Si Vallauris m’était conté (la suite)

Par Mylène Vignon

De retour de la cité de la céramique, impossible de résister à en conter les richesses.

Tout commence chez Andelu où travail et fête se conjuguent. Les peintures hautes en couleurs de l’artiste sont un véritable feu de joie en plein centre de la ville. Ouvert chaque jour, l’atelier regorge de merveilles et les différentes techniques sont abordées par Mireille Andelu qui se renouvelle à chacune de mes visites annuelles.

Nous ne cessons jamais de devenir qui nous sommes, disait Gilles Deleuze et dans sa persévérante diversité, Mireille le prouve. Sa terrasse, qui accueille ses propres œuvres autant que ses voisins artistes et amis, est un carrefour de communication culturelle. Ici, l’art sous toutes ses formes, se fait et se défait au gré des conversations où l’humour abonde. Sur un socle, à l’atelier, elle accueille en rotation une superbe tête du pharaon Akhenaton. L’œuvre est signée Patrick André, un spécialiste du verre optique.

Un petit tour chez Gilbert Portanier (sommité valaurienne). Indispensable !

On y fêtait les cent ans qu’aurait eu le peintre et céramiste parti depuis trois ans. Les œuvres sublimes s’étendent dans le jardin, la galerie, la cour… Et dans l’atelier des céramiques, le four est toujours ouvert à la visite. On ne cesse de s’extasier devant la beauté de ce travail reconnu aujourd’hui comme essentiel pour la richesse de Vallauris.

C’est dans cette même avenue Clemenceau, que j’ai également rencontré Pascal Levy avec d’importantes caricatures en volume, qui habitent sa vitrine. Son travail s’appuie sur les marionnettes du Muppet Show – série télévisée qui l’avait interpellé à l’époque -. Tendresse et humour sont au rendez-vous du talent. Actuellement il prépare une surprise de taille…Mais j’ai promis de garder le secret !

 

Une visite au musée de la céramique Magnelli, ouvre d’abord sur une étonnante exposition des statues de Martial Raysse : D’une flèche Mon cœur percé. Son univers se définit avant tout par une hybridité permanente et revendiquée. Il mélange le plâtre et le fil de chenille, le bronze patiné et la guirlande lumineuse, la figurine miniature et la statue de 2 mètres. Cette mixité de matériaux permet d’affirmer une autre vision du monde. C’est toute l’ambiguïté de la condition humaine que Raysse ausculte et met en forme.

Présentée dans un autre espace, l’exposition Le ciel pour plafond de Anton Prinner est tout aussi intéressante. Elle met en lumière un moment essentiel du parcours de cet artiste d’origine hongroise, installé à Paris à partir de la fin des années 20, en s’attachant plus particulièrement aux moments passés à Vallauris. Présentée dans la vaste salle Éden, l’exposition réunit environ 50 œuvres et documents – sculptures, céramiques, estampes, photographies et archives Elle rend visible la richesse d’une œuvre singulière, à la croisée de la sculpture, de la gravure et de la céramique.

Ces deux expositions majeures ont pour particularité de présenter des œuvres inhabituelles. Une découverte qui suscite un intérêt particulier auprès des visiteurs éclairés.

J’ai également apprécié dans l’enceinte du musée national Picasso La guerre et la paix, l’œuvre poétique et enchanteresse de Pascale Marthine Tayou – Poétique des Mondes.

 

Et en bout de course dans le quartier haut, les œuvres incroyables d’Isabelle Vigo n’en finissent pas de raconter des histoires fantastiques. Le four était en chauffe mais impossible de résister à la visite de la grotte de l’artiste. Une de ses grandes pièces était exposée à Biot, en compagnie des œuvres de son camarade Marcel Giraud. Elle y rencontre un vif succès. Tandis que la biennale de Vallauris en a choisi une autre, tout aussi monumentale durant cet été 2026.

Vallauris, ville d’art ouverte toute l’année, n’en finit jamais de livrer ses trésors.