Regards

Christelle Westphal et Denis Pourawa

Un regard à fleur de graine

Christelle Westphal est une technicienne de la photo, et pourtant elle a choisi la simplicité de la lumière naturelle, rejetant ainsi tous les artifices, pour nous donner à voir ces visages, qui possèdent tous leur propre majesté. Chacun respire comme une joie d’être là pour porter la coiffe végétale avec laquelle il se sent un dans l’instant du saisissement de la photo. Il y a les joyeux, les réservés, les naturels et ceux qui prennent la pose, mais chacun à sa manière semble avoir donné son consentement à la photographe comme un dénouement sans histoire. Il s’agit d’un projet plastique initié en 2003, dont le but n’est pas l’ampleur mais plutôt le creusement patient d’un sillon qu’elle nous invite à suivre à travers le partage. Le lecteur spectateur peut s’approprier l’ou- vrage comme il le souhaite et se promener au gré des pages de visage en visage, il peut aussi émettre une opinion ou une pensée à laquelle il n’aurait pas songé quelques secondes auparavant. Le paradoxe c’est que la récurrence du sujet donne une liberté et ouvre un champ à l’imaginaire, l’enfermant moins finalement que si chaque photo avait été un espace libre de création.

Ce qu’exprime ici Christelle Westphal est à la fois simple, émouvant et engagé. Avec volontairement peu de moyens et une thématique axée sur la répétition, elle nous rappelle que nous sommes tous reliés au végétal qui est essence de vie, et que rien peut-être n’est plus essentiel que cette sève qui est à la vie ce que le soleil est à la lumière

Ces portraits de personnes-végétaux sont accompagnés par les textes de Denis Pourawa, qui posent un regard tout en profondeur sur justement notre relation avec la nature. Ce poète sait ce qui relie le cœur, l’homme et la sève. « Le temps se déplace dans le pollen », nous dit-il. Denis Pourawa est un des rares poètes qui cherche la plénitude et une compréhension ultime entre l’homme et le végétal jusqu’à annihiler nos différences. Aperception de ce qui est dans le tout, la poésie de Denis Pourawa nous permet d’élargir notre conscience.

L’éditeur
François Mocaër