THE EDUCATION OF JANE CUMMING de Sophie Heldman
Par Chantal Laroche Poupard
Dans son second long métrage, Sophie Heldman met en scène des actrices fines et sagaces, une esthétique soignée et un scénario ourlé de suspense présentant une histoire véridique que Marianne Woods et Jane Pirie ont subie. La réalisatrice s’inspire du livre de Lillian Faderman Scotch Verdict : « un verdict écossais » est prononcé quand une affaire n’est pas prouvée- Cette terrible affaire inspirera la pièce de théâtre de Lillian Hellman The Children’s Hour qui sera portée au cinéma en 1961 par William Wyler.
En 1810, dans la campagne vallonée écossaise, une riche et élégante grand-mère Lady Cumming Gordon accompagne ses trois petites-filles dans un petit pensionnat ouvert par deux enseignantes, Jane Pirie et Marianne Woods qui ont réalisé leur rêve d’une vie indépendante.
Une des trois petite-fille, Jane, (Mia Tharia) est née en Inde de la relation extra conjugale du fils décédé de Lady Cumming.
Jane se montre très secrète, mutique, rejetée par ses camarades et reste à l ‘écart des jeunes filles du pensionnat, tandis que l’une des institutrices la prend sous son aile.
Cet état de privilégiée aura des conséquences et la jeune adolescente Jane ne se privera pas de faire circuler une information diffamatoire concernant les deux institutrices. Jane a-t- elle menti ? Que cherche-t-elle ? Qu’a-t-elle entendu pour donner sa version des faits ? Il s’en suivra un procès pour ces deux femmes dont le seul but était de dispenser une pédagogie moderne sans oublier de transmettre les usages conventionnels.
Tandis que Marianne Woods et Jane Pirie, pourtant bardées des meilleures recommandations, devront défendre leur réputation, elles affronteront un scandale et une bataille juridique qui durera plusieurs années et elles perdront même leur école.
Tout au long de film la réalisatrice laisse planer un certain doute ; le spectateur ne sait plus où est la vérité et ce, grâce au montage astucieux du long-métrage. L’intrigue avance dans un rythme intentionnellement très progressif et le scénario est mené avec sagacité et finesse autour d’une société impitoyable d’hommes du début du 19e siècle en Ecosse.
Les éclairages sont précis, la musique étrange, des plans rapprochés sur les visages donnent une ambiance énigmatique à ce film tourné dans une Ecosse traditionnelle, à Edimbourg et dans sa région. Les actrices sont exceptionnelles : Fiona Shaw, dans le rôle de la typique Lady Cumming, que l’on avait déjà vue dans le film September & Julie au DFFBI 2024 ; Clare Dunne dans le rôle de Marianne Woods et Flora Nicholson dans celui de Jane Pirie, dont le jeu perspicace et délicat leur a valu de recevoir « Le Hitchcock de la meilleure interprétation » au DFFBI/ Dinard Festival du Film Britannique et Irlandais 2026. Ce film avait été présenté à la 76e Berlinale 2026, dans la section Panorama.
THE EDUCATION OF JANE CUMMING de Sophie Heldman. Allemagne, Royaume-Uni, Suisse, 114’. Avec Clare Dunne, Mia Tharia, Fiona Shaw Flora Nicholson. DFFBI/ Dinard Festival du Film Britannique et Irlandais 2026.
