Lettres

Anachronique du flaneur N° 26

par Marc Albert-Levin

Chère lectrice, cher lecteur

 Poursuivi jusque dans le métro (quand il roulait, avant la grève) par des affiches gigantesques de « la Belle Ferronnière » … Cinq siiècles après sa mort, assailli dans tous les kiosques à journaux par de volumineux numéros spéciaux à sa gloire, j’ai voulu moi aussi partir à la recherche de Léonard de Vinci. Vous verrez que malgré tous mes efforts pour me hisser à la hauteur d’un aussi noble sujet je n’ai trouvé, une fois de plus, que le misérable Zéglobo Zéraphim.

A la recherche de Léonard de Vinci

Le peintre occidental le plus connu au monde, demeure en réalité très mystérieux, presque aussi mystérieux que le sourire de la Joconde que 30.000 personnes par jour viennent contempler au musée du Louvre à Paris. Et l’actuelle exposition dans ce musée, pour célébrer le 500e anniversaire de sa mort, nous permet de nous demander : Que savons-nous au juste du plus français de tous les peintres italiens de la Renaissance ?

1515 est la date la plus facile à retenir de l’Histoire de France. C’est celle de la fameuse victoire de Marignan remportée par François 1er sur les Suisses mercenaires qui défendaient le duché de Milan. A cette date, François 1er était un jeune géant (il avait vingt ans et mesurait presque 2m) et pendant la bataille il se révéla capable de rester douze heures en selle. La bataille de Marignan, qui dura deux jours, les 13 et 14 septembre 1515, fit environ 16.000 morts en seize heures. C’est ainsi que le pouvoir des rois s’est longtemps bâti sur la mort de très nombreux soldats. Ce qui sauve ce roi-là, et lui vaut de passer à la postérité, ce n’est pas la conversion au bouddhisme, comme le roi indien Ashoka (au 3e siècle av. J.C.) qui, après avoir été un chef de guerre remarquablement meurtrier, fit ériger de nombreux piliers enjoignant au respect de la vie, même animale, et à la tolérance envers les autres religions. Un fait déterminant, dans la vie de François 1er fut sa rencontre, au lendemain de la bataille de Marignan, chez le pape à Bologne d’un peintre, architecte et penseur de la Renaissance, âgé de 64  ans, qui n’était autre que Léonard de Vinci. Le roi l’invita à venir le rejoindre au château d’Amboise où il vivait dans le Val de Loire. A Florence, des artistes de vingt ans plus jeunes que Vinci, Raphaël et Michel-Ange, commençaient à occuper le devant de la scène. D’ailleurs, Léonard de Vinci était déjà connu pour la lenteur avec laquelle il exécutait les travaux qu’on lui commandait ou pour sa propension à les laisser inachevés.

Contre toute attente, Léonard accepta la proposition du jeune roi qui lui promettait une rente importante et lui affirmait que, s’il le suivait dans son château d’Amboise, il aurait la possibilité d’y réaliser ses multiples projets. Avec deux exigences quand même : organiser une fête somptueuse, ce qu’il fit. Et construire un château magnifique et une ville idéale à Romorentin. Vinci mourut avant de pouvoir le faire mais une partie des dessins réalisés à cette intention servirent après sa mort à la construction du Château de Chambord. Notamment le grand escalier central à double révolution qui permet à la personne qui monte de ne pas croiser la personne qui descend.

Un roi protecteur des arts et des lettres

François 1er logea Léonard au Clos-Lucé à quelques centaines de mètres de sa résidence au château d’Amboise. Un tunnel fut même creusé qui devait relier la chambre de Léonard au château, afin de faciliter la communication entre l’artiste et le roi que Vinci appelait « mon père » mais le tunnel ne fut jamais terminé. Léonard vécut au Clos-Lucé les trois dernières années de sa vie. Il avait emporté avec lui trois chefs-d’œuvre peints,  la Joconde, la Sainte Anne et le Saint-Jean Baptiste, désormais propriétés du Louvre. Il y vécut avec ses deux plus proches disciples, Salaï et Francesco Meltzi.

Salai (qui signifie « petit diable » et que Léonard appelle dans ses journaux Giacomo) fut déposé dans l’atelier de Léonard par son père alors qu’il était seulement âgé de dix ans. Son surnom de diablotin est dû aux nombreux larcins qu’il commit, dont Léonard faisait un relevé précis dans ses journaux sans toutefois punir ce gamin dont il admirait la beauté, qui lui servit de modèle et devint lui-même un assez bon copiste, quitte à imiter lui-même la signature de Vinci. Il vendit à François 1er pour un prix faramineux les trois toiles, (parmi lesquelles la Joconde) que Vinci avait apportées avec lui. Salai vécut avec Vinci pendant 22 ans, ne rentrant en Italie qu’un an avant la mort de son maître.

Quant à Francesco Meltzi, et à qui il légua l’ensemble de ses manuscrits, les fameux codex, il était entré dans l’atelier à l’âge de 16 ans, et de retour en Italie, passa les dernières années de sa vie à organiser les textes dont il était dépositaire.

J’ai entendu Vincent Delleuvin[1], conservateur en chef au département des peintures du musée du Louvre, en charge de la peinture italienne, déclarer à la télévision  que les sujets abordés par Léonard de Vinci étaient si vastes et variés qu’il était impossible de trouver quelqu’un qui ne se sente pas concerné.

Sur l’instant cela m’a semblé une exagération. J’appartiens à une génération plus familière avec le détournement de la Joconde par Marcel Duchamp qui l’avait agrémentée de moustaches et affublée de la légende L.H.O.O.Q.[2] que véritablement admiratrice de l’artiste si universellement reconnu comme un génie.  A vrai dire, j’éprouve le plus grand mal à écrire sur cet homme acclamé depuis un demi-millénaire.  Qu’est-ce que je lui reproche ? Cette gloire précisément qui commence avec son premier biographe Vasari. Ce dernier lui prête toutes les qualités physiques et morales et tous les dons. En rapportant des anecdotes comme Vinci achetant des oiseaux au marché et ouvrant la cage pour les laisser s’envoler.[3]

L’intérêt de Léonard de Vinci pour la science et les mathématiques, par exemple, n’est pas partagé par ceux qui comme moi ont eu le plus grand mal à mémoriser les tables de multiplication. Et même si au début des années 1960, à mon retour de Côte d’Ivoire où j’avais enseigné le français et l’anglais pendant  un an, j’avais voulu étudier la médecine, ce désir s’était brutalement éteint lorsqu’on m’avait demandé pour la première fois de disséquer une grenouille. L’idée que Léonard ait pu disséquer des cadavres afin de mieux comprendre l’étonnante mécanique des os et des muscles qui sous-tend le moindre de nos mouvements ne m’inspire qu’une terreur respectueuse. Et sa façon de dessiner la position correcte du fœtus dans un ventre maternel n’éveille chez moi que des soupçons  macabres : cette découverte, plusieurs siècles avant l’invention de l’échographie, pourrait-elle être, également, le résultat d’une dissection ?

En revanche, ce qui éveille toute mon admiration, c’est la façon qu’a Léonard d’écrire à l’envers des textes que l’on ne peut lire que dans un miroir, de droite à gauche, comme l’hébreu, l’arabe et le japonais. Parce que, sans rien savoir de cet illustre prédécesseur, j’ai longtemps écrit de cette manière dans mon adolescence. Par goût de la mystification ? Plutôt pour rendre plus mystérieux ce que j’écrivais, même s’il s’agissait de choses aussi banales que: « ne pas oublier d’acheter du pain pour ce soir ».

Les machines dans le parc du Clos-Lucé

C’est cette écriture inversée qui remplit les Codex, ces petits carnets dans lesquels Vinci notait inlassablement tout ce qu’il observait, autours d’esquisses et de croquis d’inventions dont la plupart ne furent jamais réalisées de son vivant. L’un de ces codex, baptisé Codex Atlanticus, fut entièrement rédigé au Clos-Lucé. Et dans les jardins du Clos-Lucé, en 2019, plusieurs de ces machines ont été reconstituées. La légende de Vinci commence avec Giorgio Vasari, son premier biographe dans « Les Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes italiens de Cimabue jusqu’à nos jours », dont la première version est publiée en 1550. Vasari n’avait que huit ans, en 1519, à la mort de Léonard.

On a voulu faire de Vinci l’inventeur de la bicyclette, de l’automobile, d’une hélice aérienne, ancêtre de l’hélicoptère ;  de l’ornithoptère, un appareil volant né de son observation du vol des oiseaux ; du «premier char d’assaut de l’Histoire » ; d’un pont mobile que les armées entraîneraient avec elles pour franchir les fleuves. Sans les avoir réalisées, il est le premier à avoir dessiné pareilles machines. Les milliers de pages qu’il écrivit, truffées de dessins, montrent  un esprit libre voulant s’exercer dans tous les domaines : organisateur de fêtes, botaniste, architecte de jardins, artificier.

La famille de l’écrivain et journaliste français Gonzague  Saint-Bris (1948-2017) était propriétaire du Clos-Lucé, à quelques centaines de mètres du château d’Amboise où résidait François 1er. Il rapporte que lorsqu’il eut treize ans, son père lui permit de dormir dans le lit de Léonard, certain qu’il pourrait y faire de beaux rêves. Cela permit en tout cas à Gonzague Saint-Bris de devenir l’auteur d’une quarantaine de livres dont plusieurs, notamment  un roman autobiographique, « L’enfant de Vinci » dans lequel il se donne le prénom d’Arthur. La prédiction de son père était juste et l’œuvre de Gonzague Saint-Bris fut marquée par cette filiation spirituelle. Il cite un très beau conseil de Léonard : « Regarde la lumière. Et admire sa beauté. Ce que tu as vu d’abord n’est plus, ce que tu verras ensuite n’est pas encore. »

Vinci vu par Elie Faure

Dans l’édition intégrale de l’Histoire de l’art d’Elie Faure (1873-1937 – Bartillat : Paris  2016) sur 1143 pages, le nom de Léonard de Vinci est cité 26 fois mais, à l’exception d’un paragraphe qui lui est entièrement consacré, toujours en comparaison avec d’autres peintres.

Cette histoire de la peinture, conçue avec amour par Elie Faure est une œuvre étonnante, plus proche de la poésie que de la critique d’art. Elle résulte des conférences sur l’Histoire de l’Art qu’Elie Faure donna à l’Université populaire « La Fraternelle » dans le 3e arrondissement de Paris et qui furent publiées à partir de 1909. La première remarque concerne l’art grec dont Vinci inspira en quelque sorte la « renaissance »: « On peut dire que l’art grec, qui jamais cependant n’a fabriqué un monstre, est plus menteur que l’art égyptien ou chinois qui n’ont cessé d’en fabriquer. C’est parce qu’il a cru en la réalité de ce mensonge que son humanité parfaite prend cet accent monstrueux.» (p. 86). Dans son « Introduction à l’art italien », et dans un chapitre consacré au seul Vinci, Elie Faure formule ce terrible reproche : « C’est dans son esprit que vivent les rapports du monde, plus encore que dans ses sens, et beaucoup plus que dans son cœur ». Et plus loin, il a ces phrases étonnantes : « Sa peinture sans mystère est le mystère de la peinture » p. 419 ; « moins factice que chez Vinci » p. 426. ; Pérugin « hanté par Vinci » p. 429 ;  (l’école de Bologne) « l’influence de cet homme étrange s’était étendue sur l’Italie du nord. » p. 445 ; « Vinci, sa volonté de construction [les Romains] les  attirait davantage. » p. 446 ; « Pour Vinci, l’inconnu ne fait que reculer à mesure devant nos pas, et nous ne saurons rien de la réalité des choses. » ; « Vinci, qu’il [Dürer] rappelle par tant de côtés mais qui tenta plus lucidement d’échafauder une méthode, un de ces génies labyrinthiques universels, presque bizarres, devant qui tous les chemins de la pensée se présentent en même temps. » p. 524. De toute évidence ce n’est pas Elie Faure qui m’aidera à écrire cet article.

Il y a une telle disproportion entre l’accueil journalistique réservé à cette exposition et la vue des œuvres exposées au Louvre en 2019  que le visiteur risque d’en être un peu déçu. Par la petitesse des œuvres exposées, par leur nombre très restreint, même lorsqu’il est sans cesse dupliqué par des « réflectographies  infra-rouge » placées à côté des originaux, qui amènent le visiteur comparer les originaux avec leur double fantomatique : opération sans intérêt sauf pour les spécialistes à l’affut des repentirs et des retouches. Un hors-série du journal « Le Point » : « Les dessous d’un mythe », « Vinci, sa vie, sa légende, la vérité sur son œuvre ». Un hors série du journal « Beaux-Arts » : « Les plus beaux dessins du maître », « L’exposition événement du Louvre, Vinci, peintre révolutionnaire, ingénieur fou, architecte incompris, grand séducteur ». « Le Figaro » hors série : « Les secrets du Grand Œuvre », « La part du rêve », « Sur les traces d’un géant ». « Télérama » hors série « Léonard de Vinci au Louvre ». Sans oublier un très beau livre de Susan Grange sur « Les Dessins de Léonard de Vinci ». [4] Ajoutez à cela l’impossibilité de visiter l’exposition sans avoir auparavant réservé par téléphone un créneau horaire, et vous comprendrez mon peu d’envie de me joindre aux foules moutonnières qui admirent ce que depuis cinq siècles on leur dit admirable, mais n’éprouvent pas le moindre intérêt pour des artistes qu’ils côtoient et qui survivent avec difficulté.

L’écrivain et penseur allemand Walter Benjamin (1892-1940), parlait d’une aura, d’un magnétisme que possèderait l’œuvre originale, dont seraient dépourvues ses reproductions[5]. Mais la reproduction très agrandie de « La Belle Ferronnière » qui annonce l’exposition jusque dans les couloirs du métro parisien, me paraît plus belle que l’original qui ne mesure en réalité que 63 x 44 cm. Elle rivalise victorieusement avec une belle affiche publicitaire pour montres bracelets et vient ainsi éclairer les aller-venues quotidiennes des prisonniers du trajet quotidien métro-boulot-dodo.

Il n’est pas facile à une personne sans génie de reconnaître du génie à quelqu’un d’autre

Au moment de clore cette évocation du plus mal connu peut-être de tous les hommes célèbres, je me dis qu’il faut peut-être un génie pour en comprendre un autre et que toutes mes critiques ne sont peut-être révélatrices que de ma propre petitesse d’esprit. Je me souviens d’une citation de Léonard reprise dans l’un de ses discours par le président de la SGI Daisaku Ikeda : « Une journée bien remplie donne un bon sommeil. Une vie bien remplie donne une mort tranquille ».Et de fil en aiguille, je me suis souvenu aussi d’un discours qu’il avait prononcé à l’université de Bologne en 1994 intitulé « A la recherche de la maîtrise de soi ». Il  y donnait Léonard de Vinci en exemple de constante créativité. Il citait l’un de ses nombreux aphorismes traduits dans toutes les langues : « Le fer se rouille, faute de s’en servir, l’eau stagnante perd de sa pureté et se glace par le froid. De même, l’inaction sape la vigueur. » Il  le rapprochait d’un passage des écrits de Nichiren « Approfondissez votre croyance, jour après jour, mois après mois. Si vous faiblissez dans votre foi, ne serait-ce qu’un instant, les démons l’emporteront. »

Dans ce discours prononcé à l’Université de Bologne, Daisaku Ikeda expliquait encore que si Léonard laissa tant d’œuvres inachevées, ce fut sans le moindre regret ni la moindre frustration. Mais plutôt parce qu’il était sensible au caractère inachevé d’une œuvre une fois qu’elle était finie. Ou encore parce que ce qui semblait inachevé aux autres lui paraissait à lui suffisamment fini.  Et qu’il voulait sans tarder se lancer dans de recherches qui conduiraient à de nouvelles créations.

Sourire

Pour contrebalancer tant d’admiration officielle, et l’impressionnante liste   des banques américaines, européennes ou japonaises qui sponsorisaient l’exposition au Louvre, j’ai collectionné quelques citations qui donnent de Vinci une image moins convenue. Un livre publié par Armel Louis à La Lucarne des Ecrivains m’a rendu le sourire. Il m’a même donné envie d’incorporer sa couverture dans un collage :

Zéglobo Zéraphim : « Le livre pour rire », Collage, janvier 2020, 50 x 70 cm.

Dans les mille pages du « Quatuor d’Alexandrie » l’œuvre de l’écrivain britannique Lawrence Durrell, grand ami d’Henry Miller, l’auteure (l’autrice ?) de « Zygomatiques », Véronique Durruty a retrouvé ce commentaire glaçant sur le sourire de la Joconde : « Il le compare à celui d’une femme qui vient d’empoisonner son mari ! »

Une personne attentive au monde

Et on pourra la retrouver, entourée d(un groupe de complices et d’amis dont je suis heureux de faire partie, les vendredi 24, samedi 25 et dimanche 26 janvier dans un salon qui se tiendra à la Mairie du 19e arrondissement de Paris intitulé « Animalia ».

Le but de ce salon ? Prouver que les animaux ne sont pas aussi bêtes que le croient les plus idiots des hommes.

Exploratrice, voyageuse, observatrice, dessinatrice, photographe, graphiste, il faut plus d’un mot pour tenter de définir les nombreux champs d’activité de Véronique Durruty. Son éditeur la qualifie à juste-titre de « globe-trotteuse impénitente ». Son dernier ouvrage aux Editions de la Lucarne des Ecrivains, intitulé « Zygomatiques, le livre pour rire », ne ressemble à aucun autre. Le seul  fil directeur que vous y trouverez, c’est une certaine attention au monde. Pas seulement à ses moments plaisants ou exceptionnels mais aussi à ses temps morts, ceux de l’attente au feu rouge avant de traverser ou le regard que l’on porte sur une vitrine sans avoir l’intention d’y entrer. Véronique Durrutty  vous invite à la suivre dans ses multiples pérégrinations et elle écrit elle-même les élucubrations en tous genres que ce qu’elle photographie suscite en elle. Par exemple à une époque où la qualité des smart-phones met  la plus grande précision photographique à la portée des enfants, elle publie en pleine page la photo d’une Mona Lisa totalement floue. Elle prouve ainsi, avec la complicité de son éditeur, que même dans cet état d’indécision, la Joconde  est tellement iconique qu’elle reste reconnaissable au premier coup d’œil. Et Véronique D. poursuit  et retrouve les reproductions de la Joconde partout, au Maroc, en France, en Egypte, en Finlande, au Kosovo !

Dans « Zygomatiques », elle est surtout attentive aux sourires, d’où qu’ils viennent, de Rangiroa en Polynésie, du Vietnam, d’Inde ou d’Ethiopie. Mais à la Mairie du 19e, vendredi 24 janvier 2020, face aux Buttes Chaumont, à partir de 18h, s’ouvre son exposition de photographies « Le meilleur ami de l’homme : un tour du monde des chiens ». Laissez-moi partager avec vous encore quelques collages en avant-goût de cette exposition-salon du livre « Animalia » à la Mairie du 19e : On remarquera la présence d’un « livre fondateur », la « Déclaration universelle des Droits  du cochon », d’Armel Louis, illustrée par Daniel Duhamel Arrapel. On peut en retrouver la couverture dans le collage ci-dessous intitulé « Le Pari de Pascale ». Parce qu’ils sont toujours rappelés en regard de Droits du Cochon, c’est une façon amusante de constater la cruelle disparité entre la Déclaration universelle des Droits humains. On remarquera que certains articles restent encore parfois très loin des réalités de certains pays dans notre monde actuel …

Collage sur toile, « Le pari de Pascale », 50 x 70 cm. Novembre 2019. Coll. Pascale Chavatte-Palmer, Paris.

 

Il y aura aussi : Les contes animaliers d’Yves-Robert   Viala « Ouistitis en tous genres »… J’en lirai quelques uns avec lui le samedi 25 janvier 2020 à 15h.

Avec Yves-Robert, nous lirons aussi une de mes « Sept Historiettes en mode mineur, « Les aventures d’Aïcha en Amazonie » : « A peine arrivée en Amazonie, ajouta Aïcha, j’aperçus une armée d’anthropopithèques accourus  pour m’accueillir à l’aéroport, m’étouffant presque sous l’assaut de leurs affables accolades. »

« Donner sa langue aux chats », collage,
50 x 70 cm. janvier 2020

Surtout, ne pas oublier l’irremplaçable « L’étonnante vie sexuelle et amoureuse de l’éléphant d’Europe » de Pascal Varejka. Pascal a réellement une mémoire extraordinaire, une mémoire d’éléphant. Il a collectionné quantité de légendes concernant ce mythique pachyderme, et les fantaisistes descriptions, d’une souvent cocasse précision, qu’en firent au Moyen Âge des auteurs qui n’en avaient jamais vus un seul. Au cours du Festival « Animalia », il fera même une conférence sur le thème de la métamorphose de l’éléphant en animal de guerre.

Je ne voudrais pas vous quitter sans vous parler encore d’une autre exposition de photographies accompagnant un très beau livre « Ulysses » immigrés, fins de parcours. Les photographies et les textes sont de Leila Bousnina. L’exposition restera visible jusqu’au samedi 29 février à la Galerie « Fait&Cause », 58 rue Quincampoix, 75004 à Paris, non loin du Centre Pompidou.

On a forgé un nom pour désigner ces vieux travailleurs immigrés que tu as photographiés «  les Chibanis ». Pourquoi ce mot ?

Leila répond : « En arabe, chibani signifie en terme respectueux le vieux, le vieillard, le sage, celui qui est en mesure de transmettre l’expérience de la vie. Ce n’est pas moi qui ai choisi le mot, c’est comme ça qu’on dit ici. Moi je dirais ‘nos pères’ ».

Cette exposition et le livre qui l’accompagne sont le fruit d’un travail de longue haleine. Il y a cinq ans déjà, interrogée par la revue « Bancal », Leila précisait :

« A la fin des années 90, je me suis installée à Marseille. Je faisais des photos pour le plaisir, de l’argentique, du noir et blanc. C’était pour moi une démarche humaine, découvrir le monde à travers la photo et aller à la rencontre des autres. J’ai eu envie de faire des portraits des vieux immigrés que je voyais à la Porte d’Aix, au cœur du quartier de Belsunce dans les petits hôtels meublés et les foyers, leurs lieux de vie. J’ai pris le temps pour m’investir dans ce travail photographique car je voyais que ces vieux hommes étaient en train de « partir », je me suis dit : « faisons ce travail, ils sont en train de disparaître, c’est une génération qui se meurt, c’est une mémoire à conserver. »

Otium Editions

 

Et elle y est merveilleusement parvenue en portant sur ses modèles un regard respectueux. Tous ces personnages, venus d’Afrique du Nord et ayant vécu une très grande partie de leur vie en France métropolitaine décrivent avec sincérité cet exil, cet entre-deux pays et entre-deux cultures qui fait qu’ils ne se sentent nulle part tout à fait chez eux.

Lorsque la photographe est, comme c’est la cas lorsqu’il s’agit de Leila Bousnina, elle-même très agréable à regarder, elle obtient en retour de ses modèles des regards souriants.

  • [1] Co-auteur avec Louis Frank des textes du très beau et très volumineux catalogué édité à l’occasion de la présente exposition.
  • [2] La formule de l’eau suivie de la lettre Q irrespectueusement prononcée « Elle a chaud au cul ».
  • [3] Serge Bramly Léonard de Vinci, une biographie, T.C. Lattes, p. 25. Paris 2019.
  • [4] Susan Grange « Les dessins de Léonard de Vinci » (2018 pour la version française. L’imprévu. Imprimé en Chine.
  • [5] Walter Benjamin : L’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique.