Arts

Les coups de cœur d’Esther Ségal

Rose ou le cri silencieux

Rose Sznajder est une artiste tout en pudeur. D’origine polonaise, née en France et ayant grandi au Venezuela, son début de vie est intimement lié au voyage,  à l’histoire, à une quête identitaire qu’elle traverse dans un cri silencieux. Ce cri silencieux va trouver en l’art, un corps transitionnel et l’image photographique va devenir son langage poétique mais surtout romantique, au sens d’une narration picturale racontant au travers de symboles voilés, sa posture face à l’existence. Son art est à l’image de sa vie, un long voyage qu’elle aime appeler « aventure». Par l’intermédiaire de la dissolution et de l’abstraction, qu’elle soit floue ou nette, elle cultive une dimension auratique où le lointain reste lointain aussi proche soit-il. Car son accès à la création, mais aussi au corps sublimé qu’est l’œuvre est traversé par un désir… non de voir mais d’entendre… et souvent elle se tient symboliquement sur le seuil de sa création, devant un mur, une porte, une ligne d’horizon, un flou énigmatique tentant d’écouter le « bruit » de ses œuvres. Elle le dit elle-même : il faut que cela me parle

Son univers est ainsi tout en retenue et dans l’évocation, voir l’invocation, dans le désir magique que l’image choisisse pour elle comme si elle s’en remettait à une forme de destinée, une forme de déterminisme plein d’espoir, de hasard et de vie. La photographie semble être une forme de rituel de passage du monde de l’Art au monde de Rose. Une pensée magique, un catalyseur psychique et plastique, une conjuration photographique où les objets deviennent transitionnels et participent de ce rituel de passage, de ce rituel de « remembrance » entre le visible et l’invisible. Poupée au corps absent, robe fantôme flottant au vent, pierre en lévitation, navire glissant au loin sur la ligne de l’horizon, autant de symboles passeurs intercédant avec un au-delà secret, lieu  d’une mémoire interdite. L’artiste pratique l’abstraction, celle du corps mais aussi l’abstraction d’elle-même. Enfance cachée derrière ses images, enfance cachée derrière la porte, elle attend avec ferveur que cette dernière s’ouvre…

À découvrir sans plus tarder, en podcast, sur 100.7 Fréquence Protestante, dans « La parole est à l’artiste »  (Émission / Esther Ségal du samedi 30 novembre 2019 / 19H)