Françoise Cloarec Juliette dans l’ombre de Colette ed Libretto
Par Ghislaine Lejard
Juliette la silencieuse à l’ombre de sa demi-sœur la lumineuse Gabrielle.
La biographe Françoise Cloarec retrouve les traces de Juliette Robineau-Duclos, la demi-sœur de l’écrivaine Colette. Comme beaucoup de biographies de Françoise Cloarec, l’auteure a eu encore : « ce besoin de mettre en lumière ceux dont on ne parle pas, les disparus, les moches, les fous, ceux qui sont cachés ou à côté… »
« Avec Juliette dans la maison de Colette, toutes celles qui me tiennent à cœur. Séraphine de Senlis, enfermée avec son talent et son étrangeté à l’hôpital de Clermont. Camille, cette enfant sans père au Vietnam, Marthe, à la fois effacée et sublimée par Pierre Bonnard dans ses tableaux. Elles sont là avec leurs destins dont on ne parle pas (…) toutes des créatrices sauf Juliette. Elles me protègent et en même temps me font mal (…) C’est bizarre, ce besoin de les réparer, de les comprendre, de m’occuper d’elles. »
Psychanalyste Françoise Cloarec sait la force de l’empreinte familiale, le poids de l’hérédité pour la construction de la personnalité ; si Gabrielle Colette hérite de l’esprit de liberté de sa mère Sido, de sa légèreté, de sa force de vie face à l’adversité, Juliette Robineau-Duclos elle porte le poids des tourments qui habitaient son père, pour l’une la clarté pour l’autre l’ombre, Juliette restera selon sa mère : « fidèle à l’ombre », elle qui « en son premier âge, était l’amie de la nuit. » Colette parlant de sa sœur dira : « Etrangère à nous, étrangère à tous, volontairement isolée au sein de sa propre famille. » « Ma sœur ne parlait pas, mangeait à peine, nous rencontrait avec surprise dans la maison. »
L’auteure a de l’empathie pour Juliette enfant solitaire, comme elle le fut elle aussi, enfant unique qui a grandi à l’ombre de son frère mort.
Découvrir la famille de Sido celle avec le père de Juliette puis l’autre avec le père de Gabrielle, la première malgré la violence psychologique n’a pas pu tuer l’esprit de liberté et l’anticonformisme de Sido. Pour fuir une enfance douloureuse entre un père et une mère que tout séparait, leur fille se réfugie dans la lecture, la lecture pour entrer dans une autre réalité et devenir une autre. Plus tard Gabrielle écrira, elle deviendra la célèbre Colette, une façon peut-être de rejoindre Juliette si absente, si solitaire… L’écriture pour conjurer la folie et la mort qu’a côtoyées Juliette. Ecrire et créer pour vivre, c’est le chemin que choisira Colette.
En ce récit, une puissante figure maternelle, celle de Sido pour tous ses enfants et ses liens très forts pour chacun d’eux, si différents.
Juliette et Sido c’est l’histoire d’une relation mère-fille, mais l’amour toujours présent sera insuffisant pour sauver Juliette, car le poids d’un mariage raté, entache cet amour maternel, Juliette restera l’enfant de celui que l’on veut oublier. Juliette restera l’incarnation du silence douloureux, quand la douleur est incommunicable.
Cette biographie, c’est un double récit, celui de la famille Robineau-Duclos-Colette, mais aussi celui de l’auteure en quête de son héroïne. On ne choisit pas ses personnages au hasard, d’une façon ou d’une autre, les parcours se rencontrent. L’enfance de l’auteure en filigrane et des souvenirs qui rejoignent cette autre famille.
Juliette et Gabrielle filles de Sido mais surtout filles de leur père. Chacune va accomplir le destin paternel, pour l’une la destruction, pour l’autre l’écriture et les mots de la fille pour sans doute emplir les pages restées blanches sur le journal paternel.
Françoise Cloarec vit entre Paris et la Bretagne, écrivaine, peintre , psychologue clinicienne, elle est l’autrice de plusieurs ouvrages sur des femmes artistes comme :
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Séraphine la vie rêvée de Séraphine de Senlis ed Phébus ( 2008 )
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L’Indolente, le mystère de Marthe Bonnard ed Stock ( 2016 )
