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DEVALS Pulse II – Suzanna Fritscher

Propos recueillis par Mylène Vignon

Devals a le plaisir de présenter Pulse II, première exposition personnelle de Susanna Fritscher à la galerie. L’exposition s’organise au 37–38, galerie de Montpensier autour d’une installation sonore conçue spécifiquement pour l’espace, tandis qu’une œuvre récente de la série Détissé est présentée dans la bibliothèque du 15, galerie de Montpensier.

Cette exposition fait suite à la présentation de Untitled (1996), œuvre montrée à la galerie dans le cadre de l’exposition En Grisaille, en octobre 2025.

« Mes pièces et projets récents débordent la question de l’œuvre, celle de l’installation pour créer des paysages visuels et sonores, qui se reconfigurent en permanence. En dialogue avec un monde en fragilité, elles réinventent notre relation au réel en suspendant son apparente stabilité et constance. »1

Susanna Fritscher

Le travail de Susanna Fritscher s’est nourri du paysage. Un paysage substantiel, dépouillé de tout sinon des lignes tendues vers l’horizon. Un paysage dont l’expérience réside dans un déploiement infini, à l’épreuve des possibilités dont nous recevons continuellement les sensations : mouvements, vibrations, densités des lieux, développements des sons, puis leurs évanouissements. L’œuvre est faite de tous ces champs à la fois, de ces variations jusqu’à la plus ténue, de ces absences aussi, qui placent le spectateur lui-même en état de constante altération.2

Pulse II poursuit cette recherche à l’aune du dialogue entre la question de l’espace et celle de la perception sonore. L’installation qui sous-tend l’œuvre – le phénomène provoqué par elle – se présente à nos yeux comme une trame étrange, une structure machinique mise à nu, réduite à sa fonction la plus élémentaire.

Un fin réseau de fils est suspendu à travers l’espace. Disposés parallèlement les uns aux autres selon des axes horizontaux et verticaux, les fils composent une série de lignes qui conservent chacune leur autonomie. Soudain, certains se mettent à osciller. D’abord imperceptibles, les battements se propagent progressivement au-delà du mouvement même des fils. Ils sont transmis à des disques fins, qui, suspendus à quelques centimètres du sol, semblent y « flotter ». Tels des membranes, ceux-ci recueillent, amplifient et transforment les vibrations en ondes sonores, donnant à entendre ce qui, jusqu’alors, relevait du visible. Les sons se modifient au gré des séquences : à chaque nouvelle agitation des fils, les nappes se recomposent, s’accordent, battent et pulsent selon des rythmes cycliques.

Pulse II met ainsi en jeu une chaîne de circulation et de transduction. L’énergie électrique produit une pulsation mécanique qui devient une onde sonore. Lorsque nous l’entendons, cette onde est à son tour convertie par notre oreille : la vibration mécanique est convertie en un signal électrique au système nerveux. L’œuvre met en évidence un cycle qui dépasse le fonctionnement du dispositif, pour se prolonger jusqu’au corps de celui qui écoute. Un ensemble continu, au sein duquel chaque élément participe à la propagation d’un flux. Un organisme qui fait entrer en résonance différentes parties, de la source électrique au mouvement mécanique, du mouvement au son, puis du son à notre propre perception.3

En ce sens, l’œuvre agit comme un corps sono-vibratoire. Comme l’expliquait Herbert Spencer, « trembler, c’est exécuter un mouvement rythmique […]. Il n’y a qu’à regarder dans un télescope d’une forte puissance pour se convaincre que chaque pulsation du cœur communique une oscillation à toute la chambre. »4

La recherche sonore menée par Susanna Fritscher autour des trames qui parcourent les atmosphères et les milieux, trouve un prolongement dans un ensemble d’œuvres récentes réunies sous le titre Détissé. L’artiste y travaille la densité de l’air et les impulsions presque imperceptibles qui le traversent. Constituées d’un fin textile progressivement détissé jusqu’aux limites de sa résistance et de sa visibilité, ces œuvres semblent perdre leur consistance matérielle à mesure que l’on s’en approche.

À distance, elles se donnent d’abord comme des monochromes dont le détachement au mur accentue l’unité et la translucidité. Mais l’approche du regard en révèle peu à peu la trame : la surface se décompose en une matière ténue et volatile, traversée de micro-vibrations. Ce qui paraissait constituer un corps autonome se révèle alors comme une présence presque immatérielle, semblant appartenir à l’air.

Aux oscillations des fréquences correspondent celles des mouvements de l’air, une expérimentation sur les limites de la matérialité, à l’épreuve des passages. Pour la première fois, DEVALS présente, en regard de Pulse II, l’œuvre Détissé (2026) dans la bibliothèque du 15, galerie de Montpensier.

Pulse II, 2026

Création des éléments électromagnétiques : Didier Warin – Cinétik Fabrik

Ingénierie sonore : Étienne Démoulin

DEVALS

10 septembre – 10 octobre 2026

15 & 37-38 Galerie de Montpensier

75001 Paris

Alexandre Devals

+33 6 08 41 21 45

Ad@adevals.com

Open from Monday to Saturday, 11AM to 7PM.

Susanna Fritscher, Dossier personnel de l’artiste, 2024

Jack Burnham et al., Esthétique des systèmes (Dijon : Les Presses du réel, 2015).

François J. Bonnet, Les mots et les sons : Un archipel sonore (Paris : Éditions de l’éclat, 2022), 44.

Herbert Spencer, Les Premiers Principes (Londres, 1862)