Portraits

Nikos Talbi – Lykakis

Entretien avec Mylène Vignon

J’ai rencontré Nikos par le prisme du scénario, grâce à Sabine Hogrel, avec laquelle il coproduira  Nobody is perfect fin 2019. Ce fut immédiatement le ressenti avéré de ce qui allait devenir une  belle aventure humaine.

Nikos est l’aîné d’une famille nombreuse ; une mère grecque et un père Kabyle, c’est dire à quel point il a grandi sur la scène colorée de la vie !

Dès l’âge de sept ans, il découvre le théâtre à l’école et admire ce monde de l’imaginaire,  qui rapidement s’inscrira dans sa pensée.

Naît alors un amour indéfectible pour les mots et la poésie. Sa préférence ira à Charles Baudelaire, Georges Perec et Victor Hugo. Il écrit alors des scénarios et rêve de mettre les Dieux grecs à l’image.

L’idée de produire est arrivée par une rencontre avec une jeune troupe La compagnie de la Boîte aux Lettres, qui proposait un Marivaux revisité : Les jeux de l’amour et du hasard. Tombé immédiatement amoureux du spectacle et de l’équipe, il a décidé de produire sous le nom du Coq Héron.

Depuis, cette délicate discipline artistique a donné un vrai sens à sa vie, bien que le doute et l’émerveillement se suivent en permanence dans son cerveau sans cesse en gestation.

Homme de coups de cœur, il se prend de passion pour l’opéra. Un véritable syndrome de Stendhal s’empare de lui en écoutant Casse Noisette. Il y découvre la beauté absolue de la musique et de la danse. Il est émerveillé par Pina Bausch, lors de la biennale de la danse à Lyon.

Aujourd’hui, il a accompli le miracle de faire de cette passion son métier et de fait,  l’envie lui est venue de créer des spectacles pluridisciplinaires.

Il arrive de San Francisco où il a accompagné Les Jeux de l’amour et du hasard, encore un peu déboussolé par le décalage horaire, mais l’esprit vif, dans l’ambiance théâtre de son bureau de la rue Cambon à Paris.

En 2019,  Le Coq Héron produit huit spectacles à Avignon. Il porte personnellement deux Pinter : Trahison et l’Amant, puis L’influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine, d’après Ruben Ogien, La dernière heure de Marie – Antoinette de, et par Bunny Godillot, à partir de la correspondance de Marie – Antoinette.

L’économie du théâtre est une économie fragile. Il faut avoir des ressources et un lieu à soi, pour produire des spectacles et avoir les résonances de la diffusion, les tournées et la valorisation.

Lorsque je lui demande ce qui le touche particulièrement, à l’aune de ce parcours initiatique, il me répond qu’il est profondément ému par l’hypersensibilité,  en citant l’exemple de Mike Tyson, le boxeur au grand cœur.  Toujours en 2019, il crée le théâtre La Scène Parisienne, auquel Saisons de Culture souhaite une longue et belle vie.