Arts

Garouste

Par Henri-Hugues Lejeune

Quelle discrète horloge a-t-elle mis en route le destin en vue de conjuguer ces jours-ci les attentions les plus diverses et les plus profondes sur l’œuvre et la personne de Gérard Garouste ?

Sont-elles en mesure, sont-elles assez puissantes et concertées afin que nous puissions disposer des matériaux nécessaires pour en analyser l’énigme ? Autant celle du personnage, car elles sont nombreuses et au premier chef celle de sa destinée, du ou des buts qu’il s’assigne et des options qu’au long cours de son existence il a prises, s’est assignées, a adoptées ou qui se sont, bien souvent douloureusement, imposées à lui.

À qui jusqu’ici n’avait contemplé que çà et là des œuvres de cet artiste n’aurait pas été en mesure de prendre l’exacte mesure de la dimension importante et imposante dans laquelle, de par la volonté ainsi clairement exposée par l’artiste, elle se présente.

Né en 1946, Garouste entend clairement, la chose est visible, ne serait-ce que par l’ampleur des expositions simultanément présentées tant par le Centre Pompidou que par la Galerie Hubertin&Branque sa voisine.

Car il s’agit ici de s’imposer, comme il en a été de même tout au long de la longue carrière artistique qu’il a entamée dès sa première exposition personnelle en 1969, encore étudiant aux Beaux-Arts de Paris, si iconoclaste que pût alors être sa conception de l’Art, ce qui est bien normal dès lors qu’on l ‘assume dans sa totalité, l’envisage face à en son ensemble. Ce qui figure au menu du jeune artiste fondamentalement investi dans sa vocation, éventuellement aux plus extrêmes de son psychisme et de sa personnalité,  voire même de son psychisme et de sa sensibilité comme de sa « conception du monde ».

Il aura ainsi mené une vie intense, puissante, bouleversée, avec, tout au long ou presque d’importants évènements de caractère psychique, avec au passage des crises de profonde instabilité, des investissements dans des croyances, des doctrines et des conceptions du monde selon des doctrines, des dogmes et des croisades étagées dans les étapes de la vie des peuples des civilisations et des dogmes, voire des croisades religieuses généreusement répandues dans les étapes mouvementées et plus que souvent tragiques dans les étapes de l’Histoire des Hommes.

Bien souvent, là notamment, il s’investira à son tour, ne serait-ce que pour se remettre lui-même en question.

La puissance est partie même de sa personnalité, ce qui constitue une évidence dès lors que l’on a le privilège de l’approcher, ce qui a été le bonheur d’être mon cas :j’ai été à même de jauger, de nos jours même, que ce colosse de 75 ans est un combattant physique comme intellectuel de haut niveau.

Cette dimension même, ses œuvres ne sont pas petites, ni exemptes de passion et de puissance et entendent ainsi s’imposer.

Une autre de ses spécialités est de s’insérer lui-même, ou parfois l’un de ses amis ou d’un héros  qui l’intéresse à venir habiter dans son œuvre et souvent dans les méandres les plus bizarres, ou volontiers les plus curieuses ou les plus humoristiques : ainsi en un mot s’explique -t-il et prend-t-il la responsabilité de son action, de ses gestes et bien souvent de son humour.

Il se déguise aussi volontiers en adepte ou en acteur de l’un ou de l’autre des grands mythes ou des grandes épopées qui ont escorté la vie des hommes, d’une culture, d’une civilisation, d’une nation ou d’une épopée, l’une ou l’après l’autre si elles s’inscrivent dans une mythologie qu’il entend faire sienne le temps d’une construction ou d’un mode de son imagination, ainsi de la revendiquer, de la faire sienne le temps de se l’assimiler et de s’en enrichir !

 

Henri-Hugues Lejeune