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AU-DELÀ DES VOYEURS

Le coup de cœur de Patrick Daumont-Dada

Depuis des années, je parcours les expositions, les vernissages, les cocktails et tout autre événement un peu plus « prout-prout », le plus souvent dans une strate marginale, rêvant de devenir une étoile brillante dans le monde économique de « l’Art ».

Je resitue le contexte ; souvent ils sont agréablement arrosés, ce qui désinhibe et apportent ces moments une certaine aisance à la communication qui s’avère très riche en superficialité, il faut le reconnaître…

J’adore cela, au point de frôler la limite du masochisme, avec le plaisir de croiser toute la clique du SDH, menez par le gourou Th.Th., les pros du « gate-crashing alcoolique », ce qui ajoute une dimension presque spirituelle à la quête des artistes et fait parfois flipper les galeristes et organisateurs.

Ce qui m’a poussé à écrire ces quelques lignes, je ne sais pas trop si ce sont les charmes des œuvres ou ceux des artistes croisés ce soir-là. Quoiqu’il en soit je voulais le partager.

Bien enclin je suis sorti de mon territoire opérationnel habituel qui rayonne plutôt en rive droite, j’ai fait l’effort de grimper sur la rive gauche, jusqu’au 15e arrondissement, pour me rendre au vernissage proposé par la « Galerie VU’ », un lieu auquel je n’avais encore jamais rendu visite.

Entre la sortie du métro et les quelques rues qui rendaient le parcours digne d’une performance de combattant, j’ai failli injurier les passages piétons, les cyclistes et les regards croisés.

VU’ se présentait enfin, et tout à coup, je fus happé par une vague immaculée de blanc avec une sensation proche d’une douche au gel bien-être, version « Proche-lointain-incertain ».

La « Galerie VU’ », avec équilibre et élégance présente une exposition de trois photographes inconnus de ma culture, me renvoyant ainsi à la pauvreté de mes références.

A travers la perspective j’aperçois quelques têtes pas étrangères ce qui assure mon pas vers l’open bar et c’est avec un verre dans chaque main, que je déambule une première fois dans cette vaste galerie. Scannant chaque photo et chaque personne qui viennent colorer cet espace d’un blanc de chez blanc. Mon repérage s’achève sur une librairie riche en papier glacé et autres allégories photographiques de très bonne facture et euros.

Je reviens à la case départ open bar, après quelques bises échangées avec de faux amis, mes gobelets remis à niveau, je repars pour un second tour imposé par mon sens giratoire, et je m’attarde sur chaque photo de la première artiste, Natalya Saprunova.

Pourquoi ? Nostalgie de mes années passées à Moscou ? Je ne le cache pas : le charme et l’exotisme russe sont difficiles à ignorer.

Natalya Saprunova avec sa série de photos m’emporte dans une profondeur intime et poétique, mêlant restitution, traditions et folklore, magnifiés par des couleurs vibrantes sur fond de froideur et de souffrance. Je suis envoûté, plongé dans une contemplation viscérale qui me prend aux tripes et me fait même sourire car un brin d’humour apporte une patine sur l’ensemble qui me fait presque oublier la thématique…

Les photos sont sélectionnées habillement. Elles sont un message à l’écriture scénique percutante, qui renvoie loin dans le temps, vers des ancêtres ayant forgé, à force de survie rude et souvent tragique, un monde de cicatrices indélébiles.

C’est beau, c’est dur, c’est puissant. Un rafraîchissement de mémoire : proche, lointain et incertain…

Voilà ! J’esquisse ici une visite pour votre imaginaire, autour du travail de Natalya Saprunova, c’est une mise en bouche, ou plutôt en regard, ou en esprit… comme vous voudrez.

Je vous invite à faire ce voyage triangulaire jusqu’à la Galerie VU’ pour vous régaler avec les photographies qu’elle partage brillamment avec deux autres grands photographes : Olivier Laban-Mattei, reporter (MYOP), et Alfie Masoliver.

(Je reviendrai sur leur travail dans un autre épisode… et quelques gobelets.)

Les trois artistes réunis sont en conversation dans un langage commun qui ne laisse pas de glace, malgré le décor général. Pas besoin de moon-boots ni de moufles : vous sentirez votre cœur battre réchauffer vos bonnes vibes.

https://www.instagram.com/natalya.saprunova/

Exposition à voir (absolument) jusqu’au 18 Avril 2026

Galerie VU’

60 Av. de Saxe, 75015 Paris

https://galerievu.com/fat-event/proche-lointain-incertain/