Pierre Joliot – bio physicien
Par Mylène Vignon
C’est face à un portrait de son père Frédéric Joliot réalisé par Picasso, que le petit fils de Pierre et Marie Curie nous reçoit dans son appartement parisien. Pierre Joliot ne se souvient pas de sa grand-mère, partie en 1936 lorsqu’il était un très jeune enfant. Pour ma part, je ne l’ai pas connue, mais elle, en revanche m’a connu, dit-il en nous présentant une photo de lui bébé, entouré de ses proches : ses parents, Irene et Frédéric Joliot, sa tante Eve Curie et sa mythique grand-mère Marie Curie.
C’est avec une passion non dissimulée, que le bio physicien nous conte son histoire personnelle. Il prétend avoir été un élève qui ne travaillait pas vraiment à la mesure de ses capacités, mais parvenu à l’âge des grandes décisions, il fallait bien choisir une filière. Le poids de l’investissement de cette famille aux cinq Prix Nobel a pesé sur la balance, et le choix a été vite tranché. L’appel de la science s’est fait entendre et ne l’a plus quitté. Nous nous attardons avec émotion sur les photos de famille. C’est à sa mère, Irène, qu’il doit les documents photographiques les plus importants. Elle possédait le sens de la photo utile. Elle n’en prenait pas des quantités, mais elles étaient toujours classées, datée et annotée. Le célèbre portrait de ses grands parents photographiés par Henri Cartier-Bresson l’a toujours laissé dubitatif. C’est le seul cliché que ses parents avaient reçu, suite à la séance de photos prises dans leur maison. Il était dit que la famille ne les reconnaissait pas.
Pierre Joliot nous confie que sa passionnante carrière a été semée de difficultés à aborder les questions matérielles. Lorsqu’on est patron de laboratoire, il faut se procurer les moyens de pouvoir poursuivre les recherches. Ce n’est sans doute pas la finalité dont le scientifique plutôt idéaliste avait rêvé. Mais depuis ses soixante-dix ans, il se réjouit d’être exonéré de toute charge financière, afin de se consacrer entièrement à sa passion.
Durant toute sa vie, il a fait de nombreuses découvertes qui se révélèrent dans l’aléa du laboratoire. On ne sait jamais ce que l’on trouvera, mais forcément, à force d’acharnement, les résultats sont là, qui nous emmènent souvent vers des pistes inespérées.
Souvent on lui demande pourquoi il n’a pas reçu lui-même le Nobel. Aujourd’hui le monde de la science lui aussi a changé. L’intelligence artificielle a pris le pas sur les outils du passé et il le déplore.
On lui a attribué de nombreuses distinctions, mais pour lui ce n’est pas le plus important. Ses petits fils sont actuellement en passe de soutenir leur thèse en biologie. La relève est bien assurée chez les Joliot Curie.
Pierre Joliot est bien conscient du mythe de Marie Curie à travers le monde, mais modestement il poursuit sa route. Aujourd’hui, à 89 ans, après notre entretien, il ira à l’institut donner son dernier cours de l’année. Ensuite, il ira rejoindre son épouse Anne, pour passer quelques jours de vacances avant de préparer la rentrée.
