Arts

Pendant le Covid 8

Par Pascal Aubier

Dé-confinés ou déconfits ?  D’aucuns disent que le confinement est une escroquerie, que seuls les gestes barrières sont indispensables. En tous cas, on nous a bien emmerdés. Bref le dernier DVD qu’on a regardé avant de sortir de prison, valait la peine d’être (re)vu, profitant du temps perdu.

Le Bal des Maudits  d’Edward Dmytryk.

Vous connaissez Edward Dmytryk ? Un sacré lascar…

D’origine ukrainienne, il adhère au parti communiste américain, de 1944 à 1945. Son engagement lui vaut de figurer parmi les « Dix d’Hollywood », convoqués par la Commission des Activités Anti-Américaines, et d’être condamné à six mois de prison et 500 dollars d’amende.

Pour s’affranchir des soupçons qui pèsent sur lui, il est amené à dénoncer, comme élia Kazan, certains réalisateurs tels Jules Dassin et John Berry.

Malgré certains grands succès (Ouragan sur le CaineL’Homme aux colts d’or ou Le Bal des maudits), il n’obtient pas le pardon d’Hollywood, ni de ceux dont il a brisé la carrière et contraint à l’exil.

Pour la petite histoire, mon ami John Berry m’a raconté que quand il a enfin pu revenir aux États-Unis, il s’est trouvé une maison à Hollywood et que le premier matin il a ouvert la fenêtre pour se retrouver nez à nez avec Edward Dmytryk, son voisin d’en face. Il n’a jamais rouvert sa fenêtre. Bref, la vie a de ces raccourcis…

Mais le délateur avait du talent et Le Bal des Maudits est un bien beau film, que je vous recommande particulièrement. On y retrouve avec plaisir Marlon Brando, Montgomery Clift  et Dean Martin sans oublier la sublime May Britt.

Ce film traite la guerre (la Seconde, mondiale et dégueulasse), de façon intéressante: des personnages entraînés malgré eux à la folie meurtrière à l’aube de leur vie dérivent vers la mort. Le film ne néglige aucun aspect de l’engouement nationaliste des Allemands, l’engagement plus ou moins volontaire des soldats alliés, les brimades des supérieurs sur le pauvre soldat de base, les opérations commandos, les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité, tels que les camps de concentration, et d’extermination. Les scènes finales du film ont été tournées dans celui du Struthof, en Alsace.

Marlon Brando, en blond platine et petit accent saxon est superbe. Très attentif à son image ; il avait exigé d’être lieutenant, et pas sergent ! Et il s’était fait créer des épaulettes spéciales, larges comme celles d’un maréchal soviétique, alors que la caractéristique de l’uniforme allemand venait de la « sobriété » des très étroites pattes d’épaule. Mais il avait raison. Si on avait donné le rôle à Gert Froeb en véritable uniforme allemand et en sergent, on n’aurait pas eu le même film et Dmytryk aurait été con, en plus de délateurs. Heureusement Brando a gagné.

Je ne parle que de lui, mais Montgomery Clift  et Dean Martin sont très, très bons eux aussi. Le premier en courageux souffre-douleur des plus gros que lui et de ses supérieurs, le second en chanteur de charme célèbre qui refuse la planque à l’arrière, pour devenir un chic type. Je ne raconte pas le film, vous connaissez l’histoire, ça s’est mal passé pour les Allemands. Et pour pas mal de monde aussi, merde.

Et je n’ai pas parlé de May Britt, blonde, méchante et dévastatrice. Allez la découvrir !

Et retournez vite au cinéma !