George Sand à Nohant – Regards croisés
Par Thierry Berthé
Emprunter régulièrement l’autoroute A20 entre Châteauroux et Limoges incite, tôt ou tard, à s’aventurer sur les terres de George Sand qui naquit, vécut et même repose à Nohant-Vic. Le pas franchi, entrons dans un univers de sérénité, empreint d’une sagesse qui ne fut pas toujours celle de la propriétaire des lieux.
Petite fille de Marie-Aurore de Saxe qui l’éleva à la mort de ses parents dans un esprit de grande liberté artistique, Aurore Dupin, Baronne Dudevant par son mariage, vécut l’essentiel de sa vie dans son château de Nohant. Romancière, journaliste, peintre, George Sand (1804-1876) exerça son art, bien installée dans ce manoir tranquille au cœur d’un parc de six hectares qui fut toujours son refuge. Elle y accueillit ses amants, notamment Franz Liszt et Frédéric Chopin et nombre de compagnons artistiques, Marie d’Agoult, la mezzo-soprano, Pauline Viardot, Honoré de Balzac, Alexandre Dumas, Gustave Flaubert ou encore Eugène Delacroix, pour des fêtes mémorables.
Loin de l’effervescence parisienne qu’elle appréciait pourtant, le château du 18ème siècle et son parc reflètent bien l’atmosphère de cette époque de foisonnement artistique favorisé par le calme du lieu. Après avoir traversé le hameau qui entoure la tranquille église paroissiale, le château de Nohant s’offre au regard, au centre de son parc qui alterne jardins composés, allées à l’anglaise, vergers et prairies.
La visite du château commence par la salle à manger attenante à la cuisine où l’hôtesse n’hésitait pas à mettre la main à la pâte. Le grand salon, où elle recevait ses amis, chaleureux et richement meublé, abrite encore le modeste piano droit qui servit peut-être à Chopin pour certaines de ses compositions. Il précède la chambre rose de sa fille Aurore et le théâtre aménagé vers 1850. George s’y produisait fréquemment avec et pour ses amis de passage. Il est agrémenté d’un théâtre de marionnettes.
A l’étage, la chambre bleue fut occupée par George Sand jusqu’à ses derniers jours. Elle jouxtait son cabinet de travail, à la bibliothèque fournie, ainsi que la chambre de sa fille Gabrielle d’inspiration japonaise.
L’un des communs accueille une exposition de marionnettes, toutes créées par son fils Maurice Sand (1823-1889) artiste élève d’Eugène Delacroix. Bricoleur de génie, il laisse une collection magnifique.
Un dernier tour de jardin de bon matin nous offre un regard sur le château et son parc nimbés de la belle lumière d’automne.
Alentour, arrêtons-nous un instant au pied de la forteresse médiévale de Sarzay (14ème siècle) restaurée par un propriétaire passionné puis entrons dans l’étonnante église en rotonde de Neuvy-Saint Sépulcre. Elle évoque l’église Saint-Sépulcre de Jérusalem depuis que le seigneur Eudes de Déols la fit bâtir au 11ème siècle à son retour de Croisade. Située sur les chemins de Compostelle depuis Vézelay, elle figure au patrimoine de l’UNESCO.
L’étape fut trop brève mais, n’en doutons pas, nous reviendrons un jour pour goûter les autres trésors du Berry de George Sand.
