Sculpter le silence
par Ghislaine Lejard
« Les pierres nous questionnent sur notre solidité et nos origines. » Rémi Deroure
La sculpture, l’écriture (1) et le dessin sont les expressions artistiques de Rémi Deroure, son marbre Marcel Proust (1994) pourrait être le symbole de ce lien entre la sculpture et l’écriture dans sa création artistique.
Dès le printemps, l’artiste quitte son atelier nantais pour s’installer tout l’été dans son atelier estival à Kerignon au bord des marais salants, entre Guérande et La Turballe.
Chaque été, il invite un artiste à le rejoindre, cette année sont présentées des icônes de Stéphane Sauvage.
Rémi Deroure sculpte depuis 40 ans, il a réalisé des centaines d’œuvres autour de la figuration du corps, il sculpte surtout des visages ; ses matériaux de prédilection pour cet ancien expert en sciences des sols (2) sont le granit, le marbre, il travaille aussi le calcaire, l’ardoise du pays de Châteaubriant, le schiste, le tuffeau… toutes ses œuvres sont réalisées à la massette et au ciseau. Des œuvres qui nécessitent entre 2 semaines et 200 heures de travail. Comme sur les sculptures antiques, l’artiste peint parfois les yeux, donnant force de vie et mystère à certains visages ; d’autres aux yeux clos et aux regards absents fascinent comme les œuvres de Brancusi. Des yeux fermés pour scruter l’humanité : « L’œil regardait la nature/ les yeux scrutaient l’humanité » ( Remi Deroure Les yeux chants de la terre).
Sans véritablement s’apparenter à l’art brut, ses sculptures sont proches des arts premiers d’Afrique et d’Océanie, l’Afrique où il est né, son père était fonctionnaire au Mali et il y a passé ses premières années. Certaines figurent rappellent les masques africains, on pense aussi en les regardant «aux demoiselles d’Avignon » de Picasso, aux menhirs de la terre bretonne, aux mégalithes de Carnac et à Terraqué de Eugène Guillevic.
« Rémi Deroure se livre sans relâche, afin de recouvrer l’humanité première au cœur de la pierre et de recouvrer la pierre première au cœur de son humanité. » (Thomas Grison)
Rémi Deroure sait entendre les pierres, il entend leur langage de silence et le sculpte ; pour lui, sculpter, c’est aussi écrire : « Les pierres sont des pages blanches. » ( Rémi Deroure) Le ciseau est son stylo, la sculpture qu’il va extraire de la mémoire première de la pierre, devient un poème, un poème en « dormance ».
Amener à la vie par les mains du sculpteur, ces figures d’aujourd’hui semblent venir de la nuit des temps et être de toute éternité, immuables.
1 quelques écrits de Rémi Deroure :
L’amertume de anges ed Amalthee
La Loire et le calme photos Michel Echaïde ed Des Sources et des Livres…..
2 Rémi Deroure a soutenu un doctorat en géographie à l’Université de Nantes en 1981
3 quelques expositions parmi les plus récentes ::
Galerie Monod à Paris ( 2019) – Art et Design Paris ( 2020)- Biennale d’Indre (2022)- Maison des Arts Assérac (2025)
