Festival-67ème

Sucres de Cannes Par Katy Sroussy

Le Cinéphile ébloui, happé par un tourbillon d’émotions,  se retrouve dans une autre dimension : son rêve d’adolescence se réalise chaque année en accédant au Festival de Cannes, temple du Cinéma.
Ce passionné commence son voyage cinématographique dans un train et ne rencontre dans son compartiment, ce jour là,  que des personnes qui oeuvrent pour  le 7ème Art : coiffeur de stars, réalisateur de films et court- métrages, ingénieur du son, acteur, producteur.  Chacun discute et parle de son métier en partageant son savoir tout simplement.

Dès que la locomotive frôle le quai à l’arrivée, il saute du train. Revigoré par une météo douce et clémente, sa cavalcade effrénée démarre :
file interminable au  bureau des accréditations après la fatigue du voyage, course aux invitations, engouement pour assister à la projection du premier film sélectionné, les foules déchaînées à contourner, la montée des Marches, les soirées…
Attente, patience, disponibilité, détermination, santé et folie seront les clefs d’un Festival réussi.
Son itinéraire cannois  s’organise autour des films sélectionnés à voir absolument. Curieux et avide, animé d’une excitation préalable et d’une addiction au cinéma,  il est prêt les dévorer  un par un, et la délicieuse hystérie opère. Il fait partie désormais du doux subterfuge  de  la Jet Set : un  monde  fascinant de célébrités, de stars, de princes et princesses, un vrai conte de fées où l’on fait semblant car tout est artifice ; mais  il a obtenu un rôle, le temps du Festival.
Malgré ces simulacres pailletés, il ne perd pas de vue l’univers filmique qui reste sa priorité et il organise  son parcours  avec pragmatisme.
Ici, Glamour et Cinéphilie vivent en parfaite harmonie autour du Tapis Rouge et de la Croisette, dans la lignée de la tradition hollywoodienne.
Jane Campion, remarquable réalisatrice, est présidente du Jury, Lambert Wilson, maître de cérémonie présente le  film controversé mais choisi pour la cérémonie d’ouverture de la 67éme édition : Grace de Monaco de Olivier Dahan.
Cette année, la sélection est perlée. Les réalisateurs internationaux, triés sur le volet, représentent leur  pays ainsi qu’un éventail de générations,  du plus jeune, Xavier Dolan, canadien, 25 ans, au plus âgé Jean Luc Godard, franco-suisse, 83 ans.

Le 67ème sera le dernier festival de Gilles Jacob, confident des
cinéastes du monde et directeur depuis 1970. Homme  passionné, innovateur et créateur du plus grand événement culturel mondial, il exprime dans son dernier discours tout son amour pour le cinéma qui a mobilisé toutes ses pensées et toute l’énergie d’une vie.

Tous les matins, le cinéphile averti se précipite vers le Palais, dans la  rosée de l’aube, stimulé par le murmure des vagues du bord de mer, badge et invitations à la main,  il assiste aux séances de la sélection, dès 8h, le Film Français du jour, sous le bras. Il gravit rapidement les marches mythiques et atteint enfin  la salle sublime du Grand Théâtre Lumière où il lutte encore un peu pour être correctement placé. La course incessante se poursuit avec les films auxquels il a accès, grâce à son inestimable accréditation.
Il se doit de jouer le jeu à Cannes, comme nulle part ailleurs, et malgré l’épuisement, cela le comble de bonheur, de satisfaction et de fierté.
Cette année il a eu la chance d’assister chronologiquement aux projections suivantes, en laissant un mot d’appréciation :
La Chambre Bleue(CR) de Mathieu Almaric- bonne musique et petite
ambiance hitchcockienne.
Respire(SC) de Mélanie Laurent- jeunes et belles jeunes filles
à problèmes familiaux et  psychologiques.
Gett,Le Procès de Viviane Amsalem(Q)de Ronit et Schlomi Elkabetz
-force d’une femme face à la loi, qui reste debout.
Bande de Filles(Q)de Céline Sciamma-rapports de force dans les
cités, détermination d’une jeune fille.
Mr Turner(C) de Mike Leigh- joli film historique, beaux paysages,
bons acteurs.
Timbuktu(C) de Abderrahmane Sissako- Film très fort et sensible.
Captives(C) de Atom Egoyan- intrigue angoissante dans une région
froide et isolée.
Self Made(SC) de Shira Geffen  -dénonce les absurdités de la vie de
deux femmes, l’une israélienne, l’autre palestinienne,
dans un environnement d’art contemporain.
Catch me Daddy(Q) de Daniel Wolfe-violence dans des quartiers
glauques de Londres.
Saint Laurent(C)de Bertrand Bonello- bonne mise en scène.
Relatos Salvajes, Wild Tales(C)de Damian Szifron-6 sketches,
certains désopilants.

The Homesman(C) de Tommy Lee Jones- belle photographie pour ce
road  movie , rudesse des personnages et des paysages.
The disappearance of Eleanor Rigby(CR) de Ned Benson-reflexions
sur un jeune couple en reconstruction et leur point de vue respectif.
Foxcatcher(C) de Bennett Miller-fait divers terrible: destin tragique
d’une équipe olympique de lutte  gréco-romaine, mise en
scène remarquée.
Maps of the Stars(C) de David Cronenberg-enfants stars et névroses.
Turist, Force Majeure(CR)de Ruben Östlund-excellent film sur les
les relations humaines face à une  situation impromptue
ou inattendue.
Deux jours, une nuit(C)de Jean Pierre et Luc Dardenne-
analyse des difficultés au travail, actrice touchante.
Gui Laï, Coming Home(HC)de Zhang Zimou –histoire attendrissante.
Still the Water(C)de Naomi Kawase-rapports à la mère d’un fils,
relation fille-mère et lutte avec les éléments naturels.
The Search(C)de Michel Hazanavicius-mélo sur une guerre.
L’Homme qu’on Aimait Trop(HC)de André Téchiné-analyse de
l’ambiguïté des individus.
Jimmy’s Hall(C)de Ken Loach-se bat contre l’église et les préjugés.
Mommy(C)de Xavier Dolan-remarquables actrices.
Xenia(CR)de Panos Koutras-très bon scénario.
Adieu au Langage(C)de Jean Luc Godard-expérimental.

Son seul regret est d’avoir manqué le film qui a obtenu la Palme d’Or,
Winter Sleep de Nuri Bilge Ceylan.

(C)compétition  (CR)un certain regard  (HC)hors compétition  (Q)quinzaine des réalisateurs  (SC)semaine de la critique

Il a trouvé pourtant, entre deux projections, le temps de participer à la MasterClass de Sophia Loren, de croiser Thierry Frémaux, de déjeuner au Yacht Club du Palm Beach, de nager aux Belles Rives, l’ancienne demeure de Fitzgerald, de dîner au Caveau, d’aller à des soirées sur les plages du Majestic et du Gray d’Albion, de rencontrer des amis : Camille Cottin, Antoine Martin, Abderrahmane Sissoko, Jenkell, Sandra Gilardo et DomDom Le Romain, René LePesant, Hélène et Philippe Lefelle, blog : « lecinedephilippe » et d’avoir de grandes discussions professionnelles avec:

-Michel Humbert, exploitant à Nancy, Le Caméo, président du syndicat SCARE et très investi à l’AFCAE, devient dès lors un passeur…
-Mathias Gaudin, formidable programmateur de cinémas d’Art et d’Essai, particulièrement engagé et représentant de l’AFCAE, ardent défenseur du bon cinéma.
-Marc Sandberg, héritier et détenteur des films muets Eclair, fondateur de Emetcom et responsable de la traçabilité financière de projets et de réalisations cinématograpiques, site : cinefinances.
-Adrien Perreau, homme de culture, Membre du conseil d’administration de la Commission du Film d’Ile de France, membre fondateur, et en tant que rapporteur du budget « il insiste pour que la mise en place se fasse dès l’origine sous le statut d’EPCC-Etablissement public de Coopération Culturelle- et a travaillé  avec les sénateurs pour la création de l’établissement ». Ainsi cette commission fut la première structure en France, à être dotée de ce statut. Adrien Perreau, fidèle de la plage du Carlton, cite, par ailleurs, Barbara Carlotti : « Quinze jours à Cannes, tout est possible. »
-Le responsable des projections du festival, Pierre William Glenn.
-Céline Rébo, responsable de la société de fabrication de fauteuils pour les salles prestigieuses : cinémas, théâtres et opéras, et responsable d’aménagement de boutiques de Haute Couture.
-Colette Ouanounou, réalisatrice.
-Felix Lenoir, de Elzevir Productions.
-Marianne Borgo, à propos de son court métrage : Les Touristes.

Ce 67ème Festival fut éreintant mais tellement riche, passionnant, sucré, croquant et craquant, tel une gourmandise précieuse et raffinée.