Lettres

Voir et revoir Séville

Par Thierry Berthé

Loin de la Semaine Sainte et de la Feria où sévit désormais le sur-tourisme, je vous propose une escapade d’octobre à Séville, période relativement tranquille pour voir ou revoir la belle capitale andalouse.

Notre découverte commence par une longue promenade au long des rives du capricieux Guadalquivir qui, depuis la Torre del Oro au sud, témoin des fortifications Almohades du 12ème siècle, nous conduit à la réplique du navire de Magellan puis aux grandes structures de l’exposition universelle de 1992, pour nous mener au nord de la cité, jusqu’à l’arc de Macarena et aux importants vestiges de la muraille almohade qui enserre la ville musulmane. A deux pas, les sévillans ont construit en 1949 l’étonnante basilique de la Macarena, parfait pastiche de l’art baroque qui accueille la fastueuse « Virgen de la Macarena », incontestable vedette de la Semaine Sainte. Via la place Hercules et ses quatre colonnes éponymes, nous gagnons le « Museo de las Bellas Artes » devant lequel trône la statue du peintre Murillo. Installé dans l’ancien couvent de la « Merced Calzada » depuis plus de 150 ans, il offre aux visiteurs des œuvres de peintres majeurs (Le Greco, Francisco Pacheco, Velasquez, Murillo, Valdez Leal ou Zurbaràn) et de sculpteurs de renom (Pedro Millan, Pietro Torrigiano).

Non loin, le « Centro » qui concentre la vie commerciale s’anime jusque tard en soirée alors que la fraîcheur revient. Rues pittoresques, immeubles cossus, et tradition des mosaïques murales s’offrent alors aux passants.

A deux pas du Centro, il faut rendre visite aux mânes de la duchesse Cayetana Fitz-Stuart d’Albe, qui magnifia le « Palacio de las Duenas » bâti au 15ème siècle en mêlant les styles gothique, renaissance et mudejar, d’inspiration islamo-gothique. Le jardin, le grand patio à double colonne, les plafonds mudejar, la chapelle, la Bibliothèque de la Duchesse, le patio des citronniers ou encore les écuries, autant de trésors qui méritent notre attention et font notre bonheur.

Au cœur de Séville et jouxtant la Cathédrale s’élève la Giralda, tour emblématique haute de 97 mètres. Elle fut bâtie en 1184 et, au-delà des siècles, demeure le symbole de la puissance du pouvoir musulman des Almohades, chassés par la reconquête des rois catholiques en 1248. Elle fut agrémentée au 16ème siècle d’un campanile maniériste qui abrite les 25 cloches qui enchantent toujours la vieille cité.

« Santa Maria de la Sede » est la plus grande cathédrale gothique du monde ! Entre 1405 et 1504, elle fut bâtie à l’emplacement de la grande mosquée almohade. De la masse énorme de l’édifice émergent de magnifiques portes (du Pardon, de San Cristobal…) et quantité de tours, tourelles et pinacles. L’intérieur est grandiose, les voûtes s’élèvent à 50 m, deux orgues du 18ème entourent le chœur et d’innombrables chapelles recèlent des trésors de peinture et de sculpture réalisés par de grands artistes espagnols (Murillo, Pacheco, Valdès de Leal, Zurbaràn…) Il faut admirer le gigantesque retable – aux 45 panneaux sculptés couverts d’ors – qui relate la vie du Christ. Il faut y contempler le dôme de la salle du Chapitre, le trésor de la grande sacristie et son ostensoir d’argent massif, les stalles du chœur et la « Virgen » qui attend patiemment les processions de la Semaine Sainte. Mais il faut, par-dessus tout, porter un admiratif sur le tombeau de Christophe Colomb, à la puissance incroyable. Il est installé dans le transept sud depuis 1898. Les porteurs du cercueil y représentent les quatre provinces d’alors : la Castille, la Navarre, le Leon et l’Aragon.

En sortant de la cathédrale par la « Plaza Virgen de los Reyes », apparait le « Palacio Arzobispal » daté du 17ème siècle et offrant un magnifique patio, il accueille désormais le siège de la Junte régionale d’Andalousie. Derrière l’Alcazar, on admire le « Palacio San Telmo » (18ème) qui abrite le siège de l’université. Le contraste est saisissant et la polémique fut fracassante lorsque fut bâti, au cœur même du « Centro », le « Metropol parasol » qui dresse ses étonnants champignons de bois à 26 mètres au-dessus de la ville.

Rendons-nous alors vers le parc « Maria Luisa », au sud-est, pour y admirer les constructions élevées pour la foire internationale hispano-américaine de 1929 qui connut un terrible revers. Elle nous a laissé admirer cependant le théâtre Lope de Vega, de couleur jaune tendre et surtout la « Plaza de Espana », énorme édifice bordé de deux tours de 86 mètres qui s’enroule autour d’un bassin traversé de deux ponts d’inspiration vénitienne. C’est l’un des lieux de promenade favoris des sévillans.

Nous sommes alors attendus au palais royal de l’Alcazar haut lieu de la magnificence de la Reconquête catholique, à partir de 1248. Le palais de Yeso porte toujours la facture de l’époque musulmane des souverains Almohades. Cependant, le morceau de choix est bien le palais de Pierre 1er. Bâti par un roi catholique, il s’inspire du passé musulman et porte le flambeau du style mudejar. Il faut admirer le patio des Demoiselles développé autour de son bassin aux reflets subtils, la salle des ambassadeurs et sa coupole de bois rehaussée de milliers de miroirs lui donnant un éclat incomparable puis y contempler les incroyables « yeseras », complexes décors de stuc qui ont traversé les siècles. Il ne faut pas pour autant négliger le palais gothique. Construit au 17ème siècle, on y déambule de la chapelle Saint Clément à la salle des voûtes d’Alfonso XIII pour se repaître des azulejos, ces mosaïques si abondantes outre Pyrénées. Nos pas nous mènent alors vers le somptueux jardin aux multiples espaces qui nous font musarder entre bassins, allées intimes et ombragées de palmiers géants, ou recoins intimes mais flamboyants.

Au sortir de l’éblouissant Palais, il faut se perdre dans les ruelles du « Barrio de Santa Cruz » entre ruelles aux maisons blanches, petites places ensoleillées et patios ravissants. Les bars à tapas y sont légion et bien accueillants.

Avant de quitter Séville et sa douce chaleur d’automne, il convient de flâner dans le quartier de « Las Arenas » qui bruisse de la vie tauromachique espagnole et où, à la terrasse des innombrables bistrots, on refait la course d’hier en spéculant sur celle de demain. On se doit enfin d’assister à un spectacle traditionnel de flamenco où les couleurs vives le disputent au chant rauque, au claquement des pas sur le parquet et où les amples robes virevoltent en tournoyant et, parfois même, s’envolent.

De retour, il ne nous reste plus qu’à rêver d’un futur voyage.

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