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L’art brut et l’art singulier s’invitent au Passage Sainte-Croix

Par Ghislaine Lejard

Depuis le jour du vernissage, le jeudi 11 décembre (1) le public est au rendez-vous, certains après-midi entre 800 et 1000 visiteurs ! cette affluence montre bien que l’exposition répond à l’intérêt croissant pour ces courants artistiques. Les deux salles d’exposition, donnant 9 rue de la Bâclerie, accueillent de nombreuses œuvres d’art brut prêtées par un collectionneur nantais, des œuvres d’artistes majeurs comme Paul Duhem, Anselme Boix Vives … ces artistes étaient présents au Grand Palais de juin à septembre 2025 lors de l’exposition d’une autre collection, celle de Bruno Decharme.

L’art brut touche par sa spontanéité, sa vitalité, sa force, il nous interroge car il est hors norme et tellement libre, délivré de toutes contraintes académiques. Chaque artiste porte un regard singulier sur le monde. Des vies à la marge ont fait naître des parcours artistiques qui témoignent d’une certaine « renaissance ». Chaque création est une victoire sur les blessures, les fragilités. Il n’est nul besoin de connaissances artistiques pour être touché par les ombres et les lumières de ces créateurs, pour qui, selon Jean Dubuffet :« l’invention s’exerce… sans qu’aucune incidence ne vienne altérer leur spontanéité… » ( Fascicule de l’art brut n° 1 ).

En écho à cette exposition, dans le patio, une exposition d’art singulier, un mouvement qui s’inscrit dans la filiation de l’art brut, Franck Moinel, galeriste nantais en est l’initiateur (2), les commissaires Raphaëlle Leterrier et Bernard Briantais.

Le Passage Sainte-Croix s’est associé à cette démarche en présentant des œuvres de l’artiste nantais Bernard Briantais et de 4 artistes qu’il a choisis. L’art singulier comme il aime à le dire «  est une grande famille », des amitiés se nouent au fil des salons, des expositions. Le carnaval a été son fil conducteur, il a donc pour leurs créations évoquant le grotesque, le burlesque, convié les trognes et créatures de chiffon de Rebecca Campeau, le carnaval et les clowns de Denis Pouppeville, les céramiques baroques de Pierre Amourette à qui le Passage a commandé une crèche, et les hommes sauvages de l’artiste Didier Hamey, venus du folklore païen européen , du Portugal , de la Roumanie et du nord de l’Europe.

Ces artistes bousculent la société marchande, ils forcent le regard, ils mettent en lumière les singularités, les êtres à la marge, les fous du roi car sous le grotesque la sagesse. Une comédie humaine où chaque personnage a une identité. Derrière les masques, la vérité se cache.

Les figurines imaginaires de Bernard Briantais, hommes ou femmes oiseaux, évoluent dans le théâtre de l’humanité. Des hommes de la rue, aux ailes de géants qui nous offrent leur cœur. Des personnages qui incarnent parfaitement cette citation de Francis Ponge que l’artiste reprend : « La fonction de l’artiste est fort claire. Il doit ouvrir un atelier et y prendre en réparation le monde, par fragments comme il lui vient. »

Bernard Briantais affectionne ces personnages, son regard est jubilatoire et bienveillant. Ils sont ce que Baudelaire nommait : «  Des gens pauvres et nus », mais des gens généreux et habités d’une joie à partager. Son œuvre est pleine de poésie, au service des invisibles, de tous ceux que l’on ne veut pas voir et qui hantent nos villes. Ces figurines émeuvent car l’artiste transcende la faiblesse, la maladie, la pauvreté ; certains de ces petits hommes au chapeau mal mis rappellent le clochard lumineux des «  lumières de la ville » de Charlie Chaplin. Des personnages comme autant de petites lumières qui éclairent les ombres et les nuits d’un monde enténébré.

Une exposition qui a débuté au cœur du mois de décembre et qui nous dit que l’art est une voie de résilience, que l’art répare car il est un chemin qui donne sens à des parcours cabossés, qu’il est lumière au cœur des ténèbres. Les artistes de l’art brut et de l’art singulier sont en ce temps de Noël des bergers attirés par cette lumière mystérieuse et porteurs à leur manière de l’espérance.

  1. Passage Sainte Croix , 9 rue de la Bâclerie Nantes

Exposition Art brut, art singulier – 11 décembre 2025 – 28 février 2026 entrée libre du mardi au samedi de 12h à 18h30

  1. Galerie du Triphasé suite de l’exposition art singulier 20 Bd Gabriel Guist’hau Nantes du mardi au samedi de 14h à 19h