Regards

THE LAST VIKING – De Anders Thomas Jensen

Par Joëlle Péhaut

Anders Thomas Jensen : Brillant réalisateur danois de 54 ans, nommé dès ses débuts aux Oscars et remportant même le trophée pour son court métrage « Soirée d’élections » (1998).

Le film démarre comme un thriller classique : Un braquage raté, quinze ans de prison pour son auteur malchanceux et un butin colossal qui échappe à la justice. Le braqueur, Anker, a tout de même le temps de demander à son frère cadet, Manfred, de cacher le butin et de garder le silence.

On comprend dès le début que Manfred est un être différent. On saisit également le fonctionnement singulier de la fratrie (une sœur aînée apparaît dans les premières images.) À la sortie de prison commence l’épopée pour retrouver le butin. Manfred, qui a beaucoup souffert de l’absence et qui a épuisé sa sœur, se fait désormais appeler John. Il pense être John Lennon. Le rythme de l’action est soutenu, les plans fixes sur les visages des deux frères calment un peu la cadence mais, l’intuition du départ se confirme : on entre dans une étrangeté, une extravagance même qui ne nous quittera plus, jusqu’à la dernière image.

Le butin est caché dans la maison qu’ils habitaient enfants. Laquelle est désormais occupée par un vieux couple étrange : un alcoolo et une érotomane, tous deux complices du mythe de leurs carrières artistiques ratées. Manfred refuse de dire où se trouve le butin et se jette par la portière de la voiture, par la fenêtre ou fuit face à l’insistance de son frère, lui même poursuivi par son ex-comparse, un monstre froid et terriblement violent. Manfred finit à l’hôpital psychiatrique où un patient se fait passer pour un médecin et entraîne Anker dans le projet délirant de reconstituer les Beatles avec deux autres hommes également atteints de troubles de la personnalité.

Et cela pour le bien de Manfred qui pourra enfin s’épanouir.
C’est alors qu’on passe dans une autre dimension. Celle de l’attention portée au soin d’un être aimé, malgré toute l’incompréhension et la rage qu’il suscite. Celle de la question de la différence, de la frontière entre le vrai et le faux. On rit. On est effrayé. On passe de scènes tendres à des scènes gore.

Et c’est le prodige de Jensen.

Le scénario improbable traduit dans une construction cinématographique complexe, dans une mise en scène qui tient le spectateur en suspens, nourrit une réflexion sur le rapport que nous entretenons avec la norme et va chercher très loin notre humanité. L’alchimie créée entre le burlesque et l’incongruité des situations et la vérité nue d’enfances traumatiques font de ce film un hymne à la résilience. Ces deux frères, magnifiquement incarnés à l’écran par Mads Mikkelsen et Nikolaj Lie Kaas, ancrés chacun dans son propre univers, et pourtant liés indéfectiblement par une communication aimante, révèlent ce qu’est véritablement la fraternité.

Ce film confirme, s’il en était besoin l’immense talent de Jensen, nommés dès ses débuts aux Oscars pour ses courts-métrages, à mettre de la lumière dans le plus sombre de l’humanité.

Sortie le 15 juillet 2026