Regards

LE COTENTIN DU CAP DE LA HAGUE A GRANVILLE

Par Thierry Berthé

Le Cotentin, hardiment planté dans la Manche tel un phare géant, recèle bien des trésors qui méritent notre attention. Voici une courte incursion vers son noroît qui vous en révélera ou rappellera quelques-uns.

Après avoir traversé Coutances et aperçu l’église Saint-Nicolas (15ème siècle) et la cathédrale gothique Notre Dame, miraculeusement épargnée par la seconde Guerre Mondiale, nous filons sans attendre vers l’ouest de Cherbourg pour amorcer notre périple.

A Urville, se dresse l’ancienne demeure fortifiée de Dur-Ecu, forteresse érigée au 14ème siècle et rebâtie deux siècles plus tard après les destructions de la guerre de Cent Ans. Au-delà, après avoir franchi la Pointe Jardeheu dominée par l’un des principaux sémaphores guidant la navigation en Manche, se dresse au pied d’un coteau la charmante église Saint-Martin (14ème siècle) d’Omonville-la-Petite qui recèle quelques trésors dont un arc triomphal et une poutre de gloire, alors qu’un bas-relief médiéval orne sa façade. Le cimetière du village accueille un hôte illustre, Jacques Prévert, qui vécut ses dernières années en ce lieu paisible jusqu’en 1977.

Au fond de l’anse Saint-Martin, le « Pont des Vaux » abrite l’un des plus petits ports de France, Port-Racine, qui peut accueillir une petite vingtaine d’embarcations accrochées à des filins qui le traversent. Il est tout proche du cap de la Hague dont le sémaphore barre l’horizon. Au large et dûment surveillé par le phare du Gros du Raz, le raz Blanchard révèle sa présence « moutonnante ». C’est le troisième courant d’Europe par sa puissance et il est craint des pêcheurs, des plaisanciers et même des navires de commerce qui croisent en Manche. Du hameau de la Roche, apparaît l’île anglo-normande d’Alderney, distante de 18 milles. Dans un creux de la Hague, se blottit alors le hameau de Goury, serré autour de son abri portuaire et de la bâtisse hexagonale réservée à la vedette de la SNSM. L’ambiance irlandaise, accentuée par les murets de pierre qui délimitent les prés, garantit le dépaysement, alors que la Croix Vendémiaire veille à la fois sur le hameau de Goury, le phare et les navires qui franchissent le raz Blanchard.

En se dirigeant résolument vers le sud, par-delà l’impressionnante usine de retraitement de la Hague, se révèle le spectaculaire Nez de Jobourg qui domine la Manche, vers l’ouest, du haut de ses 129m et referme la baie d’Ecalgrain qui s’étend au nord. S’ouvre alors l’anse de Vauville où la côte passe peu à peu des falaises aux vastes zones dunaires et marécageuses, paradis des moutons, des chevaux et désormais des randonneurs. Depuis Biville et sa curieuse église, plein sud s’avance le cap de Flamenville et le controversé EPR éponyme.

A mi-parcours, au bord d’un havre – une ria de Normandie – se dresse Barneville-Carteret où les pêcheurs, encore nombreux, franchissent une passe délicate à chaque marée. Le cap de Carteret offre une superbe promenade sur un estran immense à marée basse et abrite d’étonnantes cabanes de plage.

Toujours plus au sud, après avoir entre-aperçu le château médiéval de Pirou, rejoignons le havre de Sienne, la plus imposante ria de la côte occidentale du Cotentin. Le petit fleuve côtier prend des airs majestueux pour se jeter dans la Manche entre grasses prairies et cordon dunaire sans fin. Perché sur un éperon, le bourg de Tourville sur Sienne qui domine le cours d’eau, est couronné par l’église Notre-Dame, érigée dès le 12ème siècle et son clocher en « bâtière ». On y admire notamment une touchante Vierge à l’enfant en bois polychrome du 15ème siècle. Sur la grand-place, s’élève la statue de l’Amiral Comte de Tourville qui servit brillamment le Roi-Soleil.

Notre route nous mène enfin à Granville qui, fièrement perchée sur la pointe du Roc, fait face aux îles Chausey distantes de 20 milles. L’austère vieille ville, aux fortes maisons de granite, est prolongée par la citadelle. Elle fut commencée par les Anglais pour isoler le Mont Saint-Michel et érigée dès 1445 après que les Français ont repris la cité aux Anglais et enfin modernisée par Vauban. Louis XIV en fit une cité corsaire, ce que rappelle la statue de Georges-René Pléville le Pelley qui fut même nommé amiral ! A l’extrémité des quartiers militaires qui occupent la citadelle, la pointe du Roc, couronnée de son phare, rappelle les heures sombres de la seconde guerre mondiale.

L’église Notre-Dame (15ème siècle), contribue à l’atmosphère austère de la ville haute. Pourtant son intérieur sobre mais lumineux sait accueillir les pèlerins qui convergent vers le « Mont ». De son parvis, la vue sur la ville basse et le port qui dessert les îles Chausey en une heure, est spectaculaire, le regard se portant vers le sud par-delà les stations balnéaires de Saint-Pair/Mer et Julouville jusqu’à apercevoir la pointe de Champeaux qui referme la baie du Mont Saint-Michel.

Ainsi s’achève ce modeste périple à l’ouest de la Normandie et accompli – les fâcheux devraient-ils en souffrir – sous un soleil persévérant et sans la moindre goutte de pluie à l’horizon.

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Crédit photo : Thierry Berthé