Serge Plagnol
La peinture en amitié
Aussi loin qu’on puisse remonter dans le récit de la vie de Serge Plagnol, le fait de peindre est là et s’avère pour lui la condition d’être au monde. Cet Homo Pictor ne cherche pas dans l’acte de dessiner et de peindre un statut, car au terme de ses décennies de travail, il faudra reconnaître qu’il n’a rien d’un Rastignac, qu’il a trop souvent négligé d’exploiter les voies qui lui étaient ouvertes, en préférant un mode de vie qui permettait à son désir de s’épanouir, non sur l’arène sociale, mais dans le cadre de sa réalisation intime. Serge Plagnol n’est pas un stratège, mais parcourir comme le fait cette exposition cinquante ans de ce que sa main a laissé, nous convainc, au-delà de l’amitié, qu’il y a un œuvre.
De notre monde, Serge Plagnol n’a jamais cessé d’en écouter les rumeurs. Le matin, il lui faut lire le journal, écouter la radio. À plusieurs reprises il a pris des positions politiques, notamment dans les moments de sa jeunesse où, dans sa peinture, il aura figuré ses engagements. C’était dans les années 70, avant ce qu’il considère comme ses «débuts», quand il traçait la silhouette de foules, une multitude de petits bonhommes bariolés et dansants. Peu après, lui et Annie Pascal, par amour et convictions, ils ont travaillé sur le même support, elle avec un crayon, lui avec ses couleurs.
Ce moment passé, il est revenu à une création solitaire et les couleurs franches qui chez Serge prédominaient se sont assagies, faisant place à des tons pastels froids, bleus, verts et bruns acryliques. Sa touche s’affirmait alors en accents pulsés, sans doute se rendait-il au plus près de lui-même. Elaborés en séquence, ces tableaux qui figurent sont comme les éléments d’une partition construite sur des rythmes et induisent donc une temporalité. Une sorte de figuration narrative non revendiquée.
Pour Serge, le vrai début de sa peinture a commencé quand il a investi une petite villa sur la commune du Pradet près de Toulon, aux Ursinières. La maison que la famille n’occupait que l’été pour profiter de la mer à ses pieds — comme toutes celles qu’il habitera plus tard — n’offrait qu’un confort rustique, mais suffisant.
Le grand air pour extrême luxe et la mer à quelques pas. Là, dehors ou dans la véranda, sur des toiles non tendues sur châssis, ses gestes et ses sujets changent. Sa touche a encore l’aspect d’un accent, mais passant de l’acrylique à l’huile, elle n’a plus le même aspect. Elle fait glacis, se confond ou au contraire, masque et brouille ce qui est au-dessous d’elle. Elle produit des bruissements lumineux que ce soit dans les tons solaires ou nocturnes. On y sent la rage du plaisir dans la volonté de dépasser les limites du tableau. Orages, commotions d’instants. Parfois il rassemble des bouts de toiles, non pas avec la volonté de produire un collage, mais pour télescoper des instants de travaux différents, qui alors liés ensembles, constituent ce tout auquel Plagnol est attaché.
Info expo
Serge Plagnol
La peinture en amitié
Du 9 septembre au 10 octobre
Du mercredi au samedi, de 14h à 19h
Vernissage : Mercredi 9 septembre à partir de 18h30
Galerie Area
46 bis rue de Paradis, 75010 Paris
09 81 79 74 73
galerie@areaparis.com
