Regards

Garouste

Par Henri-Hugues Lejeune

Quelle discrète horloge a-t-elle mis en route le destin en vue de conjuguer ces jours-ci les attentions les plus diverses et les plus profondes sur l’œuvre et la personne de Gérard Garouste ? Sont-elles en mesure, sont-elles assez puissantes et concertées afin que nous puissions disposer des matériaux nécessaires pour en analyser l’énigme ? Autant celle du personnage, car elles sont nombreuses et au premier chef celle de sa destinée, du ou des buts qu’il s’assigne et des options qu’au long cours de son existence il a prises, s’est assignées, a adoptées ou qui se sont, bien souvent douloureusement, imposées à lui. Texte intégral

Chronique n° 22 d’Alain Pusel

Avec les anges, prendre la route

Il y a de tout petits ascenseurs dans certains immeubles de Paris. La cage d’escalier, étroite, n’a pas permis à une nacelle domestique spacieuse d’être implantée. Le mécanisme d’élévation n’est pas toujours naturel… Ces machines sont régulièrement immobilisées ; leur exiguïté ne favorise pas leur utilisation, et chaque emménagement ou déménagement est l’occasion de les mettre hors d’usage pendant plusieurs jours. Des utilisations poussées et successives ont raison de leurs capacités ; une pièce du mécanisme a souffert ou c’est la porte de sécurité qui a été bloquée par quelques sacs de ciment, un afflux de caisses, l’agitation d’utilisateurs et c’est la panne. Texte intégral

Catherine Ludeau

Par Mylène Vignon

J’ai rencontré Catherine Ludeau grâce à Véronique Grange Spahis, commissaire d’une exposition qui a laissé une trace indélébile dans ma mémoire. J’ai immédiatement été saisie par l’esthétique et la pureté de ses créations. Ses couleurs et la matière atypique qu’elle compose sont d’une modernité sans cesse réinventée au fil des années. Texte intégral

Akira Inumaru – Jour et nuit

Propos recueillis par Mylène Vignon

Pour inaugurer la saison, la galerie Terrain Vagh ouvre ses portes au Soleil Levant et accueille Akira Inumaru, jeune artiste japonais qui présentera une toute nouvelle série inédite, peinte cet été au Japon spécialement pour l’exposition. Jour et nuit est le titre de cet ensemble de quinze peintures sur toile, conçues comme autant de portraits de la nature, de l’espace, de la lumière et du temps, entre le lever et le coucher du soleil. Jour et nuit sera accompagnée de deux grandes toiles de la série Cimes et Racines exposée à l’Abbatiale Saint Ouen à Rouen d’avril à juin dernier ; trois œuvres inédites sur papier de la série Distillation solaire compléteront l’ensemble. Texte intégral

Chronique n° 21 d’Alain Pusel

Passage à la couleur

Vu l’autre soir un très beau film : La fille sur le pont de Patrice Leconte. Réalisateur qui a bâti sa carrière sur des succès hauts en couleur : des Bronzés à la plage aux Bronzés font du ski, de Viens chez moi j’habite chez une copine à Ma femme s’appelle reviens, un florilège qui fleure bon le cinéma du patrimoine, assurément. Il se jette là dans un film différent, au ton décalé, sublimé par un noir et blanc magnifique. Texte intégral

L’espace des imaginaires, pour une architecture de l’invisible

Par Jacques Lombard

La ville, dès ses débuts, n’était-elle pas une première utopie, une première vision du monde, celle des monarques, des sultans, des maharajahs, des marchands mais aussi des tyrans, des despotes, des satrapes et des oppresseurs quand l’un ne se confond pas avec l’autre ? De Mari, l’antique cité sumérienne au bord de l’Euphrate au Welthauptsadt, le « Nouveau Berlin » de Hitler resté inachevé ou plus récemment à la Casa poporului, « la maison du peuple », édifiée par Ceausescu et digne du « Château » de Kafka, en passant par Pienza en Toscane, manière de bibelot pour un pape, on comprend que la ville est une mise en ordre de ses habitants dans le double jeu des échanges et de la déclinaison des formes symboliques du pouvoir. La cité témoigne ainsi de cette utopie, l’inscription dans l’espace d’un idéal de la vie en société, au fondement de l’idée de « bonheur », du bien vivre indispensable aux hommes, dessinée en quelque sorte à leur corps défendant et pour la plus grande gloire de son inventeur. Texte intégral

Apocalypse Républicaine

Une pépite d’Avignon

Jean Maboul, un psy, pas comme les autres, exerce dans un mystérieux village, qui, d’après des spécialistes en géographie sacrée, fait écho à Rennes-le-Château, genèse du Da Vinci Code… Auteur du Best seller mondial « Avec Maboul on ne perd jamais la boule », il pratique la Méthode Maboul, en marge des acquis de Freud, Jung et Lacan, qui n’ont pas eu la chance de le rencontrer.... Dans son Cabinet de réflexion, on évoque, sans langue de bois, ni paroles d’évangiles, les non-dits qui masquent les gros maux de l’humanité… Et au fil de 7 consultations, chiffre qui n’est pas innocent, le Déni est convoqué au Tribunal du Verbe, ou sont cités comme témoins à charge, Dieu, Voltaire, Aragon, Platon, Louis XVI, Napoléon, Shakespeare, Hugo, Machiavel, Einstein et Satan... Texte intégral

Chronique n° 20 d’Alain Pusel

Vingt ans et vingt chroniques

La vingtaine. Les fameuses années qui nous emportent dans le Grand Tout… et les petits riens. Et plus tard, on voudrait ne se souvenir de rien et tout autant de tout. Certes, il y a l’injonction de Nizan : J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie. Tout menace de ruine un jeune homme : l’amour, les idées, la perte de sa famille, l’entrée parmi les grandes personnes [1]. Texte intégral

Folle soirée rue de Fleurus

Par Mylène Vignon

Une invitation à dîner en compagnie de l'artiste André  Robillard, m’a mise en joie par un beau jour de février 2022. Bien que vivement admirative des œuvres découvertes sur les cimaises de la galerie Sartoni & Cerveau, je n’avais encore jamais rencontré l’homme. Et la rencontre en question dépassa de beaucoup mes espérances! Ce jeune homme de 90 ans, né à La Maltournée près de Gien le 27 octobre 1931, comme il se plaît à le rappeler avec fierté, surprend, autant par sa vivacité que par son caractère bien trempé. L’artiste ne s’est pas fait pas prier pour jouer de son harmonica diatonique, entre les notes joyeuses de La Java bleue et celles de morceaux choisis dans le répertoire de son idole André Verchuren. Avec une incroyable lucidité, un humour empreint de bon sens et une générosité sans limites, il se raconte… Voici son histoire: André Robillard est placé dès l’âge de 7 ans à l’école annexe de l’hôpital psychiatrique de Fleury-Les-Aubrais, sous prétexte de difficultés scolaires. Il était alors destiné à devenir commis de ferme. Fugueur et colérique,  il se retrouvera interné dans ce même hôpital à l’âge de 19 ans. À partir de ce moment, son sort est jeté!  À l’âge de 33 ans, il sera employé comme jardinier, blanchisseur et exécutera également d’autres tâches plus ingrates. Un jour, il décide en feuilletant des magazines spécialisés, de fabriquer des fusils, qu’il réalise de manière rudimentaire, afin de tuer la misère, selon ses propres mots. Bien intentionné, son psychiatre envoie quelques pièces à Jean Dubuffet.  Ces œuvres atypiques vont immédiatement intégrer la collection du maître de l’art brut. Les deux hommes se rencontreront à plusieurs reprises. André Robillard, entame ensuite une série de spoutnicks et autres engins spaciaux. Ses fusils se déclinent aussi en mitraillettes, élaborées de plus en plus finement, toujours à base d’éléments de récupération.  La production s’étend également aux planètes, aux satellites, aux animaux et aussi à Notre Dame de Paris. Une production de l’artiste orléanais, qui va bien au delà de l’espièglerie et contient une essence subversive et transgressive. Merci à nos hôtes Sophie Sainrapt et Pascal Aubier, d’avoir organisé un délectable banquet en l’honneur de ce grand artiste. Merci également au collectionneur Alexandre Donnat qui a permis cette rencontre, offrant à son ami, la joie de dîner en compagnie de trois de ses œuvres, sélectionnées avec l’expertise qui le caractérise. Ce fut une soirée décalée, éclaboussante,  intense en événements, passée en compagnie de jeunes personnes plutôt fougueuses. La chance m’a été donnée de faire également la connaissance de mesdemoiselles Lily Lafleur, chapelière à Paris et Bérangère Nicolet, dite bébé. Nous avons dit adieu à un joli pot à eau rouge à pois blancs, dégusté une poularde demi deuil et des pommes de terre rôties au four,  bien maîtrisées par Pascal et agrémentées de truffes râpées - car Alexandre Donnat, outre le fait de nous avoir offert le cadeau principal de cette soirée, nous a également gratifié d’une belle cueillette de truffes venues tout droit du Périgord -. Il y eut aussi en dessert, des éclairs au café géants, ainsi que des Merveilleux, apportés par les très charmants César et Manolo, hélas repartis prématurément. André Robillard, après avoir taxé la soirée de Fête au village, retournera en taxi à Fleury - Les - Aubrais,  parce qu’il y est attendu. Il doit, dit-il se préparer pour une future exposition lyonnaise. Ses bons amis l’entourent de beaucoup d’affection et lui permettent de s’évader le plus souvent possible de sa chambre où la lumière du jour ne filtre pas. Une autre bonne manière de tuer la misère en clamant Vive la vie!  Saisonsdeculture ne manquera pas de transmettre les informations inhérentes à l’exposition consacrée à André Robillard à Lyon et annoncera peut-être une bonne surprise. www.collectionalexandredonnat.com

Chronique n° 19 d’Alain Pusel

Roulez, jeunesse !

Ma mère était un Fangio (1) au volant de sa deux chevaux, d’après certains commentateurs. Elle utilisait toutes les ressources de ce bolide démocratique made in Citroën, lorsque jeune assistante sociale, ses rendez-vous dispersés l’obligeaient, sur les routes de Lorraine, à jouer du champignon. Ma mère était aussi, dans la tendance des années soixante, une grande fumeuse. Vitesse et gauloises, absence de GPS et d’autoradio, une vision bien exotique pour les jeunes gens des années 2020… Texte intégral

Vive le Parti communiste chinois !

Par Jacques Lombard

La salle de réunion était plongée dans le noir, on ne distinguait que les éléments projetés sur l’écran blanc laiteux et nacré qui réfléchissait les lucioles voletant en tourbillons, autour de l’éclairage des ordinateurs portables des participants. L’horloge administrative sur le mur indiquait IIH30, encore une demi-heure de réunion pensa-t-il. Philippe luttait sans grand succès contre le sommeil, évitant de balancer la tête dans ce lourd mouvement interrompu de temps à autre par une brusque saccade et qui aurait alors révélé son assoupissement. Il savait pourtant que ce séminaire consacré à une réflexion générale sur les différentes techniques informatiques de la reconnaissance faciale, ainsi que sur leurs conditions d’utilisation était de la plus haute importance, à tel point qu’il avait eu beaucoup de mal à trouver le sommeil et en avait profité pour relire « Une chambre à soi » de Virginia Woolf, qu’il venait d’acheter pour l’offrir à sa fille aînée à l’occasion de ses seize ans. Texte intégral

Allemagne – Nouvelle Objectivité (Années 1920)

Centre Pompidou du 11 mai au 5 septembre 2022

L’exposition qui vient d’ouvrir ses portes entraîne des considérations de toutes sortes qui exigent, amènent autant de réponses d’une complexité redoutable. Il importe tout d’abord non seulement qu’elle nous mène en territoire totalement inconnu, ignoré et qui l’a toujours été, de la part d’à peu près tout le monde, en France du moins. Le motif en relève de nous d’abord, de l’Allemagne ensuite et de l’étrange et redoutable époque qu’elle retrace, génératrice de tant de redoutables catastrophes. Il convient avant tout de relever que l’art, tel qu’il se pratique en Allemagne, dans les années 20, est non seulement totalement ignoré des Français d’alors, mais surtout qu’il l’a toujours été si le théâtre de Bertolt Brecht et la musique de Kurt Weill ont fait les délices des avant-gardes internationales avec cet « Opéra de Quatre Sous » qui répondait si bien pour certains esprits de ma génération, aux considérations proférées peu avant par Père Ubu, enfin comprises et parfaitement assimilées par le Surréalisme. Mais sur quel terrain, dans quelle ambiance tout ceci avait-il pris son envol ? Nul ne s’en souciait sinon pour ricaner du néant et de l’état de désagrégation qui avaient pu engendrer une pareille révolution de l’esprit. Eh bien voilà le terrain d’envol de la plus décisive des tempêtes intellectuelles dont soit issu le XXème siècle nous dit-on aujourd’hui au Centre Pompidou, c’était la « Nouvelle Objectivité » et l’on confie à August Sander le soin de nous la présenter et le choix n’est-il pas heureux puisqu’il s’agit avant tout pour nous ici d’un photographe, quoiqu’en fait il ait pratiqué à peu près tout l’éventail des moyens d’expression possibles. Afin nous dit la présentation de l’exposition de mettre en lumière toutes les ambivalences d’une société divisée entre fascination pour la rationalisation et angoisse d’une désindividualisation aliénante, subversion des normes de genre et défense de l’ordre établi. La responsabilité de notre exposant est donc singulièrement lourde. Reste à voir comme il va s’en acquitter ! L’Allemagne s’est toujours voulue être, outre le territoire, la patrie de la Philosophie de l’Histoire et ceci plus profondément et subjectivement sans doute son acteur et foyer principal. L’orgueil national et sa conscience profonde en sont la substance même. Les ouvrages de Spengler sur l’Histoire des Cultures de l’Occident en sont l’illustration et il a été évident, l’avenir l’a révélé avec la violence et l’amplitude du nazisme qui l’a immédiatement suivi, que l’enjeu en question dans la période qui nous concerne dans cette exposition n’avait pas été mince, que cette nouvelle objectivité ne se situait pas dans une ère, pour la civilisation et son devenir, de tout repos. En France, l’agitation se porte ailleurs, la guerre puisqu’elle avait été gagnée, le voulait : la Guerre mondiale avait tranché : le siècle avait changé (le XIXème au fond n’avait-il pas perduré jusqu’en 1914 ?). Ici l’on parlait Marxisme (cette autre invention allemande !), Surréalisme, l’on évaluait le monde, la civilisation aussi, ainsi que l’homme dans tout cela... On essayait d’envisager comment le faire marcher et évoluer, le monde. Ici nous dit-on en Allemagne, on regardait tout cela ? Cette nouvelle objectivité quelque peu imposée qui avait trouvé son langage dans la double manifestation de Brecht et l’Opéra de Quatre sous d’une part et « Les Falaises de Marbre » d’Ernst Jünger de l’autre, nous la pouvons entrevoir dans l’éclatante ambivalence et parfois le symbolisme paradoxal, parfois caricatural suggéré et voulu par les images de Sander qui partent ainsi dans toutes les directions possibles et imaginables...

Henri-Hugues Lejeune

Chronique n° 18 d’Alain Pusel

Tel qu’ en lui-même absolument autre

Léon Spilliaert — Exposition au Musée d’Orsay — octobre 2020/janvier 2021 - Lumière et solitude Adolescent, on confie, faut-il dire « confiait » ? ses tourments à la page blanche. En marge d’un cahier de cours, sur des feuilles amassées au fond du sac, dans un Journal tenu contre vents et marées. Surtout tout contre son cœur (à marée basse). On écrit sur des feuilles volantes une histoire blanche et noire, à seize ans, comme une seiche qui vide son encre, comme un ectoplasme qui expulse de ses parois une brume d’inconscient. Il n’est alors question que de nyctalopes*, de promenades dans la nuit, de pensées bien noires. Texte intégral

Une cabane de fortune

Par Jacques Lombard

Jean-Paul frigorifié par ces longues heures passées à filtrer les automobilistes au rond-point d’Arçonnay s’était réfugié dans leur cabane de fortune édifiée à l’aide d’un arrangement de palettes en bois consolidé par des pneus usés. Ils étaient cinq à avoir passé la nuit à cet endroit où s’ouvre l’embranchement routier pour Orléans ou Chartres quand on entre dans la ville d’Alençon. Malgré le petit déjeuner copieux offert par un restaurateur voisin, ils avaient tous du mal à se réchauffer sans doute en raison de cette nuit blanche dont ils avaient perdu l’habitude, car le plus jeune d’entre eux ou plutôt la plus jeune avait dépassé quarante-cinq ans.

Texte intégral