Arts

Ningen

Par Henri-Hugues Lejeune

Voici un film japonais jusqu’au bout des ongles, énigmatique à souhait, digne héritier de Rachômon, puisé au plus profond de l’âme nippone et de son mystère et qui a été réalisé par deux européens!

Ajoutez à cela que les acteurs sont tous amateurs et japonais à la seule exception d’un merveilleux Chinois ami intime du protagoniste du film et plus mystérieux que tous les autres réunis.

L’action (?) se déroule dans un cadre urbain du Japon d’aujourd’hui à l’exception des scènes les plus cruciales qui se situent dans certains des sites shintoïstes les plus sacrés du pays et dans des forêts irréelles.

Le scénario, dans la mesure où il y en a un, c’est un paradoxe de plus, évoque deux légendes et fables du folklore originaire du pays qui viennent en surimpression de la geste contemporaine.

Les acteurs n’étaient pas informés de leur texte avant le jour même du tournage. Le déroulement en était seulement fixé la veille par les réalisateurs, qui se laissaient inspirer pour l’étape à venir par le jeu des acteurs – dans le cadre de ce qu’on venait de leur demander…

C’est donc peu de dire qu’il comporte plusieurs clefs de lecture!

IL me faudrait des pages entières pour tenter d’expliquer la manière dont ces différentes approches ont pu jouer les unes par les autres, les unes sur les autres (ai-je dit que la psychiatrie intervient du début à la fin de l’histoire?) et serais-je sûr d’y parvenir? Selon mes interprétations plus ou moins peut-être, mais à la vôtre?

Il suffit de dire qu’il s’agit d’un film passionnant et très attachant, magnifiquement joué et mis en scène, émouvant, souvent très drôle et de vous conseiller d’aller le voir faute de pouvoir vous enjoindre de le faire.

Il s’agit là de l’avant-garde que nous aimons, celle du rêve.

Je vous dois une observation ultime: les héros du film sont en train de vivre une profonde histoire d’amour et ma conviction intime est qu’ils sont à cent lieues

de s’en douter!

Film Japonais de Cagla Zencirci & Guillaume Giovanetti