Jean Dubuffet – La Houle du Virtuel (1962-1974)
Par Mylène Vignon
C’est au Palais des Arts et du Festival de Dinard, que se tient cette exposition d’envergure internationale, consacrée à la période la plus prolifique de cet artiste : l’Hourloupe.
Pour la première fois, la Fondation Dubuffet permet à la ville de Dinard, de présenter dans un même parcours, livres illustrés, dessins, peintures, sculptures, architectures, vidéos et spectacles.
L’exposition de Dinard, apporte au public la révélation d’une œuvre qui occupe une place singulière dans l’histoire de l’art contemporain. Jean Dubuffet, concepteur de l’Art Brut, n’a cessé de remettre en cause les conventions esthétiques et intellectuelles de son temps. Son œuvre, exposée dans les plus grandes institutions, se distingue par une liberté radicale et une capacité constante à interroger notre perception du réel. L’exposition, La Houle du Virtuel propose une plongée au cœur de l’un des cycles les plus emblématiques de l’artiste : l’Hourloupe développée entre 1962 et 1974 rassemble ici plus de 100 œuvres majeures, issues des collections de la Fondation Dubuffet et enrichies de prêts prestigieux du musée des Arts décoratifs, du Fonds Renault pour l’Art et la Culture, du musée de Grenoble, d’Opera Gallery, de la collection Nahmad et de diverses collections privées. Le parcours retrace la genèse et les développements successifs de cet univers graphique, immédiatement reconnaissable, composé de lignes sinueuse et achurées, aux tonalités de rouge, bleu, blanc et noir.
Une idée du parcours de visite :
Section 001 : Avant l’Hourloupe de 1942 à 1960. Figures frontales, gestes ordinaires et formes volontairement maladroites caractérisent ses toutes premières œuvres. Son intérêt pour le dessin d’enfants l’incite à créer en toute liberté au mépris des conventions.
Section 001 : L’Hourloupe, l’invention d’une écriture de 1962 à 1974. En juillet 1962, il griffonne machinalement des dessins au stylobille alors qu’il est au téléphone. Il décide d’éditer ces divagations graphiques sous la forme d’un petit livre qu’il intitule L’Hourloupe. Le mot est une invention du peintre né d’un jeu de consonances de mots empruntés aux contes et aux nouvelles populaires (« hurler », « hululer », « Loup », Riquet à la houppe et Le Horla).
Section 02 : La peinture sort du cadre, arrivée du polystyrène en 1967. « L’Art doit naître du matériau », affirme-t-il déjà en 1946. Cet ensemble graphique évolue de la deuxième à la troisième dimension, grâce à la découverte, en 1966, du polystyrène expansé. Immédiatement, adoptée par l’artiste, cette matière légère, malléable et économique, lui permet de déployer sa peinture dans l’espace. Il utilise des outils chauffants de son invention pour tailler dans les panneaux.
Section 03 : Habiter les images, depuis 1967, conçu dans son atelier rue Labrouste à Paris. L’artiste enrichit son catalogue à partir du printemps 1969. Arbres, murs et éléments d’architectures contorsionnistes envahissent son atelier du 15e arrondissement. Certains de ces projets ont été agrandis au pantographe.
Section 04 : L’Hourloupe à l’affiche, depuis l’affiche de Venise en 1964 jusqu’à la période actuelle.
Section 05 : Coucou Bazar, un tableau animé dès 1970. Une œuvre spectacle à l’intersection de la peinture, de la sculpture, de la chorégraphie et de la musique, les premières représentations ont eu lieu en 1973, au Solomon R. Guggenheim Museum et au Grand Palais, la musique est composée par le turc Lihan Mimaroglu.
Section 06 : La Closerie Falbala, un espace mental imaginé dès 1967 comme une « chambre d’exercice philosophique ». J’ai construit la Villa Falbala tout exprès pour y abriter le cabinet logologique, que je désirais conserver à mon propre usage, écrit Jean Dubuffet.
Section 07 : Les lendemains de l’Hourloupe, l’artiste met fin à l’Hourloupe en 1974. Après 12 ans de vie souterraine, il souhaite alors sortir de ses galeries pour faire un tour au grand jour. Agé de plus de 70 ans, il entame un nouveau cycle de dessins et peintures.
Jean Dubuffet crée plus de 2000 œuvres entre 1974 et son décès en1985.
Il laisse derrière lui une arborescence aussi unique qu’inclassable. L’Hourloupe aujourd’hui continue de proliférer. Depuis la disparition de l’artiste, une trentaine de sculptures monumentales réalisées sous la supervision de sa fondation créée en 1973, ont été réalisées dans le monde entier.
Récemment, devant un public prestigieux, avait lieu la cérémonie des 40 ans de l’inauguration de la Tour aux Figures érigée en 1986, située sur l’île Saint-Germain à Issy les Moulineaux ; l’un des plus beaux jardins du Grand Paris. Claude Mollard – monté au sommet de l’édifice pour lancer la visite officielle – fut l’initiateur de cette œuvre magistrale, ouverte au public en permanence. Qu’il en soit remercié !
L’œuvre de Dubuffet interroge les normes, bouscule les hiérarchies et ouvre sur de nouveaux imaginaires. Dinard propose une expérience immersive, le visiteur étant invité comme par inadvertance dans cette œuvre joyeuse.
Située entre la canopée et le balneum, cette exposition est incontournable à découvrir ou à revoir, dans un écrin idéal.
Du 31 mai au 20 septembre 2026
Palais des Arts et du Festival – 2 boulevard Wilson 35800 Dinard
Du mardi au dimanche de 10h à 18h
Mercredi 5 août : nocturne jusqu’à 22h
