Lettres

Anachronique du flâneur N° 25

Par Marc Albert-Levin

Chère lectrice, cher lecteur

Une exposition récente au Musée Guimet, Place d’Iéna à Paris qui restera visible jusqu’au 4 novembre 2019, me donne l’occasion d’écrire sur un sujet dont les lecteurs de Saisons de Culture savent déjà qu’il me tient particulièrement à cœur.

Un merveilleux sourire qui illumina toute l’Asie

A gauche : Tête de Bouddha Afghanistan, monastère de Shahbaz-garhi, 3e – 4e siècle.  Stuc H. 27 ; L. 17 ; P. 18 cm. Mission Alfred Foucher (1895-1897) AO 2960 © RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier. A droite : C’est l’image choisie pour illustrer  la couverture du catalogue édité par le Musée Guimet à cette occasion.

On a beaucoup écrit sur le merveilleux sourire de la Joconde de Leonard de Vinci, dont on ne sait pas de façon certaine si c’est celui d’un homme ou d’une femme. A vrai dire, c’est ce même sourire d’une beauté androgyne qui illumine les multiples visages du Bouddha sculptés au cours des siècles. Que ce soit en Inde, en Thaïlande, en Indonésie, en Birmanie, au Cambodge, (pour le bouddhisme parti d’Inde vers le Sud), ou en Chine, au Vietnam, en Corée ou au Japon, (pour le bouddhisme dit « du Nord ») … Qu’il soit représenté en position assise ou debout, en marche ou allongé … faisant avec la main les mûdra, gestes symbolisant « l’absence de crainte », « la prédication », « le don », ou « la prise de la terre à témoin », l’image du Bouddha exprime toujours la paix et la sérénité.

Plusieurs textes bouddhiques énumèrent les Trente deux traits et Quatre-vingt caractéristiques que le Bouddha aurait acquises en récompense de ses actions méritoires au cours de ses nombreuses vies antérieures. Ces traits symboliseraient sa supériorité sur les êtres ordinaires. Les images du Bouddha, au fil des siècles, sans pouvoir représenter l’indescriptible, ont toutes en commun le 31e trait caractéristique : « protubérance de chair ressemblant au nœud d’un turban en haut du front ». Citons encore le 10e : « organes génitaux invisibles » ; 14e : « peau dorée » ; 15e : « lumière irradiant du corps » ; 29e. « yeux de la couleur des fleurs de lotus bleu » ; d’autres textes disent « d’un noir intense » ; 30: « cils longs comme ceux d’une génisse » [1] … La liste est longue et creuserait encore le fossé entre les humains ordinaires et cet être miraculeux si ce grand réformateur du bouddhisme que fut Nichiren au XIIIe siècle au Japon n’avait précisé  qu’une personne peut parvenir à l’Eveil exactement telle qu’elle est et que ces trente-deux qualités inhabituelles symbolisent la sagesse, l’impartialité, la bienveillance dont fait preuve une personne en devenant Bouddha.

Les pratiquants contemporains du bouddhisme de Nichiren ressentent parfois comme une pénurie d’images, un manque, une sorte d’absence qui les singulariserait par rapport à d’autres écoles, tibétaine, notamment, dont l’iconographie est si foisonnante. La présente exposition au musée Guimet vient combler très opportunément ce manque. Tout comme l’avait déjà fait l’exposition « Sûtras bouddhiques, un héritage spirituel universel »[2] à la Maison de l’Unesco en avril 2016.

Mme Sophie Makariou, l’actuelle présidente du M.N.A.A.G (Musée National des Arts Asiatiques Guimet, comme on abrège désormais le nom de ce musée), rappelle dans sa préface au catalogue, qu’Emile Guimet ne fut pas seulement un industriel lyonnais philanthrope, mais aussi un homme à la recherche d’une pensée universelle, qui avait  entrepris la tâche gigantesque de comparer les systèmes proposés par les fondateurs de religions. Il avait qualifié son musée d’« usine philosophique »  et après un long voyage en Asie (notamment au Japon en 1877) il organisa dans la bibliothèque du Musée les premières cérémonies bouddhiques jamais tenues en France.

La bibliothèque du Musée Guimet est précieuse pour tous ceux qui s’intéressent au bouddhisme, de près ou de loin. Dès le début des années 1980, alors que sous la direction du Dr Eiichi Yamazaki, la Soka Gakkai France entreprenait les premières traductions en français des « Lettres et Traités de Nichiren Daishonin », c’est dans cette bibliothèque que l’on pouvait trouver le seul ouvrage traitant jusqu’alors de ce sujet, celui de Gaston Renaudeau « La doctrine de Nichiren ».[3] Il comprenait la traduction de six de ses traités  majeurs au nombre desquels le Kaimoku Sho, ou « Traité qui ouvre les yeux » rebaptisé dans les Ecrits « Sur l’ouverture des yeux »  (Ecrits pp. 220 à 300) ; le  Kwanjin Honzon Shô (« L’introspection révèle l’Objet fondamental de notre vénération »  rebaptisé « L’objet de vénération pour observer l’esprit » — Ecrits pp.­ 356 à 385 ) ;  et le Shoho jisso  shô (intitulé par Renondot « Traité sur le caractère vrai de toutes les essences ») rebaptisé dans les Ecrits « La réalité ultime de tous les phénomènes » (Ecrits pp. 387  à 391). La simple comparaison des termes employés pour traduire les mêmes mots permet de mesurer les efforts de la Soka Gakkai pour rendre accessible au plus grand nombre des notions philosophiques parfois fort complexes parce qu’héritées d’une tradition très ancienne. Commençant cinq siècles avant l’ère chrétienne, elle partit de l’Inde pour se répandre à travers toute l’Asie.

La représentation du divin, dans toutes les religions, a toujours été un véritable défi, quand elle n’a pas été radicalement interdite et remplacée par des symboles abstraits : la main du Bouddha ou l’empreinte de ses pieds ornés  de « la roue qui fait tourner la Loi ».

Les Quatre Rencontres et le Grand Départ

L’actuelle exposition du musée Guimet retrace tous les moments décisifs de la vie du Bouddha. Elle présente notamment plusieurs versions des « Quatre Rencontres ». Ce sont des épisodes majeurs de la vie du bodhisattva Siddharta avant qu’il ne devienne le bouddha Shakyamuni. Alors qu’il vivait dans un palais protégé par la sollicitude d’un père soucieux de ne lui révéler que l’aspect riant et agréable de la vie[4], Siddharta fait quatre rencontres : celle d’un vieillard, d’un malade, d’un mort et d’un moine. Quand il comprend que ce dernier est prêt à tous les sacrifices pour surmonter les quatre souffrances inhérentes à toute vie humaine, naissance, maladie, vieillesse et mort, il décide de suivre la voie du moine. Et à son époque, cette voie commence par l’ascèse. L’actuelle exposition présente plusieurs images saisissantes de cette ascèse de Shakyamuni : une encre de Chine et pigment rouge du Japon, de Kawanabe Kyosai (cat. p. 38) et une sculpture du Pakistan, du IVe ou Ve siècle, en schiste gris-bleu (cat. p.45). C’est avant l’Eveil qui lui permet, en rompant un long jeûne et, en acceptant un plat de riz cuit dans du lait offert par une villageoise du nom de Sujata[5], de trouver « la voie du milieu », ni ascèse mortificatoire ni auto-indulgence et abandon sans frein aux plaisirs.

L’exposition présente aussi plusieurs versions du « Grand Départ ». L’une des plus belles se trouve en page 29 du catalogue. C’est un bas-relief sculpté en Inde du Sud au IIe siècle dans du calcaire marmoréen. Le futur Bouddha n’est pas représenté sous forme humaine, mais seulement évoqué par des symboles. Son cheval Kanthaka, sans cavalier, occupe la place centrale, et devant lui marche son page Chandaka qui tient sa monture par la bride. Quatre yakshas, génies protecteurs de la ville soutiennent de leurs mains les sabots de Kanthaka afin « afin d’étouffer le bruit de sa course et protéger la fuite du prince Siddharta. »

Autre épisode célèbre de la vie du Bouddha souvent représenté dans cette exposition, est le moment où le prince renonce à la vie profane. Il se coupe les cheveux, ôte ses bijoux et les confie à Chandaka qu’il renvoie à Kapilavastu  en le chargeant d’annoncer qu’il ne reviendra pas avant d’avoir atteint son but.

Lors de mon premier voyage d’étude au Japon, en 1981, je me souviens d’une dame lyonnaise qui avait dit à un aîné du département d’Etude de la Soka Gakkai : « Pour ma part, je suis très attachée au bouddha Shakyamuni ! » Il lui avait répondu avec un sourire : « Moi aussi, je suis très attaché à l’ascenseur mais il ne me viendrait pas à l’idée d’en faire ma chambre à coucher ! »

L’actuelle exposition au musée Guimet est précieuse parce qu’elle fait voir des œuvres qui montrent la cohérence, à travers toute l’Asie, d’une « légende dorée » qui, indépendamment des styles distincts, reconnaissables parce que liés à un pays et un style particuliers, ne varie pas pour l’essentiel tout au long des siècles. Les commentaires publiés dans le catalogue sont un complément indispensable à la simple lecture d’un « Dictionnaire du bouddhisme ». Les textes de Thierry Zéphir (par ailleurs auteur d’un très beau livre sur l’Art Khmer) sont toujours clairs et instructifs. Et tout particulièrement « Le Premier sermon du Bouddha et son symbole, la roue de la Loi » (cat. pp. 96 à 99)

L’histoire des vies antérieures (Jataka)

Les Jataka (ou Histoire des naissances) sont des récits de vies antérieures du bouddha Shakyamuni. Il existe une anthologie de 547 récits contenus dans le canon pali appelée Jataka. Ces récits comportent toujours trois parties : un incident de la vie de Shakyamuni en Inde ; un incident survenu dans une de ses vies antérieures. La troisième indique la relation causale entre l’incident passé et l’incident présent.

Selon l’un de ces « Récits des vies antérieures » Shibi est le nom de Shakyamuni alors qu’il pratiquait la paramita[6] du don d’aumônes. Pour tester sa foi, le dieu Bishukatsuma se change en faucon et le dieu Taishaku en colombe. Le faucon poursuit sans relâche la colombe qui se réfugie dans la tunique du roi Shibi. Parce que le rapace exige quelque-chose à manger, le roi décide de lui donner une quantité de sa propre chair équivalente au poids de la colombe. Il la place sur un des plateaux d’une balance  et sur l’autre, place la colombe. Curieusement, il a beau rajouter sans cesse de sa propre chair, elle n’atteint jamais le poids de la colombe. « Quand il eut découpé toute sa chair et l’eut mise sur le plateau, Bishukatsuma et Taishaku reprirent leur forme première de divinités bouddhiques.[7] »

Ce qui, à travers la très riche iconographie bouddhique peut paraître une légende dorée, la vie du Bouddha, n’est pas en réalité la vie d’un être divin ou miraculeux, mais celle d’un homme sur le chemin de l’Eveil, qui offre le modèle d’un comportement véritablement humain.

Nichiren, (à l’origine du bouddhisme que pratiquent les membres de la Soka Gakkai) écrivit  le 11 septembre 1277:

« Au cœur des enseignements dispensés par le Bouddha de son vivant se trouve le Sûtra du Lotus, et le cœur de la pratique du Sûtra du Lotus réside dans le chapitre [le bodhisattva] Jamais Méprisant. Que signifie le profond respect du bodhisattva Jamais-Méprisant  pour les gens ? Le but de l’apparition en ce monde du bouddha Shakyamuni, seigneur des enseignements, réside dans son  comportement en tant qu’être humain.[8] »

Nichiren fut un véritable réformateur, une sorte de Martin Luther  ou de Jean Calvin du bouddhisme. Et parmi les calomnies qui lui valurent de son vivant maintes persécutions, l’accusation de brûler ou de jeter à l’eau des statues du Bouddha Amida, très révéré de son temps.

On trouve dans les sûtras bouddhiques (Sûtra Daishukyô, ou Sûtra de la Grande Assemblée) une prédiction bien particulière : A l’époque dite de « la Fin de la Loi », au début de la cinquième période de cinq cents ans qui suivrait la mort de Shakyamuni, son enseignement perdrait toute efficacité. En un temps de chaos, marqué par des tremblements de terre, des guerres civiles, des invasions étrangères et des épidémies, apparaîtrait un nouveau bouddhisme correspondant à cette époque de chaos, plus simple et accessible à tous. En s’appuyant sur cette prédiction, au Japon cinquante ans avant la naissance de Nichiren (1222-1262) un moine nommé Hônen (1133-1212) avait fondé le Nembutsu, qui préconisait la récitation exclusive du mantra Nam Amida Butsu (louanges au bouddha Amida). Nichiren affirma que plutôt que de chanter les louanges d’un bouddha imaginaire, censé résider à l’Ouest de l’Univers et de prier pour renaître dans son paradis après la mort, il était préférable de psalmodier le titre du Sûtra du Lotus, Nam Myoho Renge Kyo. Parce que ce Sûtra contenait la promesse que tous les êtres humains, grâce à cette pratique, pourraient améliorer leur vie et réformer leur société en cette vie-ci sans changer d’apparence. Et plutôt que d’adresser des prières à la statue d’un bouddha du passé, il inscrivit des Gohonzon comme objet de vénération afin que chacun puisse faire apparaître le bouddha qui existe dans son propre cœur. Il décrivit le Gohonzon en ces termes :

« Ce mandala n’est en aucun cas mon invention. C’est l’objet de vénération qui dépeint le bouddha Shakyamuni, Honoré du monde, assis dans la Tour aux trésors du bouddha Maints-Trésors, et les bouddhas qui constituaient des émanations de Shakyamuni, aussi parfaitement qu’une estampe reproduit le motif gravé sur la planche. [9]»

Le Gohonzon est un objet de vénération sans images, représentant, en caractères chinois et sanscrits un épisode central décrit dans le 11e chapitre du Sûtra du Lotus, intitulé « L’apparition de la Tour aux Trésors ». Une tour gigantesque et ornée d’objets précieux s’élève dans les airs d’où sort une voix retentissante qui prononce l’éloge suivant :

« … Shakyamuni, Honoré du monde ! Tout ce que vous venez d’exposer [le Sûtra du Lotus] est la pure vérité ! »

Celui qui parle ainsi est le bouddha Maints-Trésors (Tahô en japonais, Prabhutaratna en sanscrit) qui a fait vœu de faire apparaître sa Tour à toutes les époques partout où serait enseignée la Loi. Lorsque Shakyamuni ouvre cette tour gigantesque le bouddha Tahô l’invite à s’asseoir auprès de lui. Et tous peuvent alors l’entendre répéter :

« Excellent, excellent, bouddha Shakyamuni ! Vous avez exposé ce Sutra du Lotus avec brio ! [10] »

Lorsque les pratiquants de la Soka Gakkai ouvrent les portes de leur butsudan (le meuble dans lequel est enchâssé leur Gohonzon, ils voient la représentation symbolique de cette cérémonie dans les Airs où siègent côte à côte les bouddhas Shakyamuni et Tahô. Shakyamuni représente la prière et Tahô la preuve factuelle, le résultat concret obtenu par la prière.  C’est alors comme si les événements de leur vie quotidienne venaient leur dire : « Excellent, excellent ! Voilà votre prière exaucée. Toutes les promesses contenues dans le Sûtra du Lotus ont été tenues ! »

Une œuvre actuellement exposée au musée Guimet mérite une attention toute particulière. A la p. 123 du catalogue, elle est intitulée « Prabhutaratna et Shakyamuni, l’hommage au Sûtra du Lotus ». En bois doré et peint, elle provient du Japon et date de la fin de l’époque Edo (XIXsiècle). D’une hauteur de 51,5 cm, d’une largeur de 43 et d’une profondeur de 15,8 cm, cette œuvre illustre une transition importante dans l’iconographie bouddhique : le passage de la représentation de bouddhas sous forme humaine, à la vénération d’un texte, le Sûtra du Lotus, qui n’a d’autre but que de faire apparaître le Bouddha que tous les êtres humains portent en eux-mêmes.

Une précision

Certains lecteurs s’étonneront peut-être de me voir entrer dans les détails de ce qui pourrait sembler l’éloge d’une école bouddhique particulière, la Soka Gakkai, au détriment des autres. Ce serait totalement contraire à l’esprit bouddhique de tolérance et de respect des autres religions. Au 10e siècle, en Inde, un grand roi du nom d’Ashoka fit édifier des stèles en plusieurs langues affirmant qu’il fallait accorder aux autres religions  autant de respect qu’au bouddhisme qu’il pratiquait et respecter tout autant le droit des êtres humains à ne pas avoir de religion du tout. La raison pour laquelle j’entre ainsi dans les détails est que je fête aujourd’hui même, le 24 août 2019, quarante-quatre ans de pratique du bouddhisme de la Soka Gakkai.  Pendant près de trente ans j’ai été immergé dans la traduction de l’anglais en français, des textes de cette école particulière, y compris un certain nombre de ceux que j’ai le plaisir de partager ici avec vous.

Ce que je trouve précieux dans cette philosophie, c’est qu’elle n’interdit rien et ne tend à créer chez personne des sentiments de culpabilité. Le but est seulement de s’éveiller à la loi de cause et d’effet, à ce qui est bon pour votre vie et celle des autres, et à ce qui ne l’est pas. Je suis la preuve vivante que le jeune fou que j’étais n’est toujours pas devenu un vieux sage. Vous le verrez, si vous avez la patience de lire ce qui suit et d’assister à une curieuse métamorphose : celle d’un critique d’art en un artiste critiquable.

[1] Dictionnaire des termes et concepts  bouddhiques, Editions du Rocher : 1983. Traduit de l’anglais par René de Berval. J’avais eu le plaisir d’en faire la dernière relecture. Une édition révisée du même ouvrage en anglais The Soka Gakkai Dictionary of Buddhism n’a pas encore été traduite.

[2] Organisée conjointement par l’Institut de Philosophie orientale (Tokyo), l’Association culturelle Soka de France, l’Institut des manuscrits orientaux de l’Académie des Sciences de Russie (Saint-Pétersbourg), l’Académie internationale de culture indienne (New Delhi), l’Académie de Dunhuang (Chine), European Buddhist Association (Allemagne).

[3] G. Renondeau « La Doctrine de Nichiren ». Publications du Musée Guimet, Bibliothèque d’étude – tome 58 : Paris Imprimerie nationale. Presses Universitaires de France, 1953.

[4] Voir la très poétique description qu’en fait Nichiren dans « Conversation entre un sage et un ignorant » (Ecrits pp. 124-125.

[5] Daisaku Ikeda : « La vie du Bouddha », Indes Savantes : 2010. Avec, du même auteur, « Une histoire du bouddhisme Mahayana, de l’Inde à la Chine » également publié par Les Indes Savantes en 2011, le lecteur a accès en termes simples à une tradition dont la Soka Gakkai prolonge l’esprit à l’époque actuelle.

[6] Paramita (perfection ou ayant quitté la rive de l’illusion pour parvenir à la rive de l’Eveil).

[7] « Dictionnaire du bouddhisme, Termes et Concepts », traduit de l’anglais par René de Berval, 1991. Editions du Rocher, Jean-Paul Bertrand éditeur.

[8] « Les trois sortes de trésors » Les Ecrits de Nichiren,  Soka Gakkai 2011, p. 859.

[9] Ecrits p. 839.

[10] Le Sûtra du Lotus, Les Indes Savantes 2007, pp. 171 à 180.

Armel Louis dont j’ai souvent parlé dans ces « Anachroniques » m’a proposé d’exposer mes collages dans sa librairie-galerie « La Lucarne des Ecrivains », 115, rue de l’Ourcq dans le 19e arrondissement de Paris. Jusqu’au 31 août. C’est un mois où tout le monde est en vacances, et comme rien n’est à vendre, pas d’angoisses, de trac ou de palpitations vaniteuses. Je lui ai pondu un petit texte intitulé

DEBRIS-COLLAGES

(Dix Ans Après Déjà!)

Après les collages, recollages, racolages et décollages de Zéglobo Zéraphim   exposés dans cette même librairie-galerie de la Lucarne des écrivains en 2009, en voici quelques uns fabriqués au cours des dix années suivantes. Ils sont intitulés : « Débris-collages ».

Pourquoi débris ? Parce qu’ils ont été influencés par ma grande amie Sooky Maniquant (1934-2012) dont la maison, à la fin de sa vie, était envahie par les boîtes à œufs et emballages en carton  de toutes sortes. Elle rêvait de les intégrer dans des installations ou des œuvres d’art qu’elle n’a malheureusement jamais réalisées.

Le temps qui passe est un dévoreur de souvenirs qui efface même les images les plus précieuses d’une vie. Les textes descriptifs qui accompagnent mes débris-collages ne sont là que pour leur donner un sursis avant le naufrage total dans l’oubli. D’ailleurs, comme me  l’a dit avec beaucoup de bon sens l’éditeur Alin Avila en en voyant quelques uns pour la première fois : « Pourquoi penses-tu que cela puisse intéresser quelqu’un d’autre que toi ? » J’aimerais seulement que cela incite toute une chacune et tout un chacun à en faire autant avec les images préférées de sa propre vie, avant que tout disparaisse. Car, ne l’oublions pas, comme l’affichent avec philosophie les magasins au moment des soldes, « TOUT DOIT DISPARAÎTRE ».

Ces débris-collages sont pour Zéraphim (mon nom d’artiste) des prétextes à raconter sa vie. Pourquoi la trouve-t-il si intéressante ? Si vous le rencontrez à la librairie cet été pendant que ses collages sont accrochés, ne lui demandez surtout pas d’explications. Bavard comme il est, vous en aurez pour des heures. Non seulement il écrira ensuite la réponse aux questions que vous lui aurez posées, mais il en profitera pour vous demander de faire un selfie qu’il s’empressera d’intégrer dans un nouveau débris-collage !

Armel Louis, hier soir, en évoquant des graphismes dogons au Mali, incompréhensibles sans les explications de leurs auteurs, m’a rappelé quelque-chose. Mes premiers textes étaient descriptifs de peintures abstraites. Depuis, je n’ai jamais conçu l’écriture sans images ou les images sans légendes. J’ai toujours rêvé d’une écriture imagée et d’images parlantes. L’écriture sans images m’a toujours parue incomplète. Mes collages, décollages, racolages etc. illustrent de nombreux textes, parfois interminables dont beaucoup sont déjà écrits. On devrait pouvoir, comme un mode d’emploi, les consulter à côté d’eux. Naturellement, les débris-collages qui m’intéressent le plus illustrent des textes encore à écrire !

Marc Albert-Levin, le 11 juillet 2019.

TOUT DOIT DISPARAÎTRE (bis)

Recyclage / Récits-collages

Je me croyais l’auteur du jeu de mots créé par une homophonie : débris-collages, (des bricolages). Mais Google m’apprend que c’est le titre d’une exposition qui a eu lieu à Lille au LaM, de juin à septembre 2018 ! Elle ne comprenait pas moins de 38 artistes, parmi lesquels un pape de l’art brut, Gaston Chaissac (1910-1964) ; les affichistes nouveaux-réalistes François Dufrêne (1930-1982), Raymond Hains (1926-2005), Jacques Villeglé ( 1926- …) et Mimmo Rotella (1918-2006) ; des peintres et non des moindres comme  Pablo Picasso  et Joan Miró, ou des plus jeunes comme Bernard Rancillac (1931-…) et Erro (1932…) fleurons de la figuration narrative.  Il y a d’autres noms, Dennis Oppenheim (1938-2011) sculpteur américain échafaudant des constructions absurdes parfois monumentales, Gina Pane (1939-1990) vedette de « l’art corporel » qui pensait que la meilleure façon de toucher son public était de lui serrer la main, Jean-Pierre Raynaud (1939-…) auteur d’un gigantesque pot de fleur recouvert de papier doré qui trôna un certain temps sur le parvis du Centre Pompidou, François Rouan (1943- …) dont certaines œuvres   sont faites de bandes préalablement peintes et  tressées, Gil J. Wolman (1929-1995), l’un des fondateurs de l’internationale lettriste. Ce sont des noms  que, dans mon parcours de critique d’art depuis 1965, j’ai rencontré plus d’une fois mais qu’il m’a quand même fallu googler pour me rafraîchir la mémoire. J’ai constaté avec horreur que la plupart ne sont plus de ce monde. Les personnages les plus intrigants sont bien sûr les inconnus, comme Marie-Rose Lortet (1945-…) qui tricote ses œuvres depuis cinquante ans dans sa maison de Vernon, dans l’Eure. Son atelier est seulement à huit kilomètres de  Sainte-Geneviève lès Gasny, le village où j’ai appris à lire à l’école communale en 1946.

Un googleur invétéré

Google est un allié précieux dans la lutte contre l’oubli. Je google régulièrement mon propre nom, marc albert-levin, pour tenter de savoir qui je suis. Et j’apprends sur moi des choses que j’avais totalement oubliées.

Est-il possible de recycler sa mémoire, afin d’éviter la perdre ? Ou est-ce, par définition, une notion totalement éphémère, illusoire, puisque tout ce qui apparaît est appelé un beau jour à disparaître ? Vos souvenirs colorés seraient-ils plus durables si vous les plongiez au préalable dans une machine à laver ? Vous aurez beau faire tourner et  essorer, serez-vous satisfait du résultat lorsque vos souvenirs auront séché ?

Je me souviens de Jean-Pierre, un jeune homme guinéen qui, en entrant dans la maison de Génia Courtade, une amie dont les murs étaient couverts de tableaux, avait dit : « Cette dame a vraiment beaucoup de souvenirs ! » C’était vers la fin des années 60, rue de Verneuil, à Paris.

Dans la  bataille impitoyable que se livrent les œuvre d’art pour durer et l’oubli toujours prêt à les avaler, rares sont les artistes qui peuvent rêver de passer à la postérité. Mais reste gravée dans ma mémoire l’indélébile locution latine scripta manent (les écrits restent). J’ai donc recyclé le titre de mon exposition à la Lucarne des écrivains (finissage le 28 de 16 à 21h et visible jusqu’au 31 août 2019). Elle ne s’appelle plus « Débris-collages » mais « Recyclage / Récits-collages ».  Chacun de ces collages est indissociable du récit qui l’accompagne. Ce sont des textes d’une longueur très variable

Ali’s Alley, la confession d’un traducteur professionnel, Paris 2012. (3 pages)

Un week-end à Bruxelles » (9 pages) à gauche et à droite « Hains-citation au ravissement » hommage à Raymond Hains, grand ravisseur d’affiches, un collage confectionné à Jérusalem en 1973. (59 pages).

Plusieurs de ces collages sont encore sans légende, pour ainsi dire muets les pauvrets. Je remercie celles ou ceux qui, par leurs questions, du 28 au 31 août 2019, me faciliteront  l’écriture des récits manquants.