Artisanat

La chronique gastronomique N°9 d’Antoine Benouard

Les vapeurs à Trouville : la joie retrouvée

Je ne sais pas pour vous, mais pour moi tout restaurant est un bateau qui m’entraîne dans les mers gouleyantes de la gastronomie. Pour aller dîner, à Paris, je sors de chez moi pour me rendre vers l’océan, même quand le bistrot est à côté de chez moi. J’y bois toute la saveur du monde. La bouffe me fait tanguer.
Quand je suis en burn-out (au sens large : harassé, tourmenté, vexé, énervé, trompé, pompé) je m’en vais en Normandie. Mais mon port d’escale obligé, ce sont Les Vapeurs, à Trouville. Paris-Les Vapeurs est d’abord un itinéraire mental.
J’y ai jadis croisé Carlos, imaginé Sagan, et évidemment Duras (qui allait plutôt chez le voisin concurrent « Le Central »). J’y ai invité mes petites amies dans un trajet stratégique qui m’aidait à les conquérir : des Vapeurs au Normandy. On commençait par un sublime plateau de fruits de mer – invitation au partage – on enchaînait par la très réputée sole meunière – invitation au voyage – et nous finissions par un dessert sucré – je ne me souviens plus duquel – peut-être parce que celui qui s’incarnait dans la chambre les avait tous remplacés.
Mais revenons à ce vendredi soir dernier de février, j’étais seul. Pas de stratégie particulière de séduction. Un peu représentant de commerce esseulé qui a décidé de se coucher tôt. J’ai donc pris une soupe de poissons – délicieuse, goûteuse, épaisse, avec sa rouille et ce râpé dont a l’impression qu’il vient de l’être – suivie d’une dorade grillée (chair blanche et silhouette dodue). Je suppose que cette dernière fut pêchée dans la Manche, en face, même si ce poisson, dans la mythologie, semble avoir choisi comme philosophie la Méditerranée.
Et puis il y a l’ambiance. Si l’on n’a pas de place, ou si l’on est ambivalent, on peut aller aux Voiles, juste à côté, même maison. Le décor des Voiles est un peu plus indiscipliné tandis que celui des Vapeurs est un peu plus ordonné (tables côte à côte, etc.). Mais la joie dans les deux cas est présente, dans le service, dans l’assiette, dans l’humeur collective, dans le décor de brasserie autant hors des codes qu’Art déco. On recherche tous la joie à défaut du bonheur. La joie est toujours plus concrète, plus accessible. Les Vapeurs, sachez-le, c’est d’abord, et avant tout, l’accessible de la joie retrouvée.
Février 2022

Les Vapeurs, 160, Quai Fernand Moureaux – 14360 Trouville-sur-Mer – Tél. +33 2 31 88 15 24. En terrasse ou à l’intérieur.
Compter 70 euros par tête avec un petit blanc. Le whisky comme le cognac sont en sus.