Arts

Le Monde – hors série «Un amour de stylo»

Par Sergiusz Chadzynski

Ceux qui annoncèrent  la fin du stylo à plume, qu’il se détrompent, l’histoire continue !

Le stylo à plume  fut jadis un symbole  de la modernité au même titre que l’automobile  ou l’avion, un signe de l’élégance comme les parfums ou les belles robes, une figure  du raffinement comme la poésie ;  il devint populaire et presque indispensable. Les auteurs  célèbres comme G.H. Wells, Colette, Antoine de Saint-Exupéry, Carlos Fuentes ou  Alain Robbe-Grillet écrivaient à la plume. L’arrivée de nouveaux  supports d’écriture sonna le glas et le stylo à plume tomba en disgrâce : trop onéreux, trop compliqué pour qu’on puisse l’employer  quotidiennement et surtout mis à mal par les légions des BIC, par les machines à écrire , par les ordinateurs, par les smartphones, il disparut massivement aussi bien des  trousses des écoliers que des  bureaux des adultes. Réduit au rôle d’un objet de collection, il était dès lors utilisé pour signer les chèques, les contrats commerciaux ou les accords internationaux. Le 5 septembre 2014, à la rentrée scolaire,  on lut dans les pages du «  Parisien » que le stylo-plume avait du plomb dans l’aile et « Europe1 » du 10 septembre surenchérit : « Le stylo à plume vit-il vraiment ses derniers instants ? ».

Heureusement, il est toujours associé à l’idée d’une belle écriture, des textes qui apparaissent  sous la plume comme par enchantement et cette fonctionnalité quasi magique rend l’objet très attractif. Heureusement,  les grandes marques aussi savent adapter leur production au goût de l’époque et suivent la technologie de près, à ce point qu’elles fabriquent des engins intelligents qui savent écrire à l’encre et mémoriser  l’écriture pour la rendre sous forme de fichier à l’ordinateur. Cette prouesse technique marie ce qui est traditionnel avec ce qui relève du futur, ainsi le stylo sous l’apparence « vintage » si chère aux « hipsters » devient l’outil  de la science-fiction qui intéresse les « geeks ».

Malgré donc les  prédictions des pessimistes le public s’intéresse encore au stylo-plume et le numéro hors-série du Monde du 22 novembre 2017 consacré à « un amour de stylo » confirme cette tendance. Le cahier est édité avec un très grand soin typographique, il  contient des textes concernant  des marques comme Montblanc, Dupont, Sheaffer, Waterman, Staedtler,  Namiki et surtout il s’illustre par les  photos de Woytek Konarzewski. Parmi les plusieurs cordes à son arc, Woytek possède le talent de rendre insolites les objets d’utilité quotidienne et exposer leur beauté cachée, grâce à quoi les stylos,  dont le caractère  est déjà spécial,  acquièrent de la splendeur : leurs « portraits » nous montrent ce quelque chose qui permet  les admirer comme des éléments d’art décoratif à part entière.

Le photographe travaille depuis des années avec la fameuse société  « le Stylographe » et il eut tout loisir  d’analyser  les grandes marques et leurs progénitures pour pouvoir extraire l’essentiel de chaque plume, de chaque pointe et de chaque capuchon. Nous pouvons dire que l’esprit de « Saisons  de culture » participa à l’élaboration de la revue par l’intermédiaire de Woytek et de sa styliste Estera Tajber, une raison de plus de se procurer ce numéro hors-série.