Arts

Prendre le large

Invitation au voyage en forme de miroir inversé

Sandrine Bonnaire est au cinéma une respiration, un ovni dans le bon sens du terme qui nous rappelle que jouer juste, soit au plus près des émotions, est possible. Elle revient dans « Prendre le large », plus grave, loin de l’exubérance jouissive de « Confidences trop intimes », où elle se confiait sans retenue à un Fabrice Luchini mi tétanisé mi fasciné, en psy dépassé par la tournure atypique de ces séances sur divan organisées.

Dans le dernier film de Gaël Morel, l’actrice campe une ouvrière contrainte soit au licenciement après des années de bons et loyaux services soit au reclassement à travers une filiale délocalisée au Maroc.

C’est sans broncher qu’Edith choisira la seconde option, devant les yeux ébahis de la responsable des ressources humaines lui conseillant vivement de se résoudre plutôt à toucher ses indemnités.

Etre seule, sans travail, ne constitue pas une option enviable pour cette quinquagénaire en mal d’un quotidien construit et riche d’interactions. Ce sera le Maroc ou rien.

Cet appel du large se changera en sables mouvants, mais viendra bientôt remuer en creux les tréfonds d’une quête de soi : la mer devient alors un miroir inversé, d’une relation mère-fils, échouée sur le roc de la distanciation, d’une quête de l’ailleurs et de semblables alors même qu’on la renvoie sans cesse à son identité première, en tant qu’étrangère.

Un film intéressant pour sa dimension initiatique voire cathartique, où l’expérimentation mène à la raison pour peu que l’affectif s’en mêle.

Par Christina Bejani