Lettres

L’Art et le Fric : La beauté est-elle le dernier placement sûr ?

Propose recueillis par Mylène Vignon

On l’a dit inutile, on l’a cru réservé aux initiés. Pourtant, l’art s’impose aujourd’hui comme l’un des actifs les plus solides de notre économie. Dans son dernier essai, L’art et le fric, Pascal Naulet-Pallard nous invite à redécouvrir le marché de l’art : un territoire où l’émotion et la raison ne font plus qu’un.

L’histoire nous l’enseigne : alors que les empires vacillent et que les monnaies s’essoufflent, l’art, lui, ne s’effondre jamais. Mieux que l’or, il traverse les crises avec une résilience qui force l’admiration. C’est cette thèse, à la fois provocante et pragmatique, que défend Pascal Naulet-Pallard. Pour cet expert, investir dans la beauté n’est pas une coquetterie, c’est une stratégie.

Le coup de foudre comme boussole

Tout commence souvent par un choc visuel. Devant un tableau, l’achat n’est jamais tout à fait rationnel ; il est viscéral, porté par un désir ou une histoire personnelle. Mais loin d’obscurcir le jugement, cette dimension émotionnelle en est le socle. Car contrairement à une action boursière qui peut se volatiliser, une œuvre demeure. Elle reste cet objet aimé, exposé, qui habite un intérieur avant de traverser le temps.

Cependant, le marché a ses ombres. L’auteur met en garde contre les « feux de paille » du marketing contemporain et les artistes à la mode dont la cote s’évapore aussi vite qu’elle a grimpé. La règle d’or ? Se faire l’œil. Fréquenter les musées, comprendre les techniques et s’appuyer sur les valeurs refuges — de l’Impressionnisme à l’Art Moderne — qui restent, de Monet à Picasso, les piliers de toute collection sérieuse.

Un patrimoine vivant

Au-delà du plaisir, l’art s’avère être un outil de gestion patrimoniale d’une efficacité redoutable. Fiscalité allégée, absence d’IFI, transmission facilitée : rares sont les actifs qui cumulent autant d’avantages tout en offrant une telle mobilité internationale. Une œuvre n’est pas un objet figé ; elle circule, génère des droits, peut servir de garantie bancaire ou renforcer l’image d’un patrimoine privé.

Réussir dans ce monde exige pourtant de la méthode. De la sélection de l’œuvre à sa revente, le rôle du marchand d’art — figure centrale et polyvalente — reste essentiel pour éviter les faux-semblants. En refermant L’art et le fric, on comprend que la rentabilité n’exclut pas la sensibilité. Parier sur l’art, c’est parier sur la culture et sur l’avenir, tout en s’offrant le luxe, selon le mot d’Andy Warhol, de faire de ses affaires un art de vivre.

L’Auteur : Pascal Naulet-Pallard

Ancien styliste devenu courtier international, Pascal Naulet-Pallard a relié durant sa carrière les banques japonaises aux grands collectionneurs français. Spécialiste de la Renaissance italienne et de l’Impressionnisme, membre de l’Institut Modigliani, il met aujourd’hui son regard au service de collections privées.

L’art et le fric. Monet is Money De Pascal Naulet-Pallard (Préface de Véronique Grange-Spahis)

Éditions du Panthéon – 56 pages – 11,50 € Sortie le 13 janvier 2026