Arts

Pendant le Covid 1. Les films à visionner

Par Pascal Aubier

Les jours filent sans un bruit. Le Jardin du Luxembourg est fermé, comme pour toujours. On fouille, on trie, on croit ranger, mais on dérange à peine le néant qui nous entoure. Heureusement je suis retenu avec ma femme ce qui change de tout. Ou presque. On rit, on lit, on voit ou revoit des films à l’infini. On n’est pas mort, on bande encore.

On s’est enfilé tous les Welles qu’on avait dans notre petite cinémathèque personnelle. Alors, pourquoi n’en faire pas autant ?

On a commencé par Citizen Kane (Citoyen Canne, en Français), je ne vais pas vous raconter. Pensez au RoseBud la rue Delambre et allez-y boire un verre quand il rouvrira. Si vous voyez ce que je veux dire. En tous cas le film, pour un petit drôle de vingt-cinq ans, c’est quelque chose. Donc à revoir toute affaire cessante, mais si c’est pour la treizième fois.

Derrière on s’est enfilé La Splendeur des Anberson avec l’ineffable Joseph Cotten et la belle Dolores Costello. Tout le monde est mort aujourd’hui. Je veux dire, tous ceux du film. C’est ça qui est fameux avec le cinéma, faire renaître les disparus. Et pas seulement.  Je dis ça pour ne pas vous raconter ce film archi célèbre, j’aurais l’air forcément idiot. Mais je fus ravis de le re-revoir. Et ma femme ravie de le découvrir. Tachez d’avoir une femme à qui vous pouvez faire découvrir des choses, vous vous en sentirez grandi.

Je lui ai fait aussi découvrir – et à moi du même coup – un film que je ne connaissais pas, réalisé par Norman Foster sous le regard vigilant et débordant d’Orson Welles, Voyage au pays de la Peur dans lequel Welles joue un énorme flic turc. Avec toujours Joseph Cotten et l’autre Dolores, del Rio. Petit film noir au long de la Mer Noire d’Istanbul à Batumi entièrement tourné dans les studios RKO à Hollywood. Savoureux pour son éclairage et pour son cadrage hyper Wellesien. Hommage.

Revoir aussi La Soif du Mal (Touch of Evil) dans sa version définitive, reconstituée par Welles lui-même après que la RKO très en colère, eut refait le montage et imprimé le Générique sur le long traveling génial qui ouvre le film à la frontière des États -unis et du Mexique.

Salauds de RKO après que John Houseman, le producteur maison qui avait découvert Welles puis produit les Amants de la Nuit de Nicholas Ray et permis aux meilleurs de faire leurs preuves, fut parti vers d’autres studios. Houseman fonda d’ailleurs avec Welles le Mercury Théâtre deux ans avant l’aventure Kane.

Bon La Soif du Mal est un film génial et l’apparition de Welles qui joue le méchant flic, Quinlan est un événement majeur du Cinéma. En prime, la venue de Marlène Dietrich en bohémienne à la fin du film, restera figée dans vos mémoires cinéphiliques pour le restant de vos jours. Et de vos nuits.

On a revu Falstaff (Chimes at midnight, selon Shakespeare), truculent, débordant, porté par une langue merveilleuse, celle du grand poète d’outre – Manche, vous voyez qui je veux dire. Et par la précieuse présence de Jeanne Moreau.

De plus Welles abonde avec le Procès, d’après Kafka, dans le génie de la mise en scène. C’est ce film qui m’a donné envie de faire du cinéma en me montrant qu’on pouvait prendre des décors inouïs aux coins des rues (en l’occurrence la Gare d‘Orsay peu avant qu’on la transforme en musée ) et des gens inattendus et les mélanger aux acteurs : Jean-Claude Remolleux et Anthony Perkins par exemple. Il est rare de voir une adaptation de grand roman se hisser à la hauteur de l’écrit. Ici c’est flagrant, Welles rattrape Kafka et je dirais même, le dépasse. C’est moi qui le dis, allez donc le voir.

Et en passant revoyez le Troisième Homme qui n’est pas de, mais avec Welles, et ah ! la musique….