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Les coups de cœurs d’Esther Ségal

Bernard GAST / la révélation morcelée

« Unique apparition d’un lointain aussi proche soit-il »… L’une des citations les plus célèbres de Walter Benjamin trouve un nouvel « éclairage auratique » dans la démarche artistique de Bernard GAST. L’univers polymorphe de cet artiste chercheur et psychanalyste mêle et démêle les concepts et médiums les plus variés : peinture, photo, cinéma… Je ne veux pas choisir ! dit l’artiste. D’un regard surréaliste, sa vision est de rendre indissociable les différentes pratiques en les rassemblant par l’écriture d’un ouvrage manifeste : peindre avec le cinéma.

Renouant visuellement avec les différents courants artistiques, il s’interroge sur la place de la peinture aujourd’hui dans une volonté de s’affranchir des évidences ancrées dans nos esprits. J’ai libéré la peinture de sa matière (1) en utilisant le cinéma sous forme d’un tirage unique photographique, comme si la matière réelle : pigment, film, papier n’avait plus d’importance et pouvait être remplacée par une unique matière peau (2) fantasmée et symbolique.
Car son œuvre est sous le signe de la dimension fantasmatique et symbolique. On y retrouve toutes les interrogations artistiques contemporaines : la résonnance, la figuration, la résilience, l’hybridation, la revenance au travers d’un foisonnement visuel. Les images se multiplient à l’infini, s’imbriquent, se rassemblent et se ressemblent dans une mise en abîme où l’on a qu’un seul désir, celui de plonger dans cet univers microscopique pour y découvrir quelque chose d’autre…. quelque chose que nous n’avions pas vu…
Il ne s’agit pas ici de retrouver l’arme du crime en agrandissant l’image photographique comme il est le cas dans le film « Blow up » d’Antonioni mais d’y découvrir peut-être la trace d’une existence. Tout comme le St Suaire devint la preuve tangible du passage sur terre d’un homme hors du commun, l’univers de Bernard GAST semble être le possible intercesseur historique avec une altérité sans visage. C’est dans l’accumulation, la répétition de ces instants volés au cinéma qu’il compose ou cherche à recomposer une histoire « collectivement intime ». C’est dans une image contée, racontée, morcelée, que semble se révéler la trace d’un corps dérobé au vide.
« Il était une fois » nous raconte l’artiste, l’histoire d’une mère peinture et de ses enfants le cinéma et la photo… (3) qui pris dans le fil(s) d’une bobine fictionnelle, cherchaient au travers de la répétition iconique : la vie, l’ADN, le mouvement d’une intuition, d’un instinct de filiation… Ainsi, images après images, formes après formes, couleurs après couleurs, apparaissait, disparaissait, dans un battement de paupières, une parenté unique, idéale où le monde sous toutes ses formes serait là, dans ce point nodal, dans cette image microscopique tenue entre les doigts de Bernard GAST. Un monde qui embrasserait la parole, les arts, les différentes expressions artistiques et que je vous invite à découvrir sans plus tarder, en podcast, sur 100.7 fréquence protestante, dans « La parole est à l’artiste » par Esther Ségal (Émission du 29 septembre 2018 / 17H)

(1), (2), (3) Propos de l’artiste.