Artisanat

Portrait d’une pionnière en cosmétique

Par Sabine Hogrel et Mylène Vignon

 

Annemarie Lindner, le crédit photographe Börlind Annemarie Lindner, le crédit photographe Börlind

Chaque personne a une vocation. Il faut ressentir cet appel et le vivre. Chez Annemarie Lindner, cette phrase résonne comme un mantra. Née dans ce Berlin des années 20, juste avant la grande dépression qui la fit grandir trop vite, Annemarie entre, dès l’âge de 14 ans, comme apprentie. Mais les affres de la seconde guerre mondiale frappent le clan familial et la maladie emporte son père en 1944. Existent pourtant des destins hors du commun qui s’imposent comme des évidences… La bonne étoile d’Annemarie est sa rencontre avec celui qui deviendra son futur mari, l’industriel Walter Lindner. Intelligente, elle l’épaule dans ses affaires avant de devenir sa femme en 1946, sans que les 22 années d’écart n’y changent rien. Mais c’est son problème de peau grasse qui lui fait découvre sa vocation. Partie en cure pour y remédier, la cosmétologie s’ouvre à elle et c’est le déclic ! Elle décide, à son tour, de transmettre le pouvoir des plantes. Six mois de formation plus tard, Annemarie ouvre son propre salon chez elle, tout en continuant à travailler pour son mari. Elle acquiert rapidement le surnom de la Herb Lady. Malheureusement, la fatalité s’acharne lorsqu’en 1951, les commerces de Walter se retrouvent de nouveau expropriés par le régime socialiste. Il faut sentir cet appel et le vivre… Au lieu de s’apitoyer, elle et son mari saisissent l’opportunité pour créer leur propre gamme à base de produits naturels, une vision inédite dans les années 50. Tout ce dont la peau a besoin se trouve dans la nature. Il faut juste le temps de le découvrir. Couronnée de succès pour la qualité de ses ingrédients, cette gamme de soins devient une référence dans le monde. A tel point que la Stasi s’intéresse d’un peu trop près à leur entreprise. Redoutant une autre expropriation, Annemarie et Walter déménagent en une nuit à l’ouest, quitte à devoir tout recommencer. Un virage à 360° tant la conception de la cosmétique y est différente. Mais cela ne les décourage en rien, bien au contraire et comme tout parcours de vie porté par une force irrésistible, la vie se charge de les aider. Et cette aide se nomme Hermann Börner, un commercial pharmaceutique qui connaît très bien le marché. Börlind, contraction des deux syllabes, vient de naître, un succès non démenti jusqu’à nos jours. 1970 marque un tournant. C’est l’année où l’entreprise s’agrandit en acquérant des locaux à Calw, dans la Forêt-Noire dont la source alimente encore aujourd’hui, tous les soins de la marque Börlind. Le 18 février 2016, Annemarie Lindner quittait notre monde, laissant derrière elle une florissante entreprise dédiée au bien-être. Et quand on lui demandait comment elle jugeait sa propre vie, elle répondait simplement: « Chanceuse ».

L’aventure continue… Une troisième génération familiale relève chaque jour le défi de celle dont le crédo était, Je ne mets sur ma peau que ce que je pourrais manger.