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Sophie Accard, metteuse en scène

Sous le signe du hasard

Découverte à Avignon, Sophie Accard aime l’idée que rien ne soit défini à l’avance, se laissant guider par les hasards de la vie, trop curieuse de ce que celle-ci peut lui offrir. Rêvait-elle enfant de monter sur les planches ? Pas du tout, elle s’imaginait pilote de précision. Et c’est en passant des castings, qu’elle se rendit compte que jouer la comédie… et bien, ça lui plaisait ! Des Enfants Terribles au cours Simon pendant trois ans, Sophie y évolua comme un poisson dans l’eau. Ce métier de comédienne adhérait parfaitement à sa personnalité non routinière, aiguisée à l’impromptu. Et pour ne pas déroger à la règle, une fois de plus, c’est le hasard qui lui amena sa première mise en scène. Elle se découvrit alors dans un tout nouveau rôle qui désormais, ne la quitte plus.  Avec Leonard Prain, son complice rencontré sur les bancs des cours Simon, ils montent ensemble leur compagnie C’est-pas-du-jeu. Le potentiel érotique de ma femme, adaptation du roman de David Foenkinos, (l’auteur de La Délicatesse, Charlotte, Jalouse…) est leur 5ème création.

Dès sa lecture, Sophie eut un véritable coup de foudre et tout de suite l’envie de faire vivre ses personnages au théâtre. Là encore, une rencontre littéraire fortuite.  Un proche parent lui avait conseillé de lire cette histoire un peu folle d’Hector, un collectionneur maladif (de badges de campagne électorale en passant par les dictons croates) qui décide, un beau jour, de tout arrêter et de se sevrer. Se croyant enfin guéri, sa rencontre avec Brigitte va réveiller chez lui sa collectionnite d’une manière plutôt inattendue.  A la troisième page, Sophie sut qu’elle tenait dans les mains leur futur projet. Un pari fou, car non seulement, il fallait obtenir les droits du livre chez Gallimard mais aussi, le repenser avec son coéquipier Léonard Prain en objet théâtral. Dès le départ, Sophie Accard a toujours une idée assez précise, des images, une couleur, une vision du projet mais là, il lui fallait résister à la tentation de tout garder. Le plus dur pour elle fut donc de devoir trancher dans le texte sans toutefois toucher à la galerie de personnages.  L’autre défi, face à la quasi-absence de dialogues dans le roman, fut pour eux de les réinventer en volant en quelque sorte le stylo de David Foenkinos sans qu’on ne puisse dissocier les deux.  Une lecture sur table organisée au Lucernaire en présence de l’auteur totalement emballé et ce conte pour adultes se retrouva propulsé au cœur même d’Avignon 2018. La mise en scène époustouflante, classieuse et délicate, respectant l’univers décalé de l’auteur, enchaîne avec rythme soutenu près de 40 tableaux. Une ingénieuse scénographie calée au millimètre près, car si les hasards de la vie agrémentent la philosophie de Sophie Accard, sa mise en scène, quant à elle, est parfaitement calibrée comme ces numéros de magie qui ne cessent de nous étonner par leurs astuces, leur rapidité de changement de décors, de costumes. On s’en émerveille tout autant qu’on en savoure les drolatiques mésaventures de Hector et l’interprétation des comédiens qui excellent tous dans les différents rôles qu’ils endossent au fur et à mesure. La voix off du conteur-narrateur nous accompagne, nous faisant découvrir les pans de cette histoire, libérant aussi une thématique plus tendre moins évidente, touchante, la solitude des gens, une thématique ultra sensible à Sophie. Elle qui aime tant regarder les passants dans la rue, dans le métro… cette source inépuisable d’inspiration comme elle le dit, cette manière de renifler ou bien encore toutes ces petites manies humaines qu’elles réinjecte ensuite dans ses créations et qui font tout le charme, la justesse et donne le sel de la vie.

Sabine Hogrel,  Paris le 29/08/2018

« Le potentiel érotique de ma femme »,Theâtre 13, 103 A, Boulevard Auguste Blanqui, 75013 Paris, du 28 août au 7 Octobre 2018, 20h ou 16 selon les jours, durée 1h20