Arts

Festival d’Avignon le 70e

Par Katy Sroussy

Cette 70e édition a su incarner la Rage, l’Espoir, la Résistance et la Réussite.

La culture, l’information, l’éducation et la création restent les grandes priorités des équipes du Festival, rassemblées par Olivier Py, ainsi que celles des artistes engagés et présents.

Unique, aux facettes multiples et universelles, le Festival 2016 s’est clôturé le 24 juillet avec un bilan heureux : il y eut 63 spectacles, 289 représentations dans 39 lieux prestigieux et une fréquentation mobilisée de 167 000 entrées et un taux de fréquentation de 95 %, soit plus de 6,5 % de plus qu’en 2015, un vrai succès.

L’affiche dessinée par Adel Abdessemed représente son « Cheval de Turin » qui se cabre, rageur comme ce Festival.

Le premier spectacle de la Cour d’Honneur Les Damnés d’après Visconti, décrit la montée du nazisme dans une famille décadente.

Il a marqué le retour très attendu de la Comédie Française en Avignon après plus de vingt ans. Mis en scène par Ivo Van Hove, pour qui « les humains sont affamés de douleur et le Mal a toujours eu une dimension fascinante ». Il dénonce cela dans un théâtre subversif contemporain où l’on bascule dans l’horreur par l’endoctrinement et où le renversement des valeurs est insupportable.

L’espace scénique ici, est primordial : étonnantes projections, sur écrans gigantesques, des loges installées sur la scène et des décors de bois brut ou de métal en fusion.

Ivo van Hove a construit sa mise en scène, avec le scénographe Jan Versweyveld et le vidéaste Tal Yarden ; scénographie grandiose pour ce lieu mythique et reproduite à plus petite échelle pour la Salle Richelieu, en ouverture de la saison, du 24 septembre 2016 au 13 janvier 2017 à la Comédie Française.

Dans HeldenPlatz, Place des Héros de Thomas Bernhard, mis en scène par Krystian Lupa, a montré l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne dans le lieu du discours de Hitler.

Plusieurs spectacles ont dénoncé les déséquilibres sociétaux : Het Land nod, 6 am How to Disappear Completly, Rumeurs et Petits Jours, La dictature du Cool.

 

Un regard particulier sur le Moyen Orient a fait découvrir Ali Chahrour, chorégraphe de Beyrouth, Omar Abusaada de Damas, Amir Reza Koohestani de Téhéran, et Amos Gitaï qui présente une version théâtrale de son film sur Yitzhak Rabin et une exposition à la Fondation Lambert.

Les femmes furent à l’honneur cette année : Maelle Poesy, Madeleine Louarn, Bérangère Vantusso et ses marionnetes, angelica Lidell, Sofia Jupither, Cornelia Rainer et Anne Cécile Vandalem.

La Musique, Serge Tessot-Gay avec Kit de Survie, Marc Nammour avec 99, Rufus Wainwright avec Prima Donna ou DJ Pone et la Danse avec Soft Virtuosity, chorégraphie de Marie Chouinard ou Babel 7.16 de Sidi Larbi Cherkaoui et bien d’autres, étaient au rendez-vous.

Avec Espaeces-17 et 18 novembre à la Maison des Arts de Créteil, Karamazov ou Le Radeau de la Méduse, les metteurs en scène ont souligné et insisté sur leur travail actuel.

Plusieurs spectacles ont été particulièrement consacrés aux jeunes pour les convaincre et leur donner envie d’aller au théâtre.

Arnaud Meunier avec Truckstop a su motiver ce nouveau public adolescent, avec force et enthousiasme.

Le seul spectacle présenté lors de cette édition, par Olivier Py fut un spectacle itinérant dans les villages environnants : Prométhée Enchaîné. Eschyle, pièces de guerre. Belle expérience !

La Piccola Familia a lu, tous les jours à midi, les chroniques archivées du festival d’Avignon entre 1947 et 2086 !

D’autres propositions comme Les Sujets à Vif ont étoffé avec brio la programmation passionnante du Festival.

Enfin, le spectacle de douze heures : 2666, l’œuvre magistrale et universelle de 1352 pages du romancier chilien Roberto Bolaño fut mise en scène par Julien Gosselin. Fresque remarquable et captivante, truculente et dramatique qui pose le problème du mal dans les répétitions sans fin des destructions collectives, sur différents continents et territoires, au XXe siècle. Chacune des « Parties » bénéficie d’une scénographie propre et extrêmement esthétique, enrobée de musiques électros ou de vidéos. Les différentes parties pourraient être séparées l’une de l’autre, malgré la présence de personnages récurrents.

Avec 2666 on a le plaisir de s’accorder un jour entier de théâtre.

Présenté l’Odéon-Théâtre de l’Europe-Ateliers Berthier jusqu’au 16 octobre 2016.

Olivier Py, le Directeur et son équipe, ont fait le choix politique, comme le fit Jean Vilar, de s’engager contre l’injustice, le totalitarisme, la violence, la décadence et le désespoir, en réanimant « le désir des jours enivrés de devenirs. »

Cette année, « les spectateurs ont préféré le partage de l’intelligence au silence de la peur. »

Le Théâtre dit que tout est possible, le Théâtre dit la rumeur du Monde : si nous croyons à « la transcendance dans le collectif et si nous apprenons à l’affirmer dans nos vies.»

La scène est faite d’émerveillement, de courage et d’espoir et nous incite à vivre pleinement. Il est indispensable de croire vraiment en l’homme.