Ahmed Youssef – L’Origine du Monde de Courbet – Un destin égyptien
Par Mylène Vignon
Ahmed Youssef, un ami de quelque 25 ans, dresse ici l’épopée fantastique d’un tableau sulfureux. Un peintre en exil, un diplomate égyptien conspirateur, l’ombre discrète des Empereurs… Entre alcôves parisiennes et croustillantes intrigues orientales, l’Origine du monde devient bien au-delà d’une œuvre : la pièce maîtresse d’un jeu de pouvoir aux multiples enjeux. Ahmed Youssef en conteur hors normes, nous entraîne dans les coulisses brûlantes du Second Empire, là ou l’art se confond avec la politique, et où une toile scandaleuse défie les complots et les siècles jusqu’à se retrouver au musée d’Orsay, inaugurée en 1995 par Philippe Douste-Blazy ministre de la Culture en poste à l’époque.
Je retrouve dans cet essai d’à peine plus d’une centaine de pages, une concentration d’événements décrits avec cette plume flamboyante et passionnée, que j’aime à retrouver dans la littérature de cet auteur élégant. Par exemple, lisons cet extrait recueilli page 17 :
Ainsi l’histoire de l’Origine du monde n’est pas seulement celle d’une femme livrant son intimité à la postérité. Elle est aussi, et peut-être surtout, celle d’autres femmes – françaises et égyptiennes du XIXe siècle – qui pesèrent sur le destin du tableau. Ainsi, elle continue aujourd’hui encore d’interroger le féminisme et d’influencer les rapports toujours sensibles entre nos deux civilisations.
Tout commença un jour à Paris, lorsque le glorieux maréchal Soult recevait dans son bureau de jeunes égyptiens venus se former à l’art militaire moderne. Parmi eux, un adolescent aux longs cheveux attira son attention : Khalil Chérif. C’est lui, quelques années plus tard, qui allait commander à Gustave Courbet ce tableau au titre si biblique : L’Origine du Monde.
« Même pour le simple envol d’un papillon, dira Paul Claudel, tout le ciel était nécessaire. »
À treize ans déjà, devant le maréchal, le prince Khalil semblait avoir besoin de nombreux cieux.
J’ai adoré aussi retrouver ce long poème signé Ernest Feydau si délicieusement érotique, conservé dans les archives de Castagnary, et qui se trouve actuellement dans les fonds de la BnF sous le titre : Ne soulève pas le rideau…
Le docteur Ahmed Youssef est originaire d’Alexandrie, en Égypte. Au carrefour des disciplines, il est l’auteur de plusieurs ouvrages reconnus, dont « Bonaparta Napoléon, une passion arabe ? » (Prix Maugin de l’académie des sciences morales et politiques en 2024) et Bonaparte et Mahomet » traduit en plusieurs langues. Il est également le traducteur en arabe de la monumentale « Correspondance de Bonaparte en Égypte », publié par l’Institut d’Égypte, dont il a été élu membre en 2015. En 2005, il a été promu chevalier des Arts et des Lettres de la République française. Il est l’auteur de nombreux essais et romans, que j’ai aimé découvrir au fil des ans.
Saisons de Culture ne manquera pas de faire circuler les informations concernant les prochaines dédicaces.
Éditions LYRE DE MERCURE
