Arts

Chronique n° 14 d’Alain Pusel

Quitte à commencer, faisons-le par la fin

Commencer par la fin.
Ce serait assez drôle.
L’année débuterait le 14 juillet, la Fête Nationale serait la nouvelle Saint Sylvestre — ce serait rigolo ; avoir la peau hâlée en début d’année ne serait plus l’apanage des plus aisés…

Commencer par la fin de cette pandémie ?

Ce serait plaisant, voire plus.

On aurait alors des Ministres de la Santé étonnamment compétents, les uns plus que les autres ; ils envisageraient tour à tour, dans des émissions de fin de soirée, sur une chaîne publique en passe d’effacement, que le risque d’une épidémie importante est possible ; des photos de canards, de chauve-souris et de pangolins à l’appui. Les gens dépressifs, affalés dans leurs canapés et dans leur jus d’anxiolytique lèveraient, devant leur écran, une paupière souriante pour un œil goguenard.

Les journalistes ne débusqueraient pas chaque semaine un nouveau spécimen (humain) d’épidémiologiste de renommée mondiale — quoique français, qui expliquerait à chaque fois une autre version de l’évolution du virus, vu que ce serait l’évolution finale et le sachem marseillais à cheveux longs deviendrait alors la mascotte du Vélodrome — un chercheur version peluche dédiée aux grands câlins de supporters, juste pour embêter les Parisiens. (de supporters)

Ensuite, en accélérant le processus, chacun commencerait par sa mort, au lieu de s’y préparer toute sa vie…

Ce serait poilant — pas vrai ?

Alors, comme toutes ces belles choses ne sont pas encore prêtes à se produire, il nous reste à nous pencher sur quelques cas bien aboutis en la matière.

Le bon sens populaire a quand même l’air de s’y retrouver ; la fin signifie-t-elle spontanément plus que tous les moyens pour y parvenir ?

Parler du terme enjolive-t-il les étapes ?

Donner le dénouement aide-t-il à rehausser le niveau de tous les actes ?

Alors, il y a celui qui ose tout dès le début et celui qui ose bien vers le milieu… de sa carrière.

En 1978, après deux échecs commerciaux consécutifs Daniel Balavoine, quasi inconnu du grand public (quelle belle tournure) raconte dans son (enfin) premier tube Le chanteur, l’aventure d’un chanteur qui va connaître la célébrité, plaire aux filles et rapidement sortir des radars de la chanson et de sa propre existence : J’veux mourir malheureux pour ne rien regretter…

C’est une parabole : on s’élève et on redescend, rien à dire ; le succès, le triomphe, les femmes, la gloire et puis au revoir. Mais c’est ainsi que Balavoine rencontre le succès. En racontant l’histoire d’un chanteur à succès qui se termine vite. Un adieu qui lui sert de ticket d’entrée pour le vedettariat, de tremplin pour une belle carrière.

En 1975, Michel Delpech est, lui, un chanteur qui a réussi, très tôt, et il raconte dans Quand j’étais chanteur ce qu’il pourrait vivre, plus tard, retiré, vieux avec ses souvenirs :  Ma pauvre Cécile, j’ai 73 ans… . Là aussi, tube : on ne le croit pas vraiment, il est encore jeune et talentueux, mais comme une Cassandre, il raconte au public ce qu’il en sera un jour d’un type comme lui, à qui tout souriait.

La fin, c’est le début chante l’un ; la fin, c’est toujours bientôt raconte l’autre.

Les deux histoires touchent l’oreille et le cœur du public.

Dis-moi tout, raconte — moi tout et surtout la fin, et ensuite je pourrai enfin faire de beaux rêves. En rembobinant les meilleures images.

Il était une fois… et ma foi quand c’est fini, c’est vraiment mieux. Ça impressionne.

Tiens. On commencerait par déconfiner…

(Le confinement viendrait longtemps après)

Chiche ?