Lettres

Résurrections – Traverser les nuits de nos vies Denis Moreau éditions du Seuil (2022)

par Ghislaine Lejard

Un livre essentiel en ces périodes de pessimiste ambiant ; un livre qui fait le constat vivifiant que si «  la vie, la vraie vie est une lutte permanente, indécise et âpre entre les énergies qui sauvent et celles qui détruisent, un combat contre les puissances hurlantes qui menacent de nos terrasses(…) il faut croire à la possibilité du salut, à celle de la victoire de la lumière sur les ténèbres. »

Denis Moreau (1) pose cette question philosophique et métaphysique : « abattus, terrassés, aux temps de la déréliction, saurons-nous nous relever ? je veux dire : ressusciter. »

Dès l’introduction Denis Moreau comme Pascal fait le pari de croire et de croire en la Résurrection, un acte de foi qui nous dit-il : «peut structurer et changer profondément une vie humaine. »

Croire en la Résurrection libère du péché, allège. Le philosophe semble faire sienne cette réflexion de Irénée de Lyon qu’il cite et pour qui la Résurrection du Christ a «  détruit la mort, tué le péché, vivifié l’homme. »

Croire en la Résurrection du Christ permet une croyance performative, ce que signifiait Thomas d’Aquin qui considérait la foi comme « une vertu qui engage l’intelligence.»

En s’appuyant sur les quatre Evangiles canoniques Denis Moreau retient 7 principes, ces principes posés seront à l’œuvre dans des situations qui constituent la deuxième partie du livre : le deuil, la dépression, le pardon, les difficultés dans le couple… car, si l’on ne refait pas sa vie, si rien du passé ne s’efface, on peut la continuer différemment, la prolonger, à l’image de cet art traditionnel japonais le Kintsugi. Avec humour Denis Moreau ose ces comparaisons parlant de Jésus face à Thomas, « un être humain Kintsugi » ou pour le christianisme « c’est le rock’n’roll de la vie ».

Espérer chrétiennement c’est, comme le rappelle Denis Moreau, ce qu’exprime Georges Bernanos : « aller au-delà du désespoir. Quand on va jusqu’au bout de la nuit, on rencontre une nouvelle aurore(…) la plus haute forme de l’espérance c’est le désespoir surmonté. »

Goûter à une expérience de résurrection, c’est au-delà de l’espérance entrer dans la joie d’une éternité commencée avant la mort stricto sensu.

La force de cet essai philosophique c’est que les principes théoriques s’incarnent dans la vie de l’auteur et dans la vie des lecteurs. La théorie passe au tamis de l’expérience vécue charnellement, ne l’oublions pas et Denis Moreau le redit, le christianisme est religion de l’Incarnation.

  • 1 Ancien élève de l’Ecole normale supérieure, agrégé de philosophie, il enseigne à l’université de Nantes, professeur d’histoire de la philosophie moderne et de la philosophie de la religion. Il est membre de l’Académie littéraire de Bretagne et des Pays de la Loire.