Arts

Disparition du grand cinéaste René Vautier

Par Adrien Perreau

J’ai été consterné d’apprendre il y a maintenant un peu plus de deux mois la disparition du grand cinéaste René Vautier, qui nous a quittés le 4 janvier 2015.

C’est au festival du film de Douarnenez, festival qui chaque année met à l’honneur une langue ou un peuple, que j’ai eu le privilège de rencontrer René Vautier, en compagnie de Nicole et Félix Le Garrec, avec qui il créa l’UPCB coopérative de production de films, pour que soit reflétée la vie sociale, culturelle et politique en Bretagne et pour faire du cinéma sans passer par Paris. Je garde au cœur et à l’esprit le souvenir de cette rencontre, pour moi un grand moment.

René Vautier est né à Camaret, en 1928, d’un père ouvrier et d’une mère institutrice. C’est un vrai Breton rebelle et indomptable, résistant à 16 ans, cité à l’Ordre de la Nation par le général de Gaulle pour faits de résistance. Ayant vécu l’horreur des combats il choisit à l’issue de la seconde guerre mondiale la caméra comme unique arme pour lutter et témoigner. Il fit de brillantes études à l’Institut des hautes études cinématographiques (Idhec), à l’issue desquelles combattit le colonialisme en Afrique avec notamment « Afrique 50 » (médaille d’or au festival de Varsovie, mais interdit en salle en France pendant quarante ans !) et « Avoir vingt ans dans les Aurès » (Prix de la critique internationale au Festival de Cannes, 1972).

Les saisies, les inculpations, les pellicules détruites, la prison, on fait de lui le cinéaste le plus censuré de France, sans le faire céder dans sa détermination ou dans sa pratique éthique et sans concession du cinéma.

Il a reçu pour l’ensemble de son œuvre un hommage spécial du jury du Film antiraciste en 1974, et en 1998 le Grand Prix de la Société civile des auteurs multimédia (SCAM).

Depuis la disparition de René Vautier j’ai revu avec émotion son documentaire de 1978 « Marée noire, colère rouge », classé Meilleur Film Document Mondial 78 au Festival de Rotterdam (disponible sur DVD UPCB).

Ce film s’attache à démontrer la campagne d’information mensongère qui suivit le naufrage du pétrolier supertanker Amoco Cadiz le 16 mars 1978 au large de Portsall, petit port du Finistère nord ainsi que ses conséquences écologiques désastreuses. Il dénonce les mesures dérisoires prises alors par les gouvernements, la protection des intérêts financiers des pétroliers, la corruption politique des médias qui minimisèrent l’événement à deux jours des élections. Il montre face à cela la colère du peuple breton et des élus locaux.

Comment dire mieux que René Vautier lui même en quoi consiste son œuvre :« Je filme ce que je vois, ce que je sais, ce qui est vrai », écrivait-il en 1998, dans son ouvrage Caméra citoyenne.

Voyons et revoyons les films de René Vautier, pour le bonheur d’apprécier ces merveilleuses œuvres d’art, et pour soutenir les bonnes causes auxquelles il a consacré sa vie avec tant de ténacité et de courage.