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Giacometti surréaliste

Par Mylène Vignon

Au début des années 1930, Alberto Giacometti (1901–1966), explore simultanément deux domaines de création. Entouré des artistes et des poètes surréalistes, il réalise des sculptures énigmatiques qu’il nomme « objet surréaliste », à partir desquelles il joue sur l’incongruité et la puissance symbolique des formes. En parallèle, il crée des objets d’arts décoratifs ; luminaires, chenets ou vases, pour le décorateur parisien Jean-Michel Frank.

Longtemps considérées comme distinctes, ces deux pratiques sont ici mises en regard. L’exposition révèle combien elles s’entrelacent et s’enrichissent mutuellement, dans leurs formes, leurs thématiques et jusque dans les principes mêmes de leur conception.

Je me suis rendu compte que je travaillais un vase exactement comme les sculptures et qu’il n’y avait aucune différence entre ce que j’appelais une sculpture, et ce qui était un objet, un vase !

Alberto Giacometti, entretien avec André Parineaud 1962.)

D’objet à objet (patio)

Deux créations d’Alberto Giacometti son placées côte à côte. Une sculpture intitulée objet désagréable à jeter (1931) et une lampe en plâtre teintée, connue comme le modèle Flambeau (1934-1935). L’objet désagréable à jeter, illustre le type d’œuvre que Giacometti réalise à partir de 1930, lorsqu’il rejoint les surréalistes ; un groupe de poètes et d’artistes qui cherche à libérer la pensée et la création par l’exploration de l’inconscient. Il souhaite ainsi s’éloigner de la sculpture traditionnelle verticale et sur socle.

Formes linéaires et violentes

Homme Apollon (1929) et Femme couchée qui rêve (1929). Le bas-relief joue sur l’activation des vides, mettant en scène des figures linéaires dans une composition aux connotations érotiques et violentes. Tension qui se retrouve dans les chenets en forme de chiens qu’il conçoit pour le banquier, Pierre David–Weill.

« Objets surréalistes » sculptés et ambigus

« Mes choses ont donné naissance à tout un mouvement [où] plusieurs personnes passent leur temps à construire des objets », écrit Giacometti en 1931.

Lorsqu’il rejoint le groupe surréaliste d’André Breton, l’artiste se trouve en effet au cœur d’un questionnement foisonnant autour de l’objet. Les surréalistes s’emparent d’éléments du quotidien pour les assembler, détourner leur usage et révéler leur charge symbolique, donnant naissance à ce qu’ils qualifient d’objets surréalistes.

La Table

Créée en 1933, réunit ainsi divers éléments sur une console. Sur celle-ci, une main tronquée, rappelle une paire d’appliques murales, conçue par l’artiste deux ans plus tôt. Ses pieds, aux formes irrégulières, se rapprochent quant à eux de certains lampadaires qu’il réalise au même moment. Pensée pour être posée directement sur le sol, la table devient mi–sculpture, mi-meuble.

Un naturel fantastique et malsain

… sortir des fleurs, fantastiques, malsaine de vibrations, de sang et de chair et de vie et de délire, écrit Giacometti lorsqu’il conçoit un ensemble de fleurs en plâtre pour Frank. Il développe des formes organiques ambivalentes, à la fois séduisantes et inquiétantes, épanouies et menacés. Giacometti s’imprègne alors des réflexions des surréalistes, qui perçoivent le naturel, à la fois comme un réservoir d’expériences sensorielles, stimulant l’imaginaire comme un univers traversé par des forces opposées de vie et de mort.

La scénographie audacieuse de cette exposition s’intègre dans un écrin qui en révèle un véritable joyau. Peu d’entre nous connaissent cette période surréaliste du sculpteur, si riche en créativité. Les croquis parlent d’eux-mêmes et l’émotion qui s’en dégage est intense.

 

Giacometti surréaliste- Des objets comme des sculptures

Fondation Giacometti-Institut – 5 rue Victor Schoelcher Paris 14e

institut@fondation-giacometti.fr

Du 5.06 au 01.11 2026