vingt ans, en l’occurrence l’héroïne, oscille entre une mère enseignante en mathématiques totalement manipulatrice et un père professeur de musique et discret, qui se tais, afin d’esquiver les coups de la harpie. Suite au décès de ce dernier, Justine hérite étrangement d’une correspondance qui lui apportera un véritable éclairage sur la personnalité de ce père si peu disert. Texte intégral

En mode poésie à L’Eurydice

Par Mylène Vignon

C’est en plein cœur du quartier Latin, que nous nous sommes donné rendez-vous pour la présentation du nouveau livre de Louis Bance ; Les Rires de Samyaza paru cet été finissant chez François Mocaër Éditeur. Une édition précieuse, habillée d’une reliure en épais carton diapré à l’ancienne, digne des bibliothèques du dix-neuvième siècle. Riches sont les rimes qui l’habitent, où les vers fleurissent en alexandrins délicieusement surannés. Et Dieu qu’il est bon de réentendre cette forme littéraire aujourd’hui écartée des tendances qui portent à la déstructure ! Les références aux Saintes Écritures, sont accompagnées de vers érotiques et de lettres aux amis, et c’est du meilleur effet. Le recueil contient 275 pages pour une police de 7, ainsi que le voulaient les bréviaires publiés deux siècles en arrière. Ici, à l’Eurydice, les poèmes récités par Louis Bance, prennent le goût anisé de l’absinthe et lorsqu’un Arthur Poly à qui nous devons les illustrations, monte sur la scène ouverte, c’est Rimbaud qui nous rejoint… en vrai. De fait, et c’est une certitude : On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans ! L’Eurydice Cabaret littéraire-philosophique 79 rue du Cardinal Lemoine Paris 5ème Ouvert de 18h à 2h Tél : 0987708572 ( Les livres sont sur place et vous seront dédicacés. Le tout pour la modique somme de 15 euros).    

Un matin d’été

Par Jacques Lombard

On venait de lui apporter un café. Ces quelques gorgées de café sans goût et sans odeur avaient produit chez lui une impression extraordinaire, la perception abstraite d’un objet indistinct qui dévale une pente, reprise en écho dans son cerveau, par des images machinales de fluides qui circulent… Il se souvint alors des paroles du médecin, penché vers lui au moment de son réveil après cette opération où il avait bénéficié d’une nouvelle greffe complète, un nouveau système digestif artificiel de l’œsophage au colon mis au point par le professeur Ramanga depuis les années 2080. Il avait déjà reçu un cœur-poumon, merveille de réussite d’une association de l’électronique avec le mécanique, il y a seulement deux ans, sans parler bien sûr de cette tumeur au cerveau extraite par aspiration, alors qu’il avait à peine trente ans et que l’on avait remplacé par une valve spéciale pour compenser la détérioration relative du nerf auditif. Texte intégral